Les mots de Taj : La critique

Date : 23 / 11 / 2021 à 10h00
Sources :

Unification


Un chef-op/ingé-son, un réal, un personnage principal avec une histoire forte, et nous voici partis pour 2 heures de road movie.

Mais que ça me gonfle ces gros plans, ces longueurs (on marche derrière Taj, Taj regarde par la fenêtre, Taj tient sa tête dans sa main, Taj chante), à tel point qu’au bout d’une heure j’ai failli laisser tomber tellement je ne voyais pas le bout de cette histoire pesante et lancinante, sans grand intérêt narratif. Mais la curiosité l’a emporté, et j’ai tenu... pour recevoir la récompense suprême, celle du coeur qui enfle d’émotion et des larmes qui vous brûlent les yeux.

C’est très bien joué, monsieur le réalisateur, car vous m’avez mise dans un état d’esprit qui n’est pas sans rappeler (vaguement et de très loin) celui du jeune Taj qui a pris la décision à 14 ans de quitter l’Afghanistan pour venir se reconstruire en France, loin des horreurs de la guerre. Vous m’avez obligée à continuer alors que j’avais envie d’abandonner. Vous avez su tenir cette carotte à bout de caméra, celle qui vous titille et vous pousse à aller de l’avant : mais que vais-je trouver au bout du chemin ? Taj, lui, a eu de la chance, car il vous a trouvé et vous l’avez adopté. Et vous avez eu de la chance car il vous a convaincu de faire ce film. Mais quid de tous ces migrants qui espèrent un jour trouver une vie meilleure loin de chez eux ?

En refaisant son périple à l’envers (Suisse, Autriche, Hongrie, Serbie, Macédoine du Nord, Grèce, Turquie, Iran, Afghanistan) Taj rencontre des réfugiés, certains qu’il connait déjà, comme son cousin en Autriche ou son frère en Turquie. Il nous les présente, et ils nous racontent la dure réalité de leur situation. Certains n’ont pas l’air malheureux, d’autres sont au bout du rouleau. Et on se demande : tout cela vaut-il vraiment la peine ? Pour Taj oui, indubitablement. Mais issu d’une famille ’qui pèse’ (semble t-il), il est peut-être parti mieux ’équipé’ que de nombreux autres, ne serait-ce que parce qu’il parle l’anglais (ceci-dit, une fois en France, ça ne lui a pas servi à grand-chose...). Et puis c’est un gamin brillant : en 7 ans, il a non seulement appris à parler un français de qualité (presque sans accent), mais aussi l’allemand. Avec son dari natal, cela fait 4 langues. Il raconte à l’un des personnages du film que l’urdu est une langue très simple à apprendre. Parle t-il aussi urdu ?

Beau, intelligent, courageux et plein d’humour, Taj est une espèce de super-héros réaliste et son histoire ne peut que nous émouvoir... lorsqu’il se décide à la raconter entre deux longueurs étourdissantes. Il a failli périr dans un naufrage et connait toutes les astuces pour voyager clandestinement dans les infrastructures d’un poids-lourd. Il rencontre à Patras une poignée de réfugiés qui viennent d’échapper à la police. On ne le voit pas, mais on devine qu’en leur serrant la main, il leur glisse un petit billet. Lorsqu’il retrouve son frère, coincé en Turquie depuis 18 mois, on sent une distance. Le grand frère fait une sorte de mea culpa : il aurait dû croire Taj et le soutenir lorsqu’il lui a annoncé qu’il quittait le pays. Il aimerait bien rejoindre Taj en France, mais Taj ne fait aucun commentaire...

La caméra est sur Taj en permanence, heureusement qu’il a une belle gueule. On a du mal à savoir dans quel pays on se trouve, mais c’est voulu, car Taj aussi ne savait pas toujours où il se trouvait. Malgré les défis techniques (des scènes en voiture ou dans le train, des tournages à l’arrache sans autorisations...) l’unique technicien, Henri Desaunay, a choisi de filmer en manuel. Alors l’image est parfois floue, le temps qu’il s’en rende compte et fasse le point, mais on le lui pardonne volontiers car la critique est facile mais l’art est difficile. Le son est bon et c’est important car Taj parle beaucoup, à son père adoptif, Dominique Choisy, le réalisateur du film, et aux personnages qu’il rencontre. Les mots de Taj sont l’essence de l’essence du film... Quant au montage, quelques coupes seraient bienvenues car le film traîne parfois en longueur (me répété-je ?). Mais le voyage de Taj aussi fut très long...

Une dernière image symbolique résume magnifiquement l’histoire : au fond d’une vallée aux versants arides, Taj escalade l’épave rouillée d’un camion échoué au milieu d’une rivière et saute à pieds joints sur l’herbe verte de l’autre rive.

Un film très émouvant, une fois passée la première heure. Un beau plaidoyer pour la cause des migrants.


SYNOPSIS

À quatorze ans, Tajamul a fui l’Afghanistan pour venir jusqu’en France. Sept ans plus tard, il a voulu refaire le voyage, mais à rebours, d’Amiens jusqu’à Kaboul, pour raconter et montrer ce qu’il a vécu pendant le trajet qui a fait de lui un réfugié. Des mots pour celles et ceux qui ne peuvent pas, ne peuvent plus parler. Les Mots de Taj est certainement un témoignage, mais c’est aussi le portrait d’un jeune homme d’aujourd’hui en qui résonne le fracas du chaos du monde.

BANDE ANNONCE - EXTRAITS


FICHE TECHNIQUE

- Durée du film : 1 h 58
- Titre original : Les mots de Taj
- Date de sortie : 24/11/2021
- Réalisateur - scénariste : Dominique Choisy
- Interprète : Tajamul Faqiri-Choisy
- Photographie & son : Henri Desaunay
- Montage : Léo Ségala
- Musique : Bertrand Belin, Lucile Demarquet
- Producteurs : Nathalie Algazi, Marie Sonne-Jensen, François Drouot
- Distributeur : La Voie Lactée


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