Star Trek Discovery : Critique 4.09 Rubicon

Date : 19 / 02 / 2022 à 14h30
Sources :

Unification


STAR TREK DISCOVERY

- Date de diffusion : 18/02/2022
- Plateforme de diffusion : Pluto TV
- Épisode : 4.09 Rubicon
- Réalisateur : Andi Armaganian
- Scénaristes : Alan McElroy
- Interprètes : Sonequa Martin-Green, Doug Jones, Anthony Rapp, Wilson Cruz, Blu del Barrio et David Ajala

LA CRITIQUE FM

Les épisodes se suivent et ne se ressemblent pas. En tout cas pour ma mâchoire qui n’a pas subi de décrochage inopiné pendant la diffusion de cet épisode. Pas de bâillement intempestif donc...

Juste un petit problème, quand je me suis aperçu que j’étais plus intéressé par la qualité du maquillage de Rachael Ancheril, qui reprend le rôle du Cmdr. Nhan, que des événements dramatiques de ce neuvième épisode. Parce que, franchement, ce fard à paupières rempli d’étoiles et ce rouge à lèvres assorti resteront dans les annales de la série comme un moment visuel de première importance.

Vous pensez que je me moque, mais RÉELLEMENT, la discussion entre Burnham et Nhan sur le canapé m’a captivé pour cette seule raison. Et donc du coup, à la fin de l’épisode, je me suis demandé pourquoi cela m’avait captivé à ce point. Et la réponse me semble claire. Quand on n’arrive plus à croire une seule seconde à ce que l’on cherche à nous raconter, notre esprit se raccroche à ce qu’il peut.

Petit podium non-exhaustif des Jeux olympiques de 3189 de la suspension d’incrédulité.

Médaille de bronze : le choix de Nhan pour contrebalancer la proximité amoureuse de Michael avec Book

En admettant un seul moment que cela soit une bonne décision, à la base, de laisser Burham à la tête du Discovery pour aller botter le cul de Book et de son comparse Tarka, pourquoi sélectionner quelqu’un qui a également une proximité avec Michael pour prendre les commandes du vaisseau en cas d’hésitation de notre héroïne ? Car il suffit d’analyser les 3-4 scènes où Nhan est censée jouer son rôle pour voir que la seule chose qu’elle soit en capacité de proposer, c’est une soirée pyjama entre copines dans les quartiers de Burham. Preuve ultime, elle échoue totalement sa mission.

Médaille d’argent : l’absence totale de respect de la hiérarchie militaire

Petit rappel au cas où les scénaristes l’auraient oublié, Starfleet, c’est l’armée. En tant qu’être humain, vous avez bien entendu le droit de penser ce que vous voulez des décisions qui sont prises par vos supérieurs, mais en tant que soldat, vous n’avez droit qu’à une seule chose : fermer votre gueule et appliquer à la lettre les ordres. Bref, les deux scènes de cet épisode où les seconds couteaux de la passerelle discutent et se disputent sur leur mission, le tout devant les officiers supérieurs comme si ceux-ci n’existaient pas, vont rentrer au Panthéon toute saison confondue des scènes les plus débiles de la série.

Médaille d’or : Et Tarka, il sent le pâté ?

On a la preuve ultime des ravages des réseaux sociaux sur la capacité des neurones des humains du futur. Car, franchement, que ces cadors de pacotille puissent penser, un seul instant, que l’homme problématique de cette situation soit Book, c’est à hurler de désespoir. L’action finale de Tarka était tellement prévisible... Soupirs...

Et ça, ce n’est que mon podium du n’importe quoi qu’est devenue la série. Il y a tellement de choses qui ne vont pas dans cet épisode. On a que l’embarras du choix pour faire son podium personnel.

Alors, oui, je ne me suis pas ennuyé comme la semaine dernière. Alors, oui, j’aime toujours autant l’aspect visuel de la série. Alors, oui, j’aime le cast et particulièrement Doug Jones. La scène frise le ridicule, mais j’ai beaucoup aimé les émois d’adolescent de Saru. Mais le reste, ce n’est vraiment, vraiment plus possible.

