Star Trek Strange New Worlds : Critique 1.10 A Quality of Mercy

Date : 12 / 07 / 2022 à 16h30
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STAR TREK STRANGE NEW WORLDS

- Date de diffusion : 7/07/2022
- Plateforme de diffusion : Paramount+
- Épisode : 1.10 A Quality of Mercy
- Réalisateur : Chris Fisher
- Scénaristes : Henry Alonso Myers & Akiva Goldsman
- Interprètes : Anson Mount, Ethan Peck, Rebecca Romijn, Jesse Bush,Christina Chong, Celia Rose Gooding, Melissa Navia et Babs Olusanmokun

LA CRITIQUE FM

Le Season Finale de Star Trek Strange New Worlds s’inscrit dans un double objectif : celui de dénouer un certain nombre de problématiques individuelles développées sur l’ensemble de la saison et continuer à relier et placer SNW dans la lignée de La Série Originale.

Dès le premier épisode, les doutes de Christopher Pike, quant à son avenir tragique, étaient le point d’entrée du personnage dans sa série. Comme très souvent avec les productions Secret Hideout, le dernier épisode sert à résoudre la problématique initiale sans l’avoir beaucoup développé en cours de saison. Cela étant dit, c’est assez satisfaisant de se dire qu’on aura un Pike apaisé quant à sa destinée en saison 2.

L’épisode essaye aussi de traiter la révélation du secret de Una. C’était plus qu’attendu. Il faut dire qu’au-delà de la surprise liée aux origines de Number One, la série n’a jamais su vraiment donner un rôle ou un impact majeur au personnage joué par Rebecca Romijn. Comme si son exclusion de la série était prévue dès le départ…

Mais l’intérêt de ce dernier épisode ne se situe pas exactement là. Via les cristaux temporels klingons, c’est surtout une plongée fascinante dans un des épisodes les plus célèbres de La Série Originale qui nous est donné à voir. Balance of Terror était l’épisode où on découvrait les Romuliens et la différence de taille avec ce qui nous est proposé cette semaine, c’était le capitaine en poste sur l’Enterprise : James T. Kirk. Capitaine différent égale décisions différentes égale conséquences différentes sur la timeline.

L’épisode est superbement bien construit, et s’il y a, bien sûr, un intérêt supplémentaire pour celui qui se souviendra de l’épisode de 1966, il pourra également être apprécié par un novice. C’est donc l’occasion de voir les premiers pas de Paul Wesley dans les habits de James T. Kirk. Alors, oui, ce n’est pas évident de relier sa proposition à l’interprétation iconique de William Shatner. Mais j’aurais plutôt un avis favorable sur son jeu, car cela m’aurait gêné de voir une caricature de notre bon capitaine.

Globalement, sur cette première saison, on aura eu le meilleur, toute série confondue de Secret Hideout, mais aussi du moins bon. Pour moi, la grande différence, c’est la qualité du casting. Anson Mount et Ethan Peck étaient une des meilleures raisons d’apprécier la saison 2 de Star Trek Discovery. Ils ont prouvé qu’ils pouvaient tenir une série sur leurs seules épaules. J’avais beaucoup de doutes sur le reste de l’équipage. On peut aimer ou pas les caractéristiques de leurs personnages, mais je les ai trouvés globalement très bons. Mon bémol reste le titre de la série, les fameux nouveaux mondes étranges, qui ont été globalement absents de cette saison.

NOTE ÉPISODE

NOTE SAISON

LA CRITIQUE YR

Conceptuellement, il pourrait y avoir une réelle ambition à proposer le remake verbatim d’un épisode culte de la série originale, à savoir ST TOS 01x08 Balance Of Terror, mais moyennant un narratif tweaké par des altérations temporelles imbriquées les unes dans les autres. En quelque sorte comme avait cherché à le faire Terminator Genisys (2015) d’Alan Taylor par rapport au The Terminator (1984) originel de James Cameron.
Mais pour être réussi, un exercice aussi casse-gueule demande à la fois une connaissance approfondie du matériau d’origine et la rigueur algorithmique de ne pas se prendre les pieds dans le tapis de la mécanique temporelle et des boucles causales.
Henry Alonso Myers et Akiva Goldsman auront-ils alors réussi à faire "moins pire" que Laeta Kalogridis et Patrick Lussier ? La réponse est malheureusement aisée à deviner…

