Les Dardanelles : La critique du tome 4 de la BD Les sentinelles

LES SENTINELLES
CHAPITRE QUATRIEME
AVRIL 1915 : LES DARDANELLES
Date de sortie : 15 octobre 2025 pour la présente édition
Éditeur : Éditions Delcourt
Scénario : Xavier Dorison
Dessin : Enrique Breccia
ISBN : 978-2413087472
Nombre de Pages : 64
Prix : 16,50 euros
DESCRIPTION
Les Sentinelles se rendent en Turquie pour récupérer le détroit des Dardanelles, lieu stratégique entre l’Orient et l’Occident. Taillefer n’a que trois jours pour nettoyer le terrain et permettre le passage des soldats...
Une équipe d’un nouveau genre surgit des laboratoires secrets français pour faire basculer le cours de l’histoire, mené par Taillefer : l’homme de fer issu de la toute nouvelle science du radium. Comme dans les meilleurs comics, les dilemmes moraux des héros se mêlent aux affrontements les plus spectaculaires.

LA CRITIQUE
Avec Les Dardanelles, la série Les Sentinelles quitte les tranchées occidentales pour s’aventurer sur un autre front tout aussi stratégique et meurtrier de la Première Guerre mondiale. Direction le détroit des Dardanelles, où l’Empire ottoman devient le théâtre d’un affrontement décisif.
Les Sentinelles, ces soldats augmentés par la science et la mécanique, sont envoyées dans une opération qui dépasse largement le simple cadre militaire. Entre ambitions politiques, expérimentation technologique et sacrifice humain, la guerre prend ici une dimension encore plus absurde et tragique. Ce quatrième tome élargit le champ du conflit et montre que, où qu’elle se déroule, la guerre broie tout sur son passage.
Ce tome marque un tournant important dans la série. Dorison et Breccia s’éloignent de la stricte logique de front pour proposer une vision plus géopolitique du conflit. Les Dardanelles ne sont pas seulement un nouveau décor, elles incarnent un point de bascule stratégique, mais aussi moral. Le scénario insiste sur l’aveuglement des états-majors et sur la manière dont les Sentinelles, censées être des armes décisives, deviennent des symboles du cynisme militaire.
La force du récit tient à son refus de l’héroïsation. Les personnages sont de plus en plus écrasés par les décisions qui les dépassent, et la série assume pleinement son discours antimilitariste. Ce tome donne également le sentiment que les Sentinelles ne sont plus seulement des soldats, mais des cobayes, voire des monstres créés par la guerre elle-même. Le propos gagne en ampleur et en gravité, au prix parfois d’une narration plus contemplative, mais toujours maîtrisée.
Le dessin d’Enrique Breccia reste l’un des piliers de la série. Son trait sombre, rugueux, presque expressionniste, épouse parfaitement la violence et la folie du conflit. Dans Les Dardanelles, les paysages prennent une importance particulière : falaises, mer, fumées et explosions composent des planches oppressantes, où l’homme semble minuscule face à l’environnement et à la machine de guerre.
Les corps sont lourds, déformés, souvent écrasés par leurs armures mécaniques, renforçant l’idée que la technologie n’est pas une libération mais un fardeau. La mise en scène privilégie les atmosphères à l’action pure, ce qui peut dérouter, mais contribue puissamment à l’identité visuelle de la série. Chaque page respire la fatalité et le chaos.
ET FINALEMENT ?
Et finalement, Les Dardanelles est un album dense, sombre et ambitieux, qui confirme la volonté de la série de dépasser le simple récit de guerre alternative. En élargissant le conflit à d’autres fronts et en approfondissant son discours sur la déshumanisation par la guerre et la technologie, cet opus renforce la cohérence et la portée du cycle. Moins spectaculaire que certains tomes précédents, mais plus politique et plus désespéré, Les Dardanelles s’impose comme un chapitre clé de la saga, préparant clairement des développements encore plus radicaux pour la suite. Une lecture exigeante, mais marquante, pour qui accepte de regarder la guerre droit dans les yeux.
LES SENTINELLES
- Les sentinelles, chapitre premier, juillet-aout 1914 : Les moissons d’acier
- Les sentinelles, chapitre deuxième, septembre 1914 : La Marne
- Les sentinelles, chapitre troisième, avril 1915 : Ypres

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