FM

LA CRITIQUE YR

Sans grande surprise, Discovery 04x09 Rubicon met en scène la traque et l’affrontement qui étaient non seulement annoncés, mais déjà contenus en puissance à la fin de Discovery 04x08 All In.
Dès lors, est-il encore nécessaire de voir un épisode aussi prévisible ? L’imaginer pourrait suffire, histoire de gagner du temps et de passer à autre chose – n’importe quelle autre SF audiovisuelle (voire série TV tout court) étant désormais plus intéressante à suivre...

Ainsi donc, la capitaine Burnham est chargée par l’amiral Vance de suivre le signal émis par l’émetteur qu’elle avait elle-même placé sur le cristal d’isolynium. Objectif : appréhender Book et Tarka avant que ce dernier ne déploie son arme isolytique pour détruire le contrôleur de la DMA (et donc la DMA elle-même) tout en mettant la main sur la source d’énergie (via à une "null-space bubble" protectrice de son cru) afin de retourner à un univers parallèle beaucoup plus trekkien. Mais connaissant sa relation intime avec l’un des deux fugitifs (causant un évident conflit d’intérêt), Vance adjoint à Burnham une "commissaire politique" (pour contrôler l’exécution de la mission et la démettre de ses fonction en cas de manque d’ardeur face à Book), en la personne de la commandante Nhan (qui avait quitté la série dans Discovery 03x05 Die Trying afin de rejoindre l’équipage barzan de l’USS Tikhov – et son seed vault – pour renouer avec ses compatriotes). C’est la logique toute discoverienne de confier cette fonction – comme toutes les autres fonctions clefs d’ailleurs – aux seuls ressortissants anachroniques du 23ème siècle ayant des liens affectifs avec Mary-Sue.
La première étape conduira l’USS Discovery – équipé d’un bouclier occulteur (heureusement que le Treaty Of Algeron n’existe pas dans cette timeline !) – en orbite d’un planétoïde éventré (comme les affectionnant tant JJ Abrams dans ses génériques conclusifs de Kelvin). Une action commando menée en navette par Saru tentera d’aborder discrètement le vaisseau de Book pour appréhender les deux fugitifs, mais un nouveau système de défense installé en douce par Tarka (dans le dos de Book) fera échouer cette opération. À dire vrai, le drame sera même évité de très peu car la coque se couvrira de nanites autonomes (et incontrôlables), à la façon d’une mousse invasive, ne permettant ni le désamarrage de la navette ni la téléportation de ses occupants. Il faudra une surcharge électromagnétique en provenance du vaisseau de Book et une téléportation en urgence par l’USS Discovery pour sauver in extremis les quatre équipiers au moment même de l’implosion (en deux parties) de la navette.
Book ayant alors immédiatement compris que l’isolynium était mouchardé (si c’était si évident, pourquoi ne l’a-t-il pas deviné auparavant et préventivement ?), l’USS Discovery perd la possibilité de suivre dans le cosmos le vaisseau-Transformer lorsque celui-ci saute en spore drive. Mais aussi sec, Burnham et Nhan devinent que sa destination est l’intérieur même de la DMA d’où Tarka doit faire détonner son arme isolylitique... quand bien les premiers épisodes de la saison avaient établi qu’il n’était pas possible de pénétrer l’anomalie (vu ce qu’elle inflige à tout ce ou tous ceux qu’elle croise, au hasard les planètes comme Kwejian). Mais pas grave, la mémoire est le pire ennemi du spectateur-cible de Discovery...
Aussitôt dit, aussitôt arrivé, pour la découverte d’un environnement décalqué des nébuleuses mais avec des couleurs plus vives, somme toute comme le Briar Patch (ou Roncier en VF) de ST Insurrection (à croire que l’aspect d’un écosystème spatial devait résulter des armes qui y sont employées !). N’empêche que pour un environnement présenté comme sans précédent et inconnu (où il fallait s’attendre absolument à tout selon l’héroïne), il est d’emblée très semblable à tous les coins où Burnham et Book trainaient au début la troisième saison (sans quoi la manœuvre "Breen gambit" n’aurait pas été possible)... Toujours est-il que ce sera l’occasion pour l’épisode de s’offrir un affrontement à la Kirk vs. Khan dans la Mutara Nebula façon ST II The Wrath Of Khan, si ce n’est que ni Burnham ni Book ne voudront vraiment s’entretuer, trop amoureux transis qu’ils sont l’un de l’autre. Mais tels des mauvais génies, aussi bien Tarka que Nhan pousseront symétriquement les deux antagonistes épris à franchir le Rubicon (d’où le titre de l’épisode) en privilégiant leur mission respective (détruire la DMA vs. empêcher sa destruction) quitte à massacrer pour cela l’adversaire...
Nhan, appartenant désormais à un département de "covert ops" de Starfleet (en gros la Section 31 du 32ème), révèlera son ordre amiral de mission, à savoir détruire en dernier ressort le vaisseau de Book (en exploitant une faille résultant de l’usage du spore drive expérimental dérobé)… au risque d’anéantir en même temps l’USS Discovery et son équipage. Burnham tentera alors par tous les moyens de retarder cette échéance, convaincue de la possibilité de raisonner encore Book. À cette fin, elle aura l’idée de faire développer à Stamets et Zora un "boronite timetable" pour prédire le moment où la DMA se déplacera en fonction du nombre de particules encore présentes dans l’espace de "minage". L’échéance d’innocuité se révélant être d’environ d’une semaine, elle proposera alors à Book de cesser de s’entredéchirer alors que l’ennemi est ailleurs, et de geler durant cette durée le lancement de l’arme isolytique le temps pour l’UFP d’établir le premier contact – la frappe au moyen de l’arme de Tarka devenant alors le plan B en cas d’échec. Cleveland acceptera ce compromis raisonnable qui – comme les précédentes critiques l’ont montré – aurait dû être la stratégie originelle de l’UFP (d’abord une tentative de paix, une frappe défensive seulement à défaut).
Mais Michael a eu le tort de se réjouir trop vite... et Cleveland de faire confiance. Car trop impatient de rejoindre son Nexus personnel (comme un certain Soran) au moyen de la source d’énergie convoitée au sein du contrôleur de l’anomalie, Tarka embrouillera Book au moyen de la théorie probabiliste de l’utilité espérée ("expected utility" en VO) – une illustration des cautions de cuistrerie dont se gargarisent les showrunners de la série. Puis, le savant téléportera par surprise son arme isolytique au cœur de la DMA, obligeant les deux vaisseaux à prendre la fuite en spore drive...
L’euphorie du scientifique sera néanmoins de bien courte durée lorsqu’il ne trouvera aucune source d’énergie à l’intérieur de la "null-space bubble", la DMA se révélant en fait alimentée depuis l’autre côté du trou de ver (dans l’espace extragalactique de l’espèce 10-C).
Dès lors, ce ne sera pas vraiment un coup de théâtre lorsqu’un nouvel "œil cosmique" réapparaîtra quelques heures après à l’endroit même où la précédente fut détruit. Ce que Michael interprétera cependant comme le signe d’un premier contact...
En parallèle, Book refuse de répondre aux appels désespérés de sa dulcinée, la Fédération se prépare déjà à de possibles représailles des 10-C... et le commander Bryce est toujours chargé de trouver une façon de communiquer à travers la Galactic Barrier. Car, oui, en un millénaire de progrès astrophysiques disruptifs, nul n’a fait avancer ce dossier-là, et le 32ème siècle idiocratique ne pouvait bien sûr confier cette tâche qu’à un ressortissant du 23ème venu sur le messianique USS Discovery...