Outre les Gorns rebootés en hybrides xénomorphes/vélociraptors et endeuillant la Fédération une décennie avant que Starfleet n’en découvre l’existence dans ST TOS 01x19 Arena, la connaissance depuis Discovery 02x12 Through The Valley Of Shadows par Pike de son destin tragique dans ST TOS 01x15+01x16 The Menagerie aura constitué le principal fil rouge de la première saison de SNW (et probablement de la série entière). Or si ledit fil semblait avoir un caractère plus intimiste que les habituels périls galactiques de Discovery et de Picard, SNW 01x10 A Quality Of Mercy va justement s’employer à en révéler les extensions apocalyptiques. On ne se refait pas, nous sommes bien chez Alex Kurtzman…

À la façon d’une névrose victimaire, le capitaine de l’USS Enterprise aura trimballé son trauma tout au long de la saison, imposant au spectateur de façon subliminale une idéologie fataliste et pas du tout trekkienne "d’acception de son destin"… quitte à mettre à rude épreuve la suspension consentie d’incrédulité des trekkers accoutumés au prométhéisme de la SF. En effet, dès lors que quelqu’un a l’insigne privilège d’avoir une connaissance précise d’événements futurs tragiques, il lui appartient de tout faire pour les empêcher… sauf bien sûr s’il est un voyageur venu du futur et tenu de préserver la timeline dont il provient. Inutile de dire qu’il devenait de plus en plus agaçant de voir Pike, frappé de prostration nombriliste, et faisant exactement l’inverse de tous ce que les officiers de Starfleet ont toujours fait en pareil cas (cf. par exemple ST DS9 03x17 Visionary), moyennant une psychologie anachronique (antique en fait) de soumission à un fatum.
Pour autant, la première saison de Strange New Worlds aura esquissé — au détour d’échanges avec Una et/ou Spock — quelques rares velléités d’émancipation, ayant atteint leur point culminant au début de SNW 01x10 A Quality Of Mercy lorsque Pike rencontrera incidemment en live Maat Al-Salah, un jeune garçon intéressé par Starfleet et qui, neuf ans plus tard, sera l’un des deux seuls cadets que Christopher ne réussira pas à sauver.
Davantage soucieux de la vie de ceux qu’il n’aura pas sauvé que de lui-même, Pike entamera alors la rédaction d’un courrier pour informer le garçon… Soit le premier geste d’un engrenage, d’un jeu de dominos, d’une réaction en chaîne le conduisant à éviter le fameux accident de 2267, épargnant ainsi la vie de tous les cadets tout en lui évitant une super-tétraplégie jusqu’à la fin de ses jours...
Mais c’est alors que Pike recevra la visite d’une version âgée de lui-même, non handicapé, habillé de l’uniforme rouge des cinq derniers films de ST TOS (années 2280-2290), et envoyé depuis un futur uchronique (et dystopique) par les moines klingons du monastère de Boreth — à l’aide des cristaux temporels magiques employés dans les deux premières saisons de Discovery — afin de montrer à son jeune alter-ego ce qu’il adviendrait du futur si d’aventures il cédait à la tentation de ne pas devenir paralytique.
En touchant le cristal vert, le Pike de 2259 sera alors propulsé neuf ans dans le futur pour vivre les événements critiques de ST TOS 01x08 Balance Of Terror (en 2266), mais dans une timeline où il aurait échappé à l’accident de ST TOS 01x15+01x16 The Menagerie (en 2267) et où il serait toujours commandant de l’USS Enterprise en lieu et place de Kirk — qui lui du coup serait devenu le commandant de l’USS Faragut. Au nombre des autres altérations résultantes : M’Benga occupe toujours ses fonctions de médecin-chef de l’USS Enterprise (pas de Leonard McCoy à bord), Ortegas tient la place (aussi bien à la navigation que par sa xénophobie anti-Romulienne) du Lt Stiles, une certaine Jenna Mitchell occupe la fonction de Sulu, Spock est devenu le XO, Montgomery Scott est l’ingénieur en chef (mais pas nécessaire de le recaster car il n’apparait pas, seule une imitation grossière d’accent écossais sera entendue), Una n’est plus à bord (il s’avérera qu’elle a passé les sept dernières années à la colonie pénitentiaires de l’UFP sur Salius Six), et La’an est la XO de Kirk sur l’USS Faragut.
S’adaptant tant bien que mal à ce futur dont il ignore tout, le Pike de 2259 tente de gérer la crise romulienne de 2266 durant laquelle un vaisseau romulien (de type bird of prey) furtif (sous bouclier occulteur) détruira plusieurs avant-postes (au moyen d’une puissante nouvelle arme à plasma) afin de "tester" la Fédération. Mais par idéalisme, Pike fera des choix de commandement moins martiaux que ceux de Kirk à sa place, notamment en refusant de suivre les recommandations d’Ortegas/Stiles et de Spock d’attaquer et de détruire préventivement l’oiseau-de-proie pour l’empêcher de rapporter sur Romulus la preuve de la prétendue "faiblesse" de l’UFP.
Malgré l’assistance tactique de l’USS Faragut (finalement détruit) durant la tentative de prise en tenaille de l’ennemi de part et d’autre de la comète, puis malgré l’arrivée tonitruante à bord de l’USS Enterprise de Kirk re-recasté (sous les traits bien peu convaincants de Paul Wesley avec son jeu très anti-shatnerien), l’enchaînement des événements ne permettra pas de prendre le dessus sur le mythique commandant romulien (interprété par Matthew MacFadzean en lieu et place de Mark Lenard). Et suite à la déloyauté de l’un de ses subordonnés qui contactera en loucedé Romulus, la flotte romulienne entière franchira la Zone Neutre sous la conduite du Praetor en personne (désormais une femme, genderswap à la mode oblige). L’USS Enterprise en réchappera de peu... mais Spock sera très grièvement blessé durant la fuite, avec une perspective d’handicap comparable à celui que Pike avait évité dans cette uchronie.
Finalement, une dynamique d’escalade conduira à une guerre totale et tragique avec la Fédération, n’ayant toujours pas cessé dans le futur ultérieur (fin du 23ème siècle) d’où provient le Pike âgé. C’est ainsi que celui-ci aura été chargé par les sages "gardiens du temps" klingons de persuader son alter-ego plus jeune d’accepter le seul destin capable de sauver la galaxie. Dès lors, au sortir d’un pareil cauchemar et de retour en 2259, Pike acceptera avec enthousiasme son sort comme Jésus sur la croix à la fin de The Last Temptation Of Christ de Martin Scorsese (1988), notamment pour ne pas se décharger de son infortune tétraplégique sur Spock (ce que ce dernier devinera d’ailleurs à demi-mot).

