Il était une fois les séries : Belphégor ou Le Fantôme du Louvre

BELPHÉGOR
LE FANTÔME DU LOUVRE
Type : Fantastique
1ère Diffusion France : ORTF (1965)
Épisodes : 4 x 70 minutes
Créée par : Jacques Armand
D’après : Un roman d’Arthur Bernède
Réalisation : Claude Barma
Producteur Exécutif : R. Paillardon
Production : Pathé-Cinéma
Musique : Antoine Duhamel
Interprètes : Yves Rénier, René Dary, François Chaumette, Juliette Gréco, Christine Delaroche, Paul Crauchet
1965 – Cette année-là, en France, tout le monde est captivé par le premier grand feuilleton de la télévision française. Les grands moyens ont été mis pour lutter contre la concurrence américaine, et cela se voit.
Partout dans les rues, les journalistes interviewent les téléspectateurs, qui s’arrêtent de vivre au moment de la diffusion des 4 grands épisodes.
Les audiences sont monstrueuses, surtout si l’on considère la population d’alors (48 millions d’habitants) et le fait que moins de la moitié des foyers sont équipés d’un poste de télévision. C’est l’époque bénie pendant laquelle les voisins se réunissaient pour regarder, ensemble… On estime entre 15 et 20 millions le nombre de suiveurs assidus.
Le lendemain, et pendant toute la semaine, jusqu’au prochain épisode, tout le monde en parlait, au travail, à la réunion des ménagères, et dans les cours d’école.
Mais qui pouvait bien être Belphégor, le fantôme du Louvre, dont on entretenait la possible existence réelle ?
Le sujet était partout, sur toutes les lèvres, dans toutes les têtes et s’allongeait dans les articles des quotidiens.
Des journalistes se faisaient enfermer dans le musée pour enquêter, la voisine était persuadée qu’il s’agissait, en fait, de son propre cousin mort dans de mystérieuses circonstances, le mécano, pendant la pause au garage du coin de la rue, lançait des théories tout aussi absurdes, à ses collègues, entourés d’une épaisse fumée de cigarettes, la jeune étudiante affirmait avoir été suivie la veille par une silhouette identique à celle du fantôme et avoir eu peur pour sa pureté, et le petit frère jurait sur son ours en peluche que « Bef et gore » lui rendait visite la nuit, dans sa chambre, alors même que le chien ne semblait pas s’en apercevoir.
L’année suivante, dans une conférence de presse, le Général de Gaulle, en personne, évoquera, de sa grosse voix bourrue, une "ambiance à la Belphégor".
Il faut bien avouer que le suspense est parfaitement soutenu.
Le scénario décrit les agissements mystérieux d’un fantôme qui sortirait la nuit, dans l’aile d’égyptologie du Louvre, alors que les morts et disparitions s’enchaînent, malgré la surveillance grandissante de l’affaire par la police, totalement impuissante.
Les scènes où il apparaît sont mémorables, son pas lent et rigide, sortant de l’ombre pour n’être visible que brièvement dans la lumière, est saisissant (le mime Isaac Alvarez lui donna toute sa consistance). Les pauvres futures victimes qui le croisent ne pourront qu’en être pétrifiées, tout comme le spectateur.
Pour servir l’enquête, on suit le jeune couple interprété par Yves Rénier (qui jouera plus tard le Commissaire Moulin et dans la série Les Globe-trotters) et Christine Delaroche (comédienne de théâtre, surtout). Et du côté des personnages importants, potentiellement suspects, deux paires aux relations étranges, la loufoque Lady Hodwin et le Commissaire Ménardier, ainsi que Boris Williams (interprété par le fantastique François Chaumette) qui tient sous son emprise la frêle Laurence (Juliette Gréco).
Les lieux du jour (les rues de Paris aux façades blanchâtre, les puces de St-Ouen, les petits commerces, l’animation des livreurs du matin, les promenades de l’après-midi) contrastent terriblement avec les lieux de la nuit (les intérieurs d’habitations surannés et étouffants, le Louvre déserté de son public, les casses, les entrepôts, les lumières blafardes de la ville), donnant un récit en deux temps alternés : L’administratif le jour, et les dangers la nuit.
Malgré ses seulement 4 épisodes (à la longueur bâtarde), cette série lança l’âge d’or de la télévision française en permettant la production de nombreux autres feuilletons tournant autour du mystère, dont les excellents Compagnons de Baal et L’homme sans visage.
Notez que le film sorti en salle en 2001, avec Sophie Marceau et Frédéric Diefenthal est à fuir obligatoirement, et qu’un dessin animé a aussi vu le jour.
GÉNÉRIQUE ET BANDE ANNONCE
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