Évidemment, il ne s’agirait pas d’un épisode de Discovery s’il n’était pas copieusement gavé (tel des oies) d’échanges interpersonnels soapy, dégoulinant de pathos sucré et souvent hors-sujet, en particulier les étreintes sensuelles et les câlins exhibitionnistes de tous les officiers de Starfleet durant leur service, la romance holo-distante entre Saru et la présidente T’Rina, les confidences girly et enlacées sur le sofa entre Burnham et sa copine Nhan, l’assistance sentimentale prodiguée par le "psy" Culber aux premiers émois adolescents de Saru, la Vulcaine T’Rina érigée en experte es émotions (!!!) sous couvert de méditation thresh-tor kashek, les grands sourires niais et chamallow de la plupart des personnages (Culber en tête) même dans les moments tragiques, et bien sûr les connivences hermétiques (si excluantes pour les spectateurs) entre les deux amants vedettes (même durant les affrontements armés).
Et ce serait encore moins un épisode du #FakeTrek si chaque scène, chaque décision professionnelle ou personnelle, chaque construction stratégique, chaque nœud diégétique n’était pas irréfragablement plombé·e par du n’importe nawak à gogo : absurdités, incohérences, illogismes, what the fuck, TGCM, et facilités en tous genres ne manquant jamais une occasion de sacrifier l’internalisme aux objectifs externalistes et démagogiques des showrunners...
Alors plutôt que d’en dresser comme chaque semaine la liste exhaustive, à l’instar de la critique de Frank, voici le podium de la honte aux JO 3189, dans la catégorie "con art" :