L’objectif évident de cette diégèse au parfum de catéchèse est de convaincre Christopher — et les téléspectateurs avec lui — d’une alternative binaire : "le fauteuil à roulettes XOR l’apocalypse". Somme toute, exactement comme dans SNW 01x06 Lift Us Where Suffering Cannot Reach qui nous avait déjà fait le coup avec "la vampirisation de l’enfant XOR l’apocalypse".
Soit une fausse alternative (par occultation scénaristique des nombreuses autres options possibles) et un faux dilemme (sans une once de dialectique ni de tiraillement)... pour une authentique manipulation cognitive afin de forcer une dramaturgie factice et générer un max de pathos.

Dans la grammaire de la fantasy, il est question ici de la sanctification d’une destinée inscrite dans les briques même de l’univers, donnant lieu à un parcours initiatique où le messianique héros devra apprendre l’acceptation de sa fonction sacrificielle pour le salut du monde.
Mais dans la grammaire de la SF, il s’agit d’une manipulation dans sa forme la plus pure, éhontée et décomplexée. Manipulation de Christopher Pike d’abord (l’expérience d’une futur traumatisant pour l’obliger à se comporter de façon irrationnelle). Manipulation du public ensuite...

Et en réalité, SNW 01x10 A Quality Of Mercy est une pépinière de manipulations et de fakes en tous genres dans toute sa construction et son déroulement.
L’épisode se vend comme un "what if" (façon Marvel) de ST TOS 01x08 Balance Of Terror, alors que c’est en fait un faux "what if"… tant il modifie à la base des éléments clés de l’internalisme et de la chronologie de la série originale en espérant probablement que les spectateurs les moins scrupuleux, les moins attentifs, ou les moins connaisseurs ne le remarqueront pas (par-delà l’évidence des reboots systématiques des décors et les recasts non moins systématiques des personnages).
L’alibi de la réalité alternative pédagogique de ce dixième épisode est donc un rideau de fumée qui cache des contrefaçons profondes de ST TOS.

