Star Trek Picard : Critique 2.05 Fly Me to the Moon

Date : 04 / 04 / 2022 à 14h30
Sources :

Unification


STAR TREK PICARD

- Date de diffusion : 1/04/2022
- Plateforme de diffusion : Prime Video
- Épisode : 2.05 Fly Me to the Moon
- Réalisateur : Jonathan Frakes
- Scénaristes : Cindy Appel
- Interprètes : Patrick Stewart, Alison Pill, Isa Briones, Evan Evagora, Michelle Hurd, Santiago Cabrera, Jeri Ryan

LA CRITIQUE FM

Ahhhhh Risa, ses plages et son art de vivre si agréablement hédoniste. Autant vous dire, qu’après ces petites vacances, le visionnage des deux derniers épisodes de Star Trek Picard dans mon vaisseau TransGalacticAvia furent un retour brutal à la réalité...

Concernant le 2.04, Yves a, comme d’habitude, bien cerné l’imposture temporelle qui, petit à petit, pourrit l’entièreté de cette saison. Sur ce sujet, cette semaine, Seven lève abondamment les yeux au ciel sur les actions incontrôlées de Raffi en convoquant le célèbre effet papillon.

Mais ma louloute ex-borg, la moindre de vos actions depuis que vous vous promenez sur la Terre de 2024 est à la base un papillon en puissance. Qui est capable de dire les conséquences, par exemple, de la libération des malheureux comparses sans papiers de Rios par rapport à leur vie s’ils avaient été incarcérés et/ou expulsés. Peut-être que l’un d’entre eux aurait eu un descendant primordial pour l’avenir de la planète en retournant au pays, alors que rester aux USA l’aurait empêché de venir au monde... Bref pas besoin d’utiliser un phaser pour foutre la merde dans la Timeline.

Les deux premiers épisodes avaient, qu’on aime ou pas l’histoire, du souffle et de l’ambition. Mais globalement, depuis trois épisodes, Star Trek Picard me semble prendre le chemin d’une série lambda avec son lot de petits rebondissements, de petites révélations, de petites scènes d’actions, de petits moments de suspenses. Entre la menace over-galactique de plusieurs années-lumières de Discovery et le pas-grand-chose offert par Star Trek Picard, cela serait bien de trouver un juste-milieu. Rien de vraiment désagréable à suivre, mais ma mâchoire commence à sérieusement avoir le bâillement qui pointe.

La destinée spatiale de l’aïeul de Jean Luc... ... Comment dire, je n’en ai pas grand-chose à faire. Les problèmes de santé de Q seraient intéressants si c’était le sujet d’un épisode unique, mais on se demande bien ce que cela vient faire dans ce gloubi-boulga temporel. Quant à l’utilisation des mêmes acteurs pour des personnages différents, si je trouve l’idée intéressante pour la fille naturelle d’Adam Soong, le fait que le superviseur Tallinn soit le sosie de Laris est juste un rebondissement gadget pour l’instant.

Reste la relation dominante / dominée - Agnes Jurati / Reine Borg. Outre le fait que la série invente un mode d’assimilation collaborative qui ne donne pas d’acné Borg, cela transforme la Jurati pas sure d’elle en femme fatale évanescente. Je n’en vois franchement pas l’intérêt.

Encore une fois, le tout n’est pas désagréable, mais, même en ne me situant pas sur la grille d’analyse traditionnelle d’Yves, je n’ai pas de mal à dire que ce n’est définitivement pas un Star Trek.

LA CRITIQUE YR

Si vous ne souhaitez pas vous plonger dans une analyse exhaustive du contenu (forcément riche en spoilers), veuillez cliquer ici pour accéder directement à la conclusion.

Étant donné que la fin de Picard 02x04 Watcher avait révélé que l’astronaute Renée Picard était la "person of interest" de Q, il était évident pour les spectateurs attentifs qu’elle était le point de bascule de la timeline. Qu’à cela ne tienne et quitte à friser la redondance (à l’attention de ceux qui décrocheraient par désintérêt croissant envers la saison), Picard 02x05 Fly Me To The Moon en fera la "grande révélation" de son teaser (à grand roulement de tambour).
Renée sera donc "ce premier" Picard à quitter la Terre dont il était question dans ST Generations, et elle porte curieusement le même prénom (au féminin) que feu le neveu René de Jean-Luc. Une onomastique figée dans l’ambre... de la sémiotique hollywoodienne.

Après l’avoir conduite par "téléportation brumeuse" à son appartement perso, la supervisor Tallinn (sosie de la Romulienne Laris) révèle à Picard qu’elle est chargée par sa mystérieuse organisation alien (qui employait plus de cinquante ans avant Gary Seven dans ST TOS 02x26 Assignment : Earth) de veiller spécifiquement sur la jeune plurisaïeule de Jean-Luc. Mais la destinée glorieuse de celle-ci est en passe d’être altérée… Une espèce de préfiguration de test de Kobayashi Maru – décidément une obsession dans les productions Kurtzman – à l’échelle de la NASA (simulation au sol d’une collision avec des débris orbitaux issus d’un satellite russe que la fusée Shango X-1 ne peut éviter) se veut le litmus et le catalyseur des failles psychologiques de Renée (manque de confiance en elle-même, mélancolie, angoisses, dépression). Tallinn dispose d’un système de surveillance (ou de voyeurisme) omniscient (permettant de voir et d’entendre impunément n’importe qui n’importe où), et par ce canal, il apparaît bien vite que Q se fait passer pour le psychanalyste de Miss Picard, la poussant à écouter ses peurs et ses doutes intimes afin de renoncer à la Mission Europa où l’Histoire future trekkienne retint qu’elle avait découvert sur Io (une autre lune de Jupiter) un micro-organisme dont elle était convaincue de la sentience.