Médaille de bronze : un dualisme bipartite toujours aussi orwellien

La question du statut véritablement militaire de Starfleet a toujours été un sujet de débats parmi les auteurs et les trekkers, quoique le test du canard soit pleinement vérifié comme l’avait jadis montré Ronald D Moore (et avant lui Nicholas Meyer). Toujours est-il que le véritable problème n’est pas que Starfleet permette des débats privés parmi ses officiers tant que cela n’affecte pas l’efficacité sur le terrain (le Starfleet historique le permettait aussi, et c’est plutôt la marque d’un système militaire éclairé). Non, le problème tient à la teneur de ces débats… qui se révèlent aussi artificiels que la fausse dialectisation politique de DIS 04x07 But To Connect. Visiblement, il ne suffisait pas que tous les leaders de la galaxie se voient réduits (au mépris de tout IDIC) à un dualisme aussi caricatural qu’impropre, comme une mauvaise parodie manichéenne du système bipartite US qui serait constitué selon les showrunners de gentils pacifistes démocrates vs. de méchants va-t-en guerre républicains. Ce sont désormais tous les ressortissants à tous les échelons qui reproduisent religieusement – telle une civilisation entière de lobotomisés sans autonomie mentale propre – la même distribution doxologique, consistant à toujours opposer puérilement une politique de premier contact à une destruction de l’outil d’extermination… alors qu’il s’agit pourtant de mesures complémentaires et conditionnelles !
En parallèle, Discovery 04x09 Rubicon continue à "médicaliser" les comportements jugés "déviants", c’est-à-dire non conformes à la doxa... exactement comme l’avait fait instinctivement Burnham dans Discovery 04x08 All In à l’endroit de Book en tentant de diagnostiquer chez lui les "mauvaises influences" qui l’auraient conduit sur la "mauvaise pente" !!! Sérieux ? Syndrome caractéristique des pires sociétés totalitaires façon URSS où l’on psychiatrise et pathologise toute dissidence...
Difficile de décider si cette écriture est volontairement ou involontairement orwellienne. Mais elle est assurément imbécile. L’incurie intellectuelle des scénaristes est telle qu’ils ne se rendent probablement comptent de rien, estimant certainement que les grands dilemmes éthiques qui firent la réputation élitiste de Star Trek peuvent désormais se limiter à de la psychologie de comptoir ou de bazar – le public-cible étant réputé ne pouvoir faire le départ…
Cerise sur le gâteau : quand le commander Bryce ose dénoncer une concurrence victimaire dans le cas du dernier survivant d’une espèce entière "génocidée" il y a seulement quelques semaines, l’épisode se pique de faire de l’anti-wokisme ! Mais sa transposition est tellement maladroite et contemporano-centrée (donc anachronique) qu’elle sombre dans l’indécence.
"By the way", il n’y a quasiment que des commanders (grade équivalent à capitaine de frégate ou lieutenant-colonel en France) sur la passerelle de l’USS Discovery. Autant parler d’armée révolutionnaire sud-américaine (avec davantage de hauts gradés que de soldats), frappée en outre du même syndrome jeuniste nauséabond et dystopique que Kelvin (tous officiers supérieurs à moins de 30 ans !) voire que Starship Troopers (si ce n’est que le film de Paul Verhoeven était parodique et dénonciateur).