Par exemple, à travers la "leçon" et les révélations du Pike âgé, SNW 01x10 A Quality Of Mercy introduit une causalité conditionnelle entre la paralysie de Pike et l’existence de ST TOS 01x08 Balance Of Terror.
Or c’est non seulement un sophisme, mais c’est aussi une aporie.
Parce que dans la série originale, Christopher Pike a eu son accident en 2267 (ou fin 2266), quelques mois avant ST TOS 01x15+01x16 The Menagerie, mais néanmoins longtemps après la prise de commandement de l’USS Enterprise par James T Kirk en 2265 (peu avant ST TOS 01x01 Where No Man Has Gone Before) ! En effet, Pike avait quitté le commandement de l’USS Enterprise pour être promu fleet captain, puis Kirk lui avait succédé comme nouveau capitaine du flag ship de Starfleet. Dès lors, c’est bien dans le cadre de ses nouvelles fonctions (d’état-major et non plus de commandement de vaisseau) que Pike a effectué l’inspection d’un vaisseau cadet de classe J durant lequel s’est produit l’accident l’ayant exposé à des rayons delta, une tragédie que Kirk a incidemment découverte plus d’un an après sa prise de commandement et aussi plusieurs mois après la crise romuliennne ! Par conséquent dans ST TOS, la paralysie de Pike résultait — dans la chaîne causale des événements — de son changement d’affection et de la succession de Kirk à la tête de l’USS Enterprise !
Mais SNW 01x10 A Quality Of Mercy réussit — l’air de rien — à totalement renverser ce rapport de causalité. Désormais, ST TOS revu et corrigé par SNW — et que s’emploie à faire advenir le Pike âgé venu du futur uchronique — est une chronologie où l’accident de Pike est l’événement clé permettant à James T Kirk de devenir capitaine de l’USS Enterprise, tel un gage de succession entre VIP ! En somme, les trois saisons de ST TOS (y compris le succès stratégique de ST TOS 01x08 Balance Of Terror) sont subordonnées à la paralysie de Pike !!!
Soit un enchaînement dans lequel Kirk ne pouvait ignorer l’état de son prédécesseur Pike en héritant du vaisseau amiral de Starfleet avant ST TOS 01x01 Where No Man Has Gone Before, puisque c’en était la conséquence directe. Une configuration qui est donc totalement incompatible les événements de ST TOS 01x15+01x16 The Menagerie survenus longtemps après, et où Kirk découvre l’état de Pike... alors que c’est précisément au nom de ce diptyque que SNW prétend composer une prédestination voulue par l’univers panthéiste lui-même ! Un peu ballot non ? Bonne chance aux wikis en ligne (comme Memory Alpha) pour expliquer que Pike est devenu paralytique à la fois après (selon ST TOS) et avant (selon SNW) que Kirk ne soit promu capitaine de l’USS Enterprise.
Voilà comment on vend à bas prix du destin et de la fatalité en carton(-pâte)... par la transformation subreptice et sournoise de la factualité et du sens des événements du Star Trek historique ! Et c’est hélas loin d’être le seul exemple de ce tonneau dans ce "season finale"...
Autant dire que l’épisode A Quality Of Mercy fournit la preuve la plus tangible à ce jour — parmi une accumulation d’autres — que Strange New Worlds ne prend pas davantage place dans la ligne temporelle historique de ST TOS-TNG-DS9-VOY que les trois films Kelvin.