Les failles de crédibilité s’amoncellent déjà :
- Comment se fait-il qu’une mission spatiale aussi coûteuse, dangereuse, et pionnière (ce n’est pas juste du tourisme orbital sous l’égide de SpaceX) puisse tolérer qu’une de ses astronautes ait des problèmes psychologiques au point de devoir suivre une thérapie ?
- Et si cette dernière est pratiquée dans le dos de la NASA, alors il n’y aurait rien de plus simple pour Q (à supposer qu’il se refuse à recourir à ses pouvoirs) de la dénoncer pour compromettre sa participation à la Mission Europa.
- De même, comment est-il possible qu’une simulation d’aussi bas niveau qu’un "no win scenario" (destiné à tester le tempérament et non la compétence envers une procédure) soit imposé à Renée Picard à moins de deux jours du lancement (et non durant les sélections ou la formation) ?
- Mais si cette simulation est d’ordre opérationnel, comme se fait-il alors que la belle astronaute ait été la seule impliquée, sans un quelconque autre membre d’équipage du Shango X-1 ? Picard 02x05 Fly Me To The Moon tente-t-il de faire accroire aux spectateurs que Miss Picard va s’embarquer seule pour un voyage vers les lunes de Jupiter ? Si tel est le cas, le fétichisme burnhamien guette la série, au mépris du réalisme le plus élémentaire.
- En aval, comment la découverte d’un micro-organisme extraterrestre dont la sentience ne fut même pas objectivement avérée (puisque relevant de la seule conviction de Miss Picard) puisse participer de l’utopie ou de la dystopie du futur, sachant que c’est le First Contact avec les Vulcains en 2063 qui fut considéré comme la première preuve officielle de vie extraterrestres jamais découverte dans la chronologie de la Fédération.
- Finalement, pourquoi l’omnipotent Q en est-il réduit à employer (avant même qu’il ne perde ses pouvoirs) des méthodes aussi laborieuses (implication personnelle, voyage dans le temps, infiltration et influence sur le temps long...) pour altérer la timeline, alors qu’il aurait pu le faire d’un claquement de doigts depuis n’importe quelle époque ? Altérer la trame temporelle semble aussi laborieux pour lui que la restaurer pour Picard & cie.
Certes, ces deux derniers questionnements bénéficient de lanterns très sommaires dans les dialogues, mais eu égard à l’usage "alibi-esque" éhonté que fait Secret Hideout de ce procédé depuis 2017, cela ne constitue aucunement un passeport d’immunité ni même des circonstances atténuantes.

La "mission" pour Tallinn, Jean-Luc et son équipage coulera alors de source : tout faire pour que, durant les quinze heures qui la séparent du décollage de Shango, Renée ne trahisse pas son destin en démissionnant sous l’influence du "mauvais génie" Q. Aussitôt que la "dream team" sera réunie au grand complet à bord de La Sirena (vers la fin de l’épisode), une opération à la Ocean’s 11/12/13 de Steven Soderbergh (2001-2007) sera alors mise en place par Jean-Luc... juste pour infiltrer une soirée huppée mais ultra-sécurisée à laquelle Miss Picard est contrainte d’assister. On ne sait pas trop en quoi une surveillance discrète durant ce gala mondain (sans prise de contact direct avec Renée) pourrait influencer le choix personnel de l’Élue, mais c’est l’occasion pour la série de se payer un énième rip-off des lamentables Picard 01x05 Stardust City Rag et de Discovery 04x08 All In. Il faut donc en passer par un plan capillotracté pour se taper l’incruste à la soirée... comme si les pauvres technologies de 2024 mettaient soudain curieusement en échec celles d’un 25ème siècle idiocratique (aussi bien en version Confederation ultra-dystopique qu’en version Federation faussement utopique) ! Ainsi, Jurati se débrouillera pour paraître la plus suspecte possible sur les caméras de surveillance afin de se faire appréhender pour être aussitôt (bien commodément) conduite au QG de la sécurité où elle pourra hacker (malgré ses mains liés) la base de données des invités sur un serveur isolé du réseau par airgaping...

À cette occasion, Picard 02x05 Fly Me To The Moon brossera un portrait proprement orwellien de la NASA, y compris dans un contexte festif : emploi normalisé de puces RFID (ou équivalentes) implantées chez les sujets (« each guest is issued a radio frequency invite »), système de reconnaissance faciale généralisé, accès à des bases de données contenant tout le CV des individus... autant dire le système de crédit social chinois ultra-totalitaire... ne correspondant pourtant aucunement à la politique en usage dans le monde réel aux USA, ni aujourd’hui, ni vraisemblablement dans deux ans. Si bien qu’à certains moments l’épisode flirtera presque avec du Black Mirror... mais malgré lui, sans finalité dénonciatrice, dans le seul but d’imposer des challenges artificiels aux héros afin de meubler et remplir cette seconde saison de Picard.
Les professionnels de pointe qui assurent la surveillance et la sécurité de la soirée de gala de la NASA disposent donc des outils les plus offensifs et proactifs pour fliquer et "calculer" chaque individu ; et pourtant lorsqu’une intruse (Jurati) est identifiée et arrêtée, elle n’est pas isolée... mais conduite directement au centre de contrôle d’où elle peut assister à toutes les opérations... en attendant de les infiltrer. Soit tout l’illogisme des scénarios copyrightés Secret Hideout, Terry Matalas ou pas.

Alors récapitulons :
- la Sirena dispose de synthétiseurs permettant de fabriquer et d’imiter à la perfection n’importe quel document, objet, et matériel du 21ème siècle ;
- les héros ont la possibilité de téléporter n’importe qui magiquement depuis le sol de Bourgogne sans l’aide de satellite anachronique (passant donc à travers le manteau voire le noyau terrestre) ;
- les protagonistes possèdent les moyens d’effacer chirurgicalement certains souvenirs précis (une méthode appliquée au policier français Leclerc pour lui faire oublier sa découverte de La Sirena et sa rencontre traumatisante avec la reine borg, cf. ci-après) ;
- de vastes pannes électriques, électroniques et mécaniques peuvent désormais être provoqués par les tricordeurs (voir plus bas) ;
- plus généralement, ces voyageurs du futur possèdent quasiment quatre siècles d’avance technologique sur l’humanité contemporaine et plusieurs révolutions coperniciennes scientifiques et technologiques ;
- la supervisor Tallinn peut quant à elle surveiller en temps réel ce que toute le monde fait et dit partout sur Terre, et avec un système mobile de champ/contrechamp s’il vous plait pour bénéficier de n’importe quel angle de vue (ou la mort de toute intimité soit un rêve pour n’importe quel service d’espionnage) ;
- mieux encore, Tallinn à la possibilité de prendre momentanément le contrôle de n’importe quel humain à distance pour le téléguider sans qu’il en ait même conscience à la façon de l’agent Smith dans Matrix.
Ce dernier point représente un sacré retcon des moyens dont disposait Gary Seven dans ST TOS 02x26 Assignment : Earth, et à lui tout seul il aurait pu permettre de solutionner le problème pour défaire l’influence de Q et "obliger" Renée à ne pas quitter le programme de la NASA (étant donné l’enjeu apocalyptique pour l’humanité et même la galaxie). Mais pas à un seul instant les personnages ne songent à mettre à profit ce considérable atout matériel et stratégique... à croire qu’il s’agissait juste d’un "show off" pour en mettre plein la vue à la fin de Picard 02x04 Watcher.
En dépit d’une avalanche de ressources supérieures et hautement disruptives, Picard 02x05 Fly Me To The Moon et l’épisode suivant s’abaissent à se perdre dans une pathétique "histoire de casse" au sein de la jet set, moyennant une finalité nonsensique et une tactique hautement improbable, et toujours davantage de risques envers une timeline déjà sinistrée. Ironiquement, cette soirée de gala imposée à des astronautes l’avant-veille de leur décollage demeure largement invraisemblable, alors qu’en pareil cas la NASA prescrit à l’inverse toujours une période de quarantaine. Tout respire ici le mauvais prétexte narratif. Soit l’exemple même d’un script bancal et inconséquent dans son objet même.

En amont, Raffi & Seven, embusquées sur la trajectoire du bus de prisonniers, déclenchent depuis leur tricorder une espèce d’EMP qui provoque l’arrêt du véhicule, ce qui leur permet de le prendre d’assaut. Les méchants flics de l’ICE sont neutralisés en dix secondes chrono, ce qui permet de libérer tous les gentils immigrés clandestins, et bien sûr Rios.
Une impulsion électromagnétique aussi puissante générée par un engin pas plus grand qu’un smartphone, cela viole toutes les lois physiques connues, outre de constituer un retcon (oui encore un !) de la technologie des tricordeurs. Mais bah, il suffit de brandir le passeport diplomatique (ou le passe-partout) du TGCM... pour tourner la page, c’est-à-dire pour passer à l’incohérence suivante...
No comment sur la "manichéisation" indigne et insultante des parties en présence que ne cautionnerait même pas Alexandria Ocasio-Cortez, grande fan de Kathryn Janeway. Dans leur évidente "croisade" anti-trumpiste, les showrunners de Picard ont-ils seulement conscience que c’est sous les deux administrations de "l’icône" démocrate Barack Obama que les USA ont expulsé le plus grand nombre d’immigrés clandestins de toute leur Histoire ?! Ce qui n’a pourtant pas empêché le "deporter-in-chief" de recevoir le prix Nobel de la paix... La réalité n’est donc pas aussi binaire (et primaire) que les productions Secret Hideout tentent de le faire gober...
Les deux héroïnes du futur appréhendaient l’emploi au su et au vu de tous de la téléportation pour évacuer Rios… en oubliant que c’est exactement ce qu’elles avaient fait elles-mêmes dans Picard 02x04 Watcher devant une escouade de flics. En revanche, elles trouvent parfaitement naturel de changer le destin d’un car entier d’immigrés clandestins sans questionner une seul seconde l’impact de cette altération massive sur la timeline ! Si les Misses Tango & Cash avaient eu un minimum le sens des responsabilité envers la chronologie, elles auraient patienté jusqu’à ce que le bus atteigne sa destination (que celle-ci soit la frontière du Mexique, un centre de détention... voire un camp d’extermination selon le délire hystérique de la série), puis elles auraient fait téléporter Rios dès l’instant où il aurait été à l’abri des regards (sans affecter le destin de quiconque d’autres aussi funeste soit-il éventuellement).
Paradoxalement, sous couvert de manifeste politique très orienté, le message de l’épisode est sans équivoque : ces immigrés latino sont en essence des quantités négligeables dans le grand destin glorieux que la série promet à l’humanité.
À nouveau, chaque fois le wokisme kurtzmanien tombe dans l’incontinence, il dessert sa cause de la plus insultante ou nauséabonde des manières...

Il frappant de constater que depuis le début de la saison, et davantage encore depuis l’arrivée en 2024, Cristóbal Rios – le présumé successeur de Jean-Luc Picard – aura été un vrai poids mort voire un élément contreproductif. Il se sera contenté de se blesser, d’aller draguer une belle doctoresse (Teresa Ramirez), puis de chercher à l’épater en se faisant embarquer par la Migra, avant d’impacter lourdement la trame temporelle par l’opération d’évasion dont il fera l’objet. Il matérialise à lui tout seul la politique de remplissage d’une saison bien vide, mais tentant de se faire passer pour de conscientisation de pointe.
Même mention pour Raffaela Musiker qui se sera contenté d’être hystérique et vaine à peu près dans chaque scène, telle une caricature sexiste de féminité, trahissant son uniforme mais aussi le wokisme intersectionnel de la série. Et ce n’est pas l’indigente lantern d’un reproche de Seven qui rédimera quoi que ce soit.
Au moins, le grand atout d’Elnor aura été celui de l’homogénéité : son statut (mort) aura été en phase avec sa place (inutile) dans la saison.

Au chapitre du racolage fan-service, le clou de l’épisode sera assurément l’entrée en scène de… Brent Spiner… dans le rôle d’Adam Soong… très lointain ancêtre de Noonian Soong, le créateur de Data. Déjà généticien de pointe comme Arik Soong durant la quatrième saison de ST ENT (en 2154), et déjà scientifique dépourvu de toute déontologie (pour avoir mené des expériences illicites sur des vétérans militaires au travers d’organisations privées en marge de la loi), il cherche surtout (sans toutefois y parvenir) à guérir sa fille Kore d’une anomalie génétique ne lui permettant pas de s’exposer à la lumière solaire (ni à la pollution). Et histoire d’employer le même cast que dans la première saison de Picard, Kore est interprétée par… Isa Briones, exactement comme les androïdes Soji Asha, Dahj Asha, et Sutra ! Le monde (kurtzmanien) est vraiment minuscule. Comment de justifier en internaliste une pareille influence sur les créatures d’Altan Inigo Soong presque quatre siècle après, mais on aura malgré tout échappé à une semblable tentative de rétro-recyclage de Lal, la "fille" de Data dans ST TNG 03x17 The Offspring (en dépit de la disponibilité de Hallie Todd).
C’est alors que Q entre en contact avec Adam (par un piratage informatique spectaculaire de son imprimante 3D) afin de lui fournir le remède tant convoité pour guérir sa fille… en contrepartie d’une aide face à la disparition de ses pouvoirs (ou du moins à leur déclin).
Le NuTrek de Kurtzman, visiblement à bout de souffle, n’a d’autre choix que de perpétuellement s’autocannibaliser lui-même puisque c’est là une redite du pacte faustien que Khan 2.0 avait passé avec l’officier Thomas Harewood au début de ST Into Darkness pour guérir sa fille atteinte d’une maladie incurable grâce au sang magique des Augments en contrepartie de l’explosion de l’antenne londonienne de la Section 31.
Sauf qu’ici le généticien est appelé à survivre. Après une interminable scène de mélo entre le père et la fille qui aurait sombré dans le HS intégral si elle ne s’était pas achevée par la violence gore d’une rechute (la peau de Kore s’étant brutalement couverte le zébrure veineuses sous l’effet du soleil sans filtre, le premier échantillon fourni ne l’ayant guéri que quelques heures), Adam n’a d’autre choix – pour obtenir une version stable du remède génétique – que d’obtempérer et collaborer avec Q contre… Picard !

L’échange au sommet entre les deux personnages offrira assurément à l’épisode son meilleur moment, non seulement grâce à l’expérience et à l’épaisseur des deux comédiens (Brent Spiner et John de Lancie) mais aussi à quelques lignes de dialogues audacieuses ou inspirées... par exemple lorsque Q se présente comme « I am the evolution of stardust. I’m the gentle flutter of a butterfly. I am Death, destroyer of worlds. » puis lorsqu’il répond à Adam « We’re all hostages to what we love. The only way to truly be free is to love nothing. How meaningless would that be ? ». Malheureusement, par-delà le bel effet d’annonce (pour ne pas dire de vitrine), l’épisode n’en fera rien de constructif ni d’enrichissant...
Au contraire, Picard 02x05 Fly Me To The Moon tendra à "manichéiser" Q, qui de trickster ambivalent à protecteur de l’humanité sous des dehors "méchants", semble glisser vers la malveillance pure, avec une volonté manifeste (ou presque) de nuire à Picard et à l’humanité trekkienne future... au contraire de ce que suggéraient les deux premiers épisodes de cette seconde saison. La série Picard céderait-elle à la tentation paupérisante et simplificatrice si kurtzmanienne de faire de Q un véritable bad guy (ce que pourtant jamais il ne fut), désormais animé par une forme d’obsession rancunière à l’endroit de la lignée des Picard (vraiment de quoi aller consulter un psy), voire par un pur désir de vengeance... au prix d’un retcon ou d’une trahison du personnage.
N’est-il pas étonnant (d’une perspective internaliste) que Q apparaisse également vieux à Adam Soong (donc sans la justification du "matching des âges" avec Jean-Luc invoqué à la fin de Picard 02x01 The Star Gazer). Est-ce que cela résulte seulement d’une raison externaliste (par exemple un budget insuffisant pour se payer un "de-aging" numérique convaincant de John de Lancie dans chaque scène), ou est-ce une manière de suggérer que l’éternel et intemporel Q a lui aussi vieilli, au point de devenir aigri et/ou diminué ?
Cet épisode et le précédent ont beau vendre la perte des pouvoirs de Q, seule son omnipotence a peut-être été affectée, mais en aucun cas son omniscience... étant donné sa capacité (sans le renfort de technologie importée) à pirater les systèmes informatiques du 21ème siècle puis à fournir à Adam Soong des traitements géniques qui n’ont pas encore été inventés...
Il est en outre permis de s’interroger sur la logique causale de l’altération de la chronologie. Lorsque Q avait projeté les consciences de Picard & co dans la ligne temporelle de la Confederation, cette dernière résultait d’une intervention de Q en 2024. Le Q de 2024 ayant perdu ses pouvoirs et contraint dorénavant de s’appuyer sur Adam Soong est donc causalement antérieur au Q que Picard a rencontré dans Picard 02x02 Penance et qui pourtant disposait de toute sa puissance.

En matière de logique causale, si Kore est la descendante unique d’Adam, alors il pourrait être difficile d’expliquer que son état (voire son espérance de vie limitée) lui ait permis d’avoir à son tour une descendance (qui plus est strictement patronymique et dont toute la dynastie des Arik, Noonian... est issue) sans que Q ne fournisse le remède génique anachronique... normalement absent de la chronologie initiale... mais participant de l’altération temporelle dont la ligne temporelle dystopique de la Confederation résulte. Les showrunners n’ont pas forcément pris la mesure de ce possible imbroglio temporel... avec pour corollaire une incompatibilité accrue de toute cette configuration avec la timeline trekkienne originelle.
En revanche, Adam Soong est clairement appelé à jouer un rôle causal dans l’hyper-dystopie de la Confederation du 25ème siècle… car dans Picard 02x02 Penance, une gigantesque statue holographique à son nom et à son effigie trônait fièrement sur la devise xénophobe "A safe galaxy is a Human galaxy"...
Pour autant, cela n’explique aucunement l’anachronisme grossier du généticien qui – pour protéger sa fille des rayons solaires (notamment UV) – emploie avec le plus naturel une flotte de drones volants déployant rien de moins qu’un champ de force en guise de parasol ! Et il les a achetés où ces drones ? Sur Amazon ou sur Alibaba ? Pour mémoire, les sciences réelles contemporaines sont encore moins capables de développer un quelconque champ de force que d’envoyer des humains vers les lunes de Jupiter. Le premier champ de force terrien sera développé seulement en 2152 par Malcolm Reed dans ST ENT 01x22 Vox Sola. La série Picard ne s’y prendrait pas autrement si elle cherchait absolument à convaincre les spectateurs qu’elle ne prend pas vraiment place dans la timeline trekkienne historique, et cela avant même la bascule du 15 avril 2024... comme le suggérait déjà l’absence de rencontre entre Guinan et Picard en 1893.
Mais quitte à continuer à filer les anachronismes en mode bullshit décomplexé, l’intérêt des riches héritières à faire cloner leurs chats (sic) par ce premier Soong fournira certainement une piste aux fanboys les plus exaltés pour expliquer qu’Adam, Arik, Noonian, et Altan Inigo se ressemblent autant en dépit des quasi-quatre siècles d’écart. Ou quand le #FakeTrek tente de copier la série Foundation avec la dynastie génétique des Cleon... mais sans en avoir le dixième du talent ni de la cohérence.

Que Brent Spiner ait interprété Data, Lore, puis Noonian Soong, et enfin B-4 dans ST TNG, c’était logique, car les créatures synthétiques étaient basées sur le physique du créateur (qui n’avait pas pu avoir de descendance). Que par la suite, ST Enterprise se soit payé dans sa trilogie Augment le quinquisaïeul Arik Soong sous les traits de Spiner, cela pouvait passer, tant que cela restait un one shot, notamment grâce à un scénario vraiment brillant et une symbolique forte enraciné dans l’ADN TOSien.
Mais que Picard industrialise et photocopie sans retenue ce procédé, d’abord dans sa première saison avec Altan Inigo Soong (le fils caché que Noonian n’avait pu avoir et donc incompatible avec ST TNG), et maintenant dans sa seconde saison avec Adam Soong (aïeul à quinze générations et appartenant à une ère non-trekkienne) toujours joué par le même acteur et qui plus est de la même manière (même profil cynique)… cela témoigne d’une vraie panne de créativité, et d’une totale impuissance de worldbuilding ! Entre le Cloud Atlas du pauvre, le mauvais vaudeville et le running gag involontaire... Chaque saison du NuTrek va-t-elle nous sortir un nouveau Soong cloné de son chapeau ?
Puisque la seconde saison de Picard attribue aux mêmes acteurs tous les rôles consanguins, il aurait été piquant de faire jouer l’aïeule Renée à Patrick Stewart lui-même, mais coiffé d’une perruque et avec une voix de fausset (moyennant une touche de "de-aging" numérique si nécessaire). Au moins la série Picard se serait pleinement assumée dans son paradigme et ses ambitions VIP-centrées...

Tandis que Jurati est inexplicablement partie dormir à l’intérieur de l’insalubre, poussiéreux et venteux Château Picard (WTF ?), la reine borg qui n’accepte pas un "non" pour réponse de la part son dernier crush et qui se languit de rester seule pour la nuit... décide de passer à l’action... Elle imite alors la voix du colonel Rios pour accéder aux systèmes de communication du vaisseau… puis appelle à l’aide par téléphone la police nationale française ! Accourant pour secourir une femme en péril, le policier français Leclerc détecte La Sirena (grâce à une instabilité du système d’occultation)… puis pénètre tout de go à l’intérieur, attiré par la voie féminine en détresse... dans une ambiance d’épouvante (pour rire). Bien sûr, le piège se referme alors sur lui. Malgré ses entraves, la reine déploie avec la vélocité d’un serpent une de ses tentacules… non pour assimiler le policier (alors qu’elle en meurt d’envie) mais pour l’étouffer (comme le ferait un anaconda géant). Soit un moyen de pression pour obliger, Agnes (fraichement réveillée) à se donner à elle, à grand renfort d’arguments à la fois coercitifs, introspectifs et flatteurs.
Mais cette dernière résiste au point de descendre la reine avec une pétoire rouillée trouvée dans le château (afin de sauver la vie du représentant de la loi). Elle ne résiste cependant pas au point de ne pas s’approcher stupidement ensuite (par culpabilité ou par pathos ?) de la reine agonisante… et se laisser tendrement toucher par elle. Les conséquences sont aisées à deviner...
C’est finalement au travers d’un flash-back que Picard 02x05 Fly Me To The Moon assénera son (faux) coup de théâtre final (tant il était prévisible) : la reine borg a décidé de déménager dans le cerveau d’Agnes, et toutes deux voguent désormais de conserve (pour une scène conclusive visuellement très clichée).
La cybernéticienne semblait posséder le "superpouvoir" de résister à l’assimilation Borg et même de dominer l’esprit de la reine (au point de susciter un vrai coup de foudre chez cette dernière). Mais in fine, Jurati chope consciencieusement toutes les MST mentales possibles : durant la première saison, c’était l’Admonition ; et durant la seconde, c’est le virus borg mais dans un variant inédit, i.e. sans transformation physique et au travers d’une possession mentale de la reine (et non une dépersonnalisation).
Alors après avoir pompé sur les hybrides immergés de BSG 2003 pour les transes cyber-métaphysiques de la reine borg durant le voyage temporel de Picard 02x03 Assimilation, voilà que Picard 02x05 Fly Me To The Moon plagie (outre bien sûr la même BSG 2003 avec Number 6 hantant Baltar) Farscape via l’implant de Scorpius dans la tête de John Crichton (modulo un genderswap)...

Inutile de préciser qu’il faudra comme à l’accoutumée encaisser un enchaînement d’invraisemblances crasses fabriquées sur mesure pour servir une intrigue factice :
- alors qu’elle est bien placée pour connaître le péril, Jurati abandonne La Sirena et laisse la souveraine Borg sans surveillance (non mais allô quoi ?!) ;
- la reine est une fois de plus lourdement retconée avec en plus tout le reste (cf. les épisodes précédents) : #1 l’aptitude à imiter à la perfection n’importe quelle voix comme le Terminator T-800, #2 sortir des appendices préhensiles de pieuvre comme la reine 2.0 de Picard 02x01 The Star Gazer, et #3 assimiler les humains sans perte d’individualité et sans laisser de trace lorsque ça l’arrange ;
- dès la réception de l’appel téléphonique, la police nationale française intervient sans requérir la moindre information contextuelle et sans chercher à maintenir le contact vocal avec l’appelante prétendûment agressée... violant ainsi le b.a.ba du manuel ;
- arrivé sur site, le policier Leclerc à l’accent français douteux (Ivo Nandi) clame détester la campagne (!) alors que la zone rurale du village bourguignon de La Barre postulait l’intervention de la gendarmerie (et non de la police) ; mais il est de notoriété publique que pour les Américains les plus incultes, la France se réduit juste à Paris (et même à la Tour Eiffel) ;
- contrairement à tous les protocoles, le policier intervient seul sans jamais songer à appeler le moindre renfort ; la règle en France comme aux USA est pourtant d’intervenir au minimum en binôme ;
- quel hasard commode que Leclerc regarde dans la bonne direction en pleine nuit au moment précis où survient un glitch (d’à peine une seconde) dans le système d’occultation de La Sirena...
- lorsqu’il détecte un engin spatial dissimulé derrière un écran d’invisibilité, le policier ne prévient aucun de ses collègues... alors qu’une telle découverte historique aurait dû lancer un état d’alerte général (avant même d’envisager une quelconque exploration de l’intérieur) ;
- le vaisseau de la paranoïaque Confederation du 25ème siècle se laisse pénétrer comme une passoire (aucune porte futuriste ? aucun verrou high tech ? aucun système de sécurité biométrique ?), y compris par des newbies du début du 21ème siècle ;
- nul autorité ne s’étonne de la perte de contact radio qui s’ensuit avec l’officier Leclerc...
- le vieux fusil employé par Jurati est comme par hasard chargé et il fonctionne sans problème après des décennies (voire des siècles) d’abandon...
Cette masse critique de n’importe nawak pourrait même laisser transparaître une francophobie à peine voilée de la production, ce qui ne serait pas si étonnant depuis que l’universalisme et l’humanisme trekkiens ont cédé le terrain à un wokisme bas du front. Entre les flics étatsuniens tous salauds et les flics français idiots, le cœur des trekkies balance...
La France sera également "mise à l’honneur" mais en mode Jackass... lorsque, pour entrer à la soirée de gala des astronautes, Renée Picard (née à le 22/11/1996 à Chateauneuf-Grasse dans les Alpes Maritimes) présentera sa CNI anglicisée de la "Républicique française" (et non de la République française) établie par la sous-préfecture de "Bèziers" (et non Béziers).
Au fait, Jean-Luc ne nous avait-il pas dit dans Picard 02x03 Assimilation que tous les Picard de sa famille s’étaient expatriés au Royaume-Uni depuis la Seconde Guerre mondiale ?

Après avoir tué le corps de la reine Borg (mais avoir laissé son esprit pénétrer en elle par "injection intraveineuse" de nanites), Jurati sauvera la vie du policier Leclerc en réparant tous ses organes internes (sic), au point d’extraire sa rate et la placer dans un bocal ! Mais comment a-t-elle pu réussir un tel exploit alors qu’elle est cybernéticienne et non médecin et encore moins chirurgienne, tandis que La Sirena de la Confederation n’est pas pourvu d’EMH. Rétrospectivement, cela rendrait encore plus incohérente la mort d’Elnor dans Picard 02x03 Assimilation, car Jurati ne lui avait apporté aucune aide médicale (l’elfe romulien est juste mort dans les bras impuissants de Raffi). Mais si les soudaines connaissances médicales d’Agnes résultent de la "greffe" borg, alors son accomplissement aurait dû vraiment étonner ses collègues (Musiker en tête), car on ne s’improvise pas chirurgien (c’est encore plus cheaté que le permis de conduire pour Seven une seconde chrono dans Picard 02x04 Watcher). Mais RAS, tout cela passe comme une lettre à la poste aux yeux de tous. Aucun doute, nous sommes bien dans le KurtzTrek !
Au retour par téléportation de l’équipage de La Sirena, Jurati apparaîtra maculée de sang (celui de Leclerc ou de la reine) et en état de choc. Un état sincère ou simulé (selon le niveau de "possession" par la reine), néanmoins parfaitement interprété par Alison Pill. Mais il s’agira moins de la culpabilité d’avoir causé par son invraisemblable négligence ce double drame (la mise en danger extrême d’un natif du 21ème siècle et la fausse mort de la souveraine borg) que... la perte du ticket de retour vers le futur ! L’épisode persévère donc dans cette incohérence révisionniste consistant à nier les innombrables façons différentes de voyager dans le temps exposées dans ST TNG/DS9/VOY tout au long du 24ème siècle et qui ne nécessitaient le présence ni de Spock ni d’une reine borg. Jean-Luc est-il gâteux au point d’avoir oublié qu’il n’eut aucune difficulté à la fin de ST First Contact à revenir par lui-même avec l’USS Enterprise E à son époque en 2373 suite à la victoire sur les Borgs en 2063 (et sans avoir à tourner autour du soleil comme Superman) ? Un nouvelle fois, si la série Picard voulait convaincre les trekkers qu’elle est sise depuis l’origine dans une tout autre timeline (ou un autre univers) que ST TNG, elle ne s’y prendrait pas autrement...
Enfin, par-delà les retcons en série qu’aligne la série Picard comme autant de trophées depuis le début de la seconde saison, une profonde dénaturation ontologique frappe la reine borg... qui non seulement a cessé d’être le hub du collectivisme ultime pour se transformer en hubris du fascisme ultime (i.e. sa complète antithèse quoi), mais qui glisse même désormais vers un nombrilisme d’organe et un égocentrisme de réseautage. Si bien qu’elle renonce à l’opportunité programmatique de relancer avec succès en 2024 via le policier Leclerc ce qui avait échoué en 2063, c’est-à-dire une assimilation de toute l’humanité (et cette fois, il est très peu probable que Picard et son équipage aient pu la stopper)... uniquement pour satisfaire une attraction cérébro-sexuelle voire un coup de foudre sentimental pour Jurati... et vivre le plus parfait amour fusionnel avec elle ! En somme, Picard a inventé la version midinette et teen soap de la reine borg ! Pouvait-il exister pire déchéance pour une des créations les plus anthologiques de la SF ?

Mais que les geeks se rassurent, à défaut de créativité et d’innovation SF, le #FakeTrek ne connaîtra jamais la crise ni la pénurie en matière de placements, d’Easter eggs, de name dropping, de caméos, et vecteurs de nostalgie en tous genres...
Par exemple, outre le titre de l’épisode qui fait référence à la fois au classique morceau de jazz de Bart Howard de 1954 (popularisé par Frank Sinatra en 1964) et au film d’animation américano-belge éponyme (2008) de Ben Stassen avec l’astronaute Buzz Aldrin, Picard 02x05 Fly Me To The Moon accueille en guest star Lea Thompson (dans le rôle de la Dr Diane Werner après avoir réalisé Picard 02x04 Watcher), célèbre pour son interprétation de Lorraine Baines McFly dans la trilogie Back To The Future de Robert Zemeckis (1985-1990), tandis que le « 17 seconds, right on the tick » prononcé par Q renvoie à la formule fétiche du Doc Emmett Brown dans la même saga.
En bonus, Terry Matalas ne manque jamais une occasion de s’offrir un peu d’autopromotion avec cette fois Spearhead Operations qui sort directement de l’univers de sa série 12 Monkeys et qui désigne ici l’organisation militaire privatisée (donc mercenaire comme Blackwater pour les USA ou le groupe Wagner pour la Russie) ayant permis à Adam Soong de mener ses expériences génétiques à l’éthique douteuse...

Conclusion

Il y avait déjà Discovery... où Burnham a progressivement réussi à faire graviter le Trekverse entier autour de son nombril de dea ex machina aux sanglots longs...
Et il y a maintenant Picard... où le Trekverse se réduit à un soap dynastique (Dallas ? Dynasty ?) avec les mêmes familles terribles (les Picard, les Soong, les Borgs, les Q…) qui s’affrontent à travers les générations et les siècles des siècles...

À force de limiter l’expérience pseudo-"trekkienne" à une saturation de stimuli pavloviens dépourvus de toute cohérence interne, Picard devient le palais de l’illusion et du fake : Noonian Soong n’est pas Noonian (mais Adam), Laris n’est pas Laris (mais Tallinn), Soji Asha n’est pas Soji (mais Kore), Guinan n’est plus une alien atypique (mais une afro-américaine militante), Jean-Luc Picard n’est plus vraiment Jean-Luc Picard (mais une ombre sénile), Seven n’est plus vraiment Seven (il ne reste plus rien de sa singularité de ST VOY), la reine Borg n’est plus vraiment la reine Borg (tant elle a été retconée et "révisionnée" au gré des besoins narratifs), l’indicible Q n’est plus vraiment Q (mais un bad guy malveillant et obsédé par la famille Picard), la Fédération n’est plus la Fédération (mais une fausse utopie bien plus cynique que la plupart des nations d’aujourd’hui), et même le monde contemporain ne ressemble pas au monde contemporain (des agents de l’ICE s’apparentant à des SS, une France de pacotille, des technologies de champs de force 130 ans avant leur invention, des missions habitées vers Europa et Io avant même que l’humanité n’ait posé le pied sur Mars...).
Les causalités factuelles sont violées à tour de bras... mais OSEF... car de toute façon la timeline saecula saeculorum (hyper-dystopie godwinienne vs. fausse utopie) ne se décidera (à la manière d’une décohérence quantique) qu’en fonction du degré de dépression d’un personnage VIP (Renée Picard) selon un psychologisme autocentré ! Le disque rayé kurtzmanien chercherait-il à refourguer autrement la grosse tristesse du Kelpian Su’Kal qui a ravagé toute la Voie Lactée au travers du Burn (cf. la troisième saison de Discovery) ?
En définitive, subsiste-t-il quoi que ce soit d’authentique et de crédible dans ce Picard 02x05 Fly Me To The Moon ?

Malgré une contrefaçon systémique, l’épisode réussit quand même à infliger ad nauseam son syndrome VIP d’exécrable soap opera, puisque quels que soient les époques et les lieux, tous les protagonistes-clés sont systématiquement des potes, des amis, des amants, des parents, des aïeux, ou des sosies les uns des autres. Une consanguinité par-delà l’espace et le temps poussée jusqu’à l’absurde...mais qui pourrait être aussi le symptôme d’une série fauchée qui n’a d’autre choix que de faire jouer tous les rôles aux mêmes acteurs sous contrat. "Fauchée" non pas à la façon de la MJC du coin... mais parce que les quelques big stars comme Patrick Stewart ont déjà cannibalisé tout le budget pour l’insigne honneur de leur contribution.

Non content d’être toujours aussi fièrement contrefait, jamais encore le #FakeTrek n’avait été à ce point miniaturisé et VIP-morphisé. Même si la forme (merci Jonathan Frakes !) et l’acting demeurent à l’avantage de Picard, son fond est – par bien des côtés – plus profanateur encore que celui de Discovery... car massacrant l’icônisme et le crédit des figures de proue trekkiennes non recastées... avec la bénédiction trompeuse de leurs interprètes historiques.
Distrayant peut-être (du moins pour ceux qui ne se seraient pas endormis), mais en réalité profondément gerbant.
Et dire qu’ils s’y sont mis à dix "executive producers" pour forger pareille imposture derrière le simulacre ! Chapeau ! Du grand (con-)art !

NOTE ÉPISODE

NOTE STAR TREK

BANDE ANNONCE





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