Médaille d’argent : de la vanité à l’acte de foi irresponsable

Pour quelqu’un qui prétend qu’exploiter une vulnérabilité technique pour faire exploser le vaisseau de Cleveland Booker et Ruon Tarka doit vraiment rester un ultime recours, Nhan est particulièrement empressée d’y recourir. Car depuis qu’elle a révélé ce "plan Z" de l’état-major – un plan qui expose directement l’équipage de l’USS Discovery tant il risque lui aussi d’être détruit en même temps que le vaisseau-Transformer) – l’officière barzane n’aura de cesse de vouloir le mettre en œuvre dans chaque scène, soumettant Burnham a une pression intenable, la culpabilisant lourdement (par la parole ou par le regard) de chercher sans cesse des alternatives moins irréversibles...
Alors certes, Burnham objectera en invoquant l’importance du spore drive. Mais la discursivité argumentaire est ici seulement effleurée, réduite à sa part la plus symbolique, d’autant plus que l’héroïne est surtout motivée par le désir de sauver son chéri.
En réalité, il faut noter le glissement qui n’a cessé de s’opérer depuis le choix originel – davantage idéologique que tactique – de privilégier un premier contact pacifique plutôt que des représailles (pourtant non opposables). Mais d’une décision remportée par scrutin d’une courte majorité et seulement grâce à la plaidoirie manipulatoire (reposant sur le seul pathos) de Burnham, l’UFP s’est autosuggestionné avec un tel nombrilisme que l’hypothèse est devenue certitude. Laissant place à une "Vérité" objective, révélée, et obligatoire… à l’endroit d’un ennemi dont on ignore pourtant tout. Une "Vérité" qui conduit même à prendre par défaut avec veulerie le parti du bourreau contre ses victimes, une "vérité" qui vaut même d’adopter le cynisme gratuit et le finalisme ("la fin justifie les moyens") de la Section 31 kurtzmanienne – davantage dans la posture contreproductive que dans l’efficience.
Or il y a une différence entre un choix politique prudent envers un ennemi inconnu et une volonté proactive et obsessionnelle à traquer des initiatives extérieures à Starfleet pour protéger la machine à exterminer et ainsi ne pas fâcher les exterminateurs. Et ce faisant, cela révèle une prétention supranationale de l’UFP à assumer et contrôler les actes de tous les individus dans la galaxie… pour un impérialisme en creux d’un niveau encore inédit ! Kwejian n’était pas membre de la Fédération, et Book n’est est pas un ressortissant. Starfleet n’est donc aucunement comptable des agissements tiers, et Cleveland est libre d’acheter n’importe quel produit ou matériel hors de la juridiction de l’UFP...
Nonobstant cet "upside down" général, jusqu’à nouvel ordre, le seul élément qui menace la vie dans toute la galaxie, c’est la DMA. Or pour une hypothèse d’incertitude, Starfleet a cherché rien de moins qu’à détruire la seule arme (i.e. isolytique) permettant d’éradiquer le péril (si d’aventure le premier contact n’aboutissait à rien de positif), à tuer le plus éminent scientifique de l’UFP (Tarka) alors qu’il demeure plus que jamais un atout pourtant essentiel face à une espèce nettement plus avancée, et à détruire les deux seuls exemplaires de spore drive permettant de se projeter n’importe où dans l’univers et ne plus dépendre du dilithium (dont la pénurie n’a été que reportée de quelques années) ! Pour toute stratégie prophylactique, c’est une irresponsabilité érigée en système.
En somme, la Fédération est prête à priver la Voie Lactée entière de tout moyen de défense et de ses meilleures ressources créatives pour un acte de foi, qui plus est l’acte de foi de la seule Burnham (qui aura réussi dans Discovery 04x07 But To Connect à convaincre une majorité "d’électeurs" au moyen d’un subterfuge argumentaire gorgé de pathos).
Plus généralement, c’est la foi qui gouverne l’intégralité de Discovery 04x09 Rubicon et qui décide du destin de billions de vies. Le saut de la foi d’un processus décisionnel basée sur la seule éloquence, le saut de la foi d’une stratégie irrationnelle, l’acte de foi de l’inutilité de toute plan B et solution alternative, l’acte de foi de n’avoir besoin d’aucune compétence disruptive en éliminant ses meilleurs sujets, le saut de la foi de s’appuyer sur le seul amour (entre Burnham & Book), l’acte de foi de Cleveland à l’endroit de Tarka, le saut de la foi d’une présomption anthropo-référente de tout l’univers, l’acte de foi en une espèce 10-C qui extermine dans la plus totale indifférence... Le moteur de l’agir a finalement ici tout du religieux, mais où le religieux est le paravent d’un illogisme systémique.
Soit l’idiocratie anti-trekkienne à son sommet, immature et totalitaire à la fois, confondant idéalisme et foi, hypothèse et vérité, bonté et faiblesse, humanisme et lâcheté, pacifisme et collaborationnisme... Une telle société ne mériterait pas de survivre dans un univers réaliste. Mais heureusement pour elle, nous sommes dans le Burnhamverse, et Mary-Sue sera toujours là pour maintenir l’édifice sous perfusion afin de porter à bout de bras une illusion trekkienne versant dans l’imposture.