Ironiquement, même dans la timeline de Strange New Worlds — bien distincte donc de celle de ST TOS —, SNW 01x10 A Quality Of Mercy n’apporte aucune démonstration de la nécessité cosmique du sacrifice de Pike, puisque non seulement sa connaissance du futur (depuis Discovery 02x12 Through The Valley Of Shadows) lui permettait de sauver les cadets tout en se sauvant lui-même, mais le supplément d’informations (et de vécu) apporté par SNW 01x10 A Quality Of Mercy lui permettrait aussi d’éviter la catastrophe mise en scène par ce faux "what if" en renonçant simplement au commandement de l’USS Enterprise (voire en démissionnant de Starfleet) pour laisser Kirk III lui succéder. Le passage de flambeau est donc parfaitement possible sans sacrifice rituel aux Parques (et autres divinités antiques avides de sang et de souffrances).
Seulement voilà, comme l’espèce d’uchronie de ST TOS 01x08 Balance Of Terror donnée à voir par ce dixième épisode ne pourrait aucunement convaincre un esprit sensé que c’est le refus de Pike de devenir un légume qui causerait les dix plaies d’Égypte, le grand-gourou-venu-du-futur adosse à ce cas d’espèce (i.e. une seule timeline parmi une infinité d’autres possibles)... rien de moins qu’une systémique invariante multiverselle ! Histoire de décourager toute perfectibilité incrémentielle à la façon d’un Edge Of Tomorrow (2014), histoire d’interdire toute tentation de tirer un quelconque enseignement de l’échec — ouais s’agirait pas que Pike ait l’idée de détruire préventivement l’oiseau-de-proie romulien s’il revivait ces événements huit ans après (vu que c’est le privilège contractuel du seul Kirk) —, histoire de ringardiser la méthodologie "trial and error" qui préside pourtant à toute science et à toute vraie SF (comme l’avait si bien illustré la série prequelle Enterprise), SNW 01x10 A Quality Of Mercy introduit ex cathedra une nouvelle loi kurtzmanienne à l’usage exclusif de Pike : « dans toutes les timelines où handicapé tu ne seras pas, sur tous de bien grands malheurs s’abattront » !
Si si, c’est même prouvé, car les Yodas temporels klingons ont fait voir au Pike oldy qu’il n’y avait pas une seule timeline qui s’en sortait si lui restait physiquement indemne (bon, le public ne le voit pas, faut donc juste le croire sur parole). Le sacrifice du si bien nommé Christopher est donc christique : il rachète par son martyre les péchés de l’univers, et ainsi l’univers devient un spot sympatoche...
Y a même dans le bundle une espèce de malédiction par récurrence (ou par induction), à savoir qu’à partir de 2266 chaque fois que Pike réussit à déjouer une catastrophe cosmique (grâce à sa connaissance du futur), une autre cata non moins cosmique surgit, puis lorsqu’il corrige la seconde, une troisième se pointe, etc. Une sorte de loi de Lavoisier quoi, mais en version fantasy ou religion. Seule et unique amulette magique pour conjurer ce maléfice enchaîné : un fauteuil à roulette.
Voici donc désormais à quel holocauste déterministe et vaticinateur tient la nouvelle "philosophie" upgradée du NuTrek. Ça valait vraiment le coup d’alter-remaker ST TOS 01x08 Balance Of Terror sur la forme pour finalement distiller un pareil concentré d’anti-Star Trek sur le fond, qui plus est dans une chronologie/timeline aussi incompatible et divergente que Kelvin (mais avec l’hypocrisie en sus).

Arrivé en 2266 grâce au cristal temporel de Boreth, Pike révèle presque aussitôt au Spock de cette époque-là sa provenance (2259) et la raison de sa présence, à l’appui d’un mind meld pour doucher son scepticisme (on appréciera le recours spontané à ce "sérum de vérité" vulcain tout à l’inverse de ST TOS 03x24 Turnabout Intruder trois ans après mais passons…). Seulement après confirmation de la véracité des assertions du capitaine (et du destin tragique dont il est porteur), le réflexe du XO ne sera aucunement d’empêcher une tragédie avec les Romuliens, mais au contraire de la laisser religieusement se produire… pour que le Pike de 2259 puisse la vivre pleinement afin de bien apprendre sa "leçon"... et effacer ensuite cette timeline ! Sérieux ?! Donc Spock manque à tous ses devoirs d’officier de Starfleet et à ses obligations envers les milliards de ressortissants de la Fédération pour sacrifier — et in fine plonger dans le néant — sa propre ligne temporelle, transformant ainsi littéralement sa réalité entière en cobaye au service d’un parcours initiatique individuel de fantasy, en simulation pédagogique ou simulacre d’omen, en gaming cyberpunk appelé à être reseté à la fin ?! Ce qui revient à jouer aux dés avec l’univers, par VIPisme et pour un acte de foi en un diallèle, où l’absurde postulat du destin tragique de Pike n’existe que pour se justifier lui-même dans tous les multivers. Soit un record d’irresponsabilité psychologique chez des personnages devenus des marionnettes de l’externalisme.

