Hérétique : La critique

HÉRÉTIQUE
Date de sortie : 22 janvier 2026
Éditeur : Éditions Delcourt
Scénario : Robbie Morrison
Dessin : Charlie Adlard
ISBN : 978-2413091134
Nombre de Pages : xx
Prix : 19,50 euros
DESCRIPTION
Un magnifique RÉCIT COMPLET par ROBBIE MORRISON & CHARLIE ADLARD au format album, justifié par la beauté des pages de Charlie. La meilleure façon de le décrire ? Le croisement parfait entre Sherlock Holmes et Le Nom de la rose.
Ce thriller historique aux accents d’horreur et de surnaturel se concentre sur la relation entre le docteur, chevalier, avocat, occultiste, philosophe et magicien Cornelius Agrippa et son jeune élève Johann Weyer alors qu’ils enquêtent sur une horrible série de meurtres à Anvers au XVIe siècle.

LA CRITIQUE
Avec Hérétique, Robbie Morrison nous entraîne dans l’Europe du XVIᵉ siècle, à une époque où la foi, la peur et le pouvoir religieux façonnent brutalement les destinées. À Anvers, le philosophe et médecin Cornelius Agrippa, accompagné de son jeune disciple Johann Weyer, se retrouve mêlé à une série de meurtres aux accents rituels. Très vite, l’enquête dépasse le simple cadre criminel pour s’enfoncer dans les zones troubles de l’hérésie, de l’Inquisition et de l’irrationnel, dans un monde où la frontière entre science, superstition et croyance est dangereusement floue.
Hérétique affiche d’emblée une ambition certaine. Morrison ne se contente pas de raconter une enquête médiévale. Il cherche à interroger le poids du dogme religieux, la construction de la peur collective et la manière dont le savoir peut devenir une menace face au pouvoir établi. Cornelius Agrippa incarne cette figure de l’intellectuel libre, pris en étau entre raison, foi et soupçons permanents.
Le récit prend parfois des allures de Nom de la rose qui rencontrerait Sherlock Holmes, avec cette volonté de mêler réflexion philosophique et tension dramatique. Toutefois, cette ambition se heurte à une narration qui manque parfois de rigueur. L’enquête avance plus par glissements successifs que par une véritable mécanique déductive, ce qui peut laisser le lecteur sur sa faim lorsqu’il attend une construction plus serrée. Le scénario semble parfois hésiter entre polar historique, fresque ésotérique et réflexion métaphysique, sans toujours parvenir à fondre ces éléments en un tout parfaitement cohérent.
L’introduction, notamment, peut désarçonner, et donne l’impression d’un démarrage un peu bancal avant que le récit ne trouve réellement son rythme. Une fois lancé, Hérétique séduit davantage par ses idées que par la précision de son intrigue.
Charlie Adlard apporte à Hérétique une patine visuelle immédiatement reconnaissable. Son trait, rugueux et expressif, le noir et blanc qui est sa signature, s’accorde parfaitement à l’époque et à la noirceur du propos. Les visages marqués, les décors urbains étouffants et les jeux d’ombres renforcent cette sensation d’un monde oppressant, où la violence peut surgir à tout moment.
La mise en scène privilégie l’atmosphère au spectaculaire. Adlard excelle à installer une tension sourde, presque poisseuse, qui colle au récit et soutient les thématiques abordées. Si certains lecteurs pourront trouver l’ensemble un peu austère, le dessin reste un atout majeur de l’album, au service d’une ambiance cohérente et immersive.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, Hérétique est une bande dessinée stimulante, portée par de véritables intentions et une atmosphère solide. Son propos sur l’obscurantisme, la peur de l’autre et la fragilité de la raison humaine reste d’une étonnante modernité. Pourtant, l’album ne parvient pas toujours à transformer cette richesse thématique en un récit pleinement maîtrisé, laissant parfois l’impression d’un potentiel un peu sous-exploité.
On ressort de la lecture davantage marqué par l’ambiance et les idées que par l’enquête elle-même. Hérétique s’adresse avant tout aux lecteurs sensibles aux récits historiques sombres et aux questionnements philosophiques, plus qu’aux amateurs de thrillers rigoureusement construits. Une œuvre imparfaite, mais intéressante, qui mérite d’être lue pour ce qu’elle tente, sinon toujours pour ce qu’elle accomplit.

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