Médaille d’or : que donne une tentative de "rattrapage" multipliée par zéro ?

Avec une insistance plus lourde encore que les opus précédents, Discovery 04x09 Rubicon s’efforcera de montrer à quel point Burnham et Book sont en toute situation synchrones, presque comme en duplex télépathique permanent, fidèles l’un à l’autre malgré la violence de l’affrontement armé. Chacun sait à l’avance ce que l’autre va faire, "grâce" à l’alibi bien commode de leur année (extensible à volonté) de baroud commun dans la galaxie du 32ème siècle au début de la saison 3, pour toujours exhiber davantage d’entre-soi auquel les spectateurs ne pigent rien mais qui parait si "cool" (Mary-Sue n’en apparaît que plus omnisciente devant son équipage médusé). De connivences surexploitées dans la narration comme autant de prestidigitation, quitte à induire des incohérences nouvelles et pas bien malines, à l’exemple du "Breen gambit" dont on se demande pourquoi Book s’en sert contre Burnham étant donné qu’il lui a lui-même appris ce "tour" (consistant à embraser une charge de magnésium dans une nébuleuse pour disparaître brièvement du champ visuel du vaisseau ennemi…). Bref, ce n’est plus une guerre, mais un jeu (de rôle) un peu hard, avec des règles implicites qu’aucun des deux amants ne veut ni ne peut violer (en dépit des pressions respectivement imposées par Tarka et Nhan). Et cela montre une fois de plus les inclinations profondément people la série, où finalement tous les grands enjeux sociétaux voire même cosmiques se voient condensés, agrégés, et allégorisés par des psychodrames entre VIP. Ainsi, le tiraillement pseudo-dialectique qui déchire les peuples de la Voie Lactée se réduit à une scène de ménage homérique entre B & B, tandis que la DMA et ses génocides ne sont que des prétextes, des jokers, des accessoires au service d’un soap romantique pour midinettes.
Mais au pic du dogfight, tandis que Tarka prend l’initiative (contre le gré de Book) d’un pilonnage aux torpilles quantiques en puissance maximale, endommageant pour de bon l’USS Discovery, Nhan réussit à imposer – avec l’appui de Saru – l’issue fatale à laquelle Michael avait jusqu’alors réussi à se dérober. La mise en scène souligne le choc d’une héroïne qui soudain bascule, depuis l’insouciance d’un affrontement ludique dont elle était convaincue (par déni) de l’issue heureuse... à une brutale prise de conscience de ce qu’elle refusait de voir : la nécessité de franchir un Rubicon pour sa propre survie… avant que Book ne le fasse. La caméra pivote, l’état de choc subjectif est profond, il se traduit par une baisse du niveau sonore laissant transparaître l’écho du propre souffle de l’héroïne… Celle-ci devient hagarde devant tous les officiers de passerelle se tournant vers elle en attendant avec insistance un ordre irréversible. Pour la première fois, Mary-Sue cesse de se la jouer, elle ne maîtrise plus, elle n’assure plus, elle ne contrôle plus rien, la situation lui échappe et les choses tournent mal. Comme si son univers s’effondrait. La scène se veut tragique, si bien qu’elle frôle presque une montée en maturité. Aussi cruel que ce soit en internaliste, l’épisode aurait peut-être dévoilé une gravité toute trekkienne s’il avait eu le cran d’aller jusqu’au bout…
Mais évidemment, dans le #FakeTrek, rien n’importe vraiment