Mais comme si ça ne suffisait pas, la pseudo-"démonstration" est viciée en amont. Car si le Pike âgé avait vraiment voulu édifier sa version de 2259, il aurait dû faire de lui un témoin extérieur des événements de 2266… et non un acteur à part entière. Car en envoyant sa conscience dans le corps d’un Pike plus âgé et totalement libre de ses décisions, il a pris le risque d’altérer aléatoirement cette timeline uchronique, tout en se déniant à lui-même la possibilité d’évoluer ! Ainsi, il faudrait croire qu’en une décennie de vécu et de commandement au sein de Starfleet, Pike a tellement stagné, a tellement été hermétique à tout, a tellement été incapable de tirer des leçons de quoi que ce soit, est tellement resté invariablement "plein de lui-même"… qu’il allait forcément (probabilité à 100%) se conduire exactement de la même façon face au bird-of-prey romulien que le Pike futur avec sept ans d’expérience professionnelle supplémentaire au compteur ? Si ce n’est pas là l’une des plus odieuses illustrations d’un déterminisme voire d’une absence de libre-arbitre… transformant les individus en pantins de l’innéisme.

Quant au procédé de voyage dans le temps lui-même, il matérialise à lui tout seul le maelstrom d’incohérences crasses cultivé par les productions Secret Hideout, Strange New Worlds ne cherchant non seulement pas à réduire et encore moins à racheter la masse critique de WTF de Discovery, mais réussissant même à la surpasser et donc l’aggraver.
DIS 02x12 Through The Valley Of Shadows avait déjà trouvé très malin de totalement retconer le monastère klingon de Boreth de ST TNG 06x23 Rightful Heir en en faisant le siège d’une congrégation sacrée klingonne de "Timekeepers" chargés de veiller sur le temps au moyen de "time crystals" ! Cette inclination d’Alex Kurtzman pour les ordres occultes de pacotille depuis la piètre série Alias (et son Milo Giacomo Rambaldi) conduira également à retconer les Romuliens avec le Qowat Milat et le Zhat Vash dans Picard et Discovery. Mais plus grave, en prétendant que les Klingons disposent depuis toujours — du moins longtemps avant la découverte de la simple possibilité du voyage temporel par la Fédération dans ST TOS 01x06 The Naked Time en 2266 — d’un moyen de contrôle du temps, le NuTrek a offert à l’espèce la plus guerrière et la plus impérialiste (davantage encore depuis son reboot xénomorphe dans les premières saisons de Discovery) la plus puissante des armes imaginables : un moyen de remodeler rétroactivement la réalité à leur avantage. Mais avec une naïveté aussi grande que celle de l’UFP idiocratique du 32ème siècle des troisième et quatrième saisons de Discovery (qui s’imagine se mettre à l’abri en interdisant simplement les technologies temporelles), les deux premières saisons de Discovery et maintenant Strange New Worlds prétendent que les cristaux temporels de Boreth ne suscitent la convoitise de personne, pas même de l’Empire klingon ! Confondant donc l’idéalisme avec la niaiserie et réduisant les productions Kurtzman à un vulgaire Teletubbies prétentieux… que tout oppose à la lucidité des guerres temporelles (TCW) de ST ENT comme corollaire systémique de la simple possibilité du voyage temporel contrôlé (tôt ou tard transformé en arme stratégique), et qui jure d’autant plus face à la clairvoyance sans appel sur ces questions d’un The Orville 03x06 Twice In A Lifetime sorti la même semaine.
Mais comme si cet anachronisme trekkien doublé d’inconséquence sociologique ne suffisait pas, voilà que SNW 01x10 A Quality Of Mercy transforme les cristaux temporels de Boreth en open bar du TGCM. Ainsi, lorsqu’on les touche, on peut aussi bien : #1 vivre des expériences mystiques transcendantes en relation avec son passé ou son futur comme via les Orbs des Prophets dans ST DS9 (cas de Pike dans DIS 02x12 Through The Valley Of Shadows), #2 voyager physiquement avec armes et bagages vers le passé ou le futur (comme Gabriel Burnham et Michael Burnham dans la saison 2 de Discovery et le Pike futur de la fin du 23ème siècle dans SNW 01x10 A Quality Of Mercy), #3 voyager seulement avec sa conscience pour entrer dans sa propre tête (ou celle d’un autre ?) à une autre époque (mais que devient la conscience de celui que l’on vient posséder ?), #4 voyager comme dans Sliders entre les timelines et connaître précisément toutes les autres lignes temporelles (cas des moines klingons de Boreth et peut-être même Pike-âgé étant donné sa connaissances des autres multivers). Et tout ça s’il vous plait avec une précision spatiotemporelle chirurgicale (que la plupart des machines auraient du mal à atteindre), avec les mêmes cristaux, avec les mêmes gestes, et sans aucune technologie ni apprentissage (dans le cas où le contrôle serait télépathique). Il suffit juste de toucher cette espèce de kryptonite verte sans hésiter, sans même se poser de question, sans même se demander où on va et comment on en reviendra… et hop, la magie opère : il se produit exactement ce que veulent les scénaristes au moment où ils le veulent, sans explication ni justification ! Et ces derniers espèrent certainement que la charge émotionnelle (pathos + fan service) induite paralyse cérébralement assez les spectateurs pour qu’ils ne viennent pas questionner le modus operandi scientifique et technique de ce que l’épisode met en scène. Tellement commode de n’être jamais comptable de rien...
C’est ainsi que dans SNW 01x10 A Quality Of Mercy, Pike-âgé débarque physiquement dans les quartiers persos de Pike-2259 avec ses cristaux magiques au moment précis où celui-ci commencer à rédiger sa lettre à Maat Al-Salah. Puis Pike-2259 touche les cristaux et voyage tel un esprit pour entrer précisément dans la tête de Pike-2266 juste durant le mariage correspondant à celui du début de ST TOS 01x08 Balance Of Terror. Puis Pike-âge lui rend de nouveau physiquement visite dans ses quartiers en 2266 (après l’accident tragique de Spock et le déclenchement de la guerre totale avec les Romuliens) pour lui délivrer la morale de la fable, lui apporter à nouveau des cristaux, et disparaitre tel un spectre. Pike-2259 touche à nouveau ces cristaux et sa conscience revient dans son corps de 2259 avant même d’avoir rencontré physiquement Pike-âgé (au moment précis où il commençait à dicter la lettre mais "enrichi" de son expérience dans le futur). Alors quid de la causalité (l’arrivée physique de Pike-âge) qui a fait partir en premier lieu Pike-2259 en 2266 puisqu’il est revenu mentalement avant cette rencontre (qui ne se produira pas) ? Que vont devenir les cristaux que Pike-2259 a laissé dans le futur (puisque son voyage à lui fut immatériel) ? Ou sont les cristaux qui permettent à Pike-futur de voyager physiquement aussi précisément à diverses époques, à apparaître et disparaître comme par enchantement, lorsque Pike-2259 se contente de voyager mentalement ? Et comment les gardiens temporels de Boreth (voire Pike-âgé lui-même) s’y prennent-ils concrètement (sans technologie régulatrice et sans "transtemporal awareness" comme Guinan ou comme la reine borg rebootée selon la série Picard) pour voyager entre les chronologies et les distinguer les unes des autres (via des nomenclatures ?) afin d’établir des comparaisons pertinentes et même des statistiques signifiantes (dont Pike-âge tire ses affirmations multiverselles) ?
Kamoulox ! Bref, de la fantasy à l’état pur...

(...) [Analyse détaillée à venir] (...)

NOTE ÉPISODE

NOTE ÉPISODE STAR TREK

Lorsque sonne l’heure du bilan à l’horloge penchée, force est de constater qu’aucun miracle ne s’est produit. La troisième série live du NuTrek reste plus que jamais un #FakeTrek, quand il n’est pas carrément un anti-Trek.
Toute la haie d’honneur des tares kurtzmaniennes et des stigmates du "Secret Hideux" est au garde-à-vous, prête à recevoir les accolades reconnaissantes de la communauté :
- fan service à gogo pour flatter démagogiquement les trekkers dans le sens du poil avec ces corollaires de VIPisme et de micro-univers (mais cette exploitation de la nostalgie de plus en plus étouffante à Hollywood est le dernier refuge de l’impuissance créative) ;
- paresse scénaristique érigée en système (carence en nouveautés et en innovations, pauvreté du fond nourrissant, absence de contenus à réflexion, dérobades face à la dialectique et à la discursivité, réutilisation cyclique des mêmes sempiternelles recettes…) ;
- dramaturgie exécrable (tensions dramatiques éventées, avance des spectateurs sur des personnages/sociétés idiocratiques, prétextes internalistes tellement fragiles ou factices qu’ils se font toujours déborder par la prévalence des objectifs externalistes…) ;
- incapacité pathologique à la cohérence (masses critiques de contradictions, de nawaks et de WTF, sciences-pour-rires TGCM et à géométrie variable au gré des besoins, worldbuilding de château de cartes, irrespect crasse des chronologies et des timelines…) ;
- propension à la malhonnêteté intellectuelle (manipulations cognitives chroniques, alternatives artificielles, faux dilemmes, exploitation industrielle du pathos dans toute sa largeur de spectre pour se soustraire au logos et édulcorer l’ethos...) ;
- négation des paradigmes de la SF et de Star Trek (aliénation aux dogmes liberticides de la fantasy du style magie / merveilleux / foi / destinée / prédestination / électivité / performatisme / manichéisme / Main invisible / deus ex machina / déisme, "dystopisation" perpétuelle de l’utopie roddenberrienne, "contemporanisation" du futur faute d’aptitude à le penser, transpositions stériles réduites à du suivisme woke…).

Si "bien" que tel un gag, Strange New Worlds réussit le tour de force de réunir dans son titre tous les qualificatifs de ce que la série n’est précisément pas : ni "strange" (très peu de dépaysement), si "new" (rien de vraiment nouveau), ni "worlds" (pas davantage d’exploration de mondes extraterrestres que de construction d’un monde solide et consistant pour la série).

Les trois films Kelvin témoignaient d’une volonté boutiquière de faire — sous couvert de prequel — un reboot de ST TOS dans un monde parallèle, avec la forme d’un blockbuster au goût du jour tandis que le fond se réduisait à une collection de gimmicks et de clichés.
Eh bien, treize ans après, la série Strange New Words aura refait exactement la même chose, c’est-à-dire — toujours sous couvert de prequel — un reboot de ST TOS again… mais cette fois en série TV (avec les quelques atouts de ce format). Donc au programme : recast de tous les personnages de ST TOS, recast aussi de tous les décors et accessoires de la série originale, recyclage tautologique et cannibalisation baissière des épisodes historiques… pour ne rien relater de nouveau ni même — à dire vrai — d’intéressant... tout en parsemant (et donc en plombant) l’univers d’une myriades d’incohérences internes comme autant d’Easter eggs.
Moyennant une différence de taille cependant : le caractère parallèle de cet univers n’est cette fois pas assumé en interne par Strange New Worlds, alors c’est pourtant aussi patent et ostentatoire que dans Kelvin ! Résultat : le reboot s’apparente désormais davantage à un remake.

Signe des temps, entre 2001 et 2005, la série prequelle ST Enterprise s’était fait éreinter par une majorité de trekkers (jusqu’à ce qu’annulation s’ensuive) au motif qu’elle prenait quelques libertés créatives avec l’idée qu’ils se faisaient du siècle précédent celui de ST TOS, alors que pourtant jamais elle ne viola la continuité internaliste (au contraire, elle la consolida à travers divers paradoxes évolutionnistes et causaux).
Imaginez alors seulement que Strange New Worlds ait été diffusée dans ces années-là : elle se serait fait étriller au centuple pour ses tournantes industrielles derrière son pseudo-cosplay trekkie.
Mais en 2022, no problemo ! Mieux encore, la communauté et les médias applaudissent à SNW ! Treize ans après ST 2009, serait-ce une illustration de La fabrication du consentement (1988) selon Noam Chomsky ?

Toujours est-il que sur le fond, Strange New Worlds représente peu ou prou la même imposture que Discovery et Picard.
Sur la forme en revanche, il y a un net progrès grâce à une mise en scène plus sobre et moins bling-bling, grâce à des effets spéciaux (VFX/SFX) plus soignés et réalistes, grâce à une tonalité moins soapy mais plus sappy, et grâce à un casting de meilleure tenue (en particulier Anson Mount qui est tellement bon acteur et a tellement de charme qu’il réussit à rendre presque digestes des Niagaras de pathos glucosés et presque crédibles des scripts boiteux).

Arithmétiquement, SNW constitue donc un réel progrès par rapport aux deux précédentes séries live de Secret Hideout.
Mais holistiquement, SNW est surtout un progrès… de la contrefaçon, dans le sens où une forme meilleure au service d’un fond toujours aussi fake ne fait qu’accentuer l’illusion, donc la tromperie sur la marchandise.
En somme, selon une punchline déjà employée il y a quelques années : "pire car meilleur" !
Nihil novi sub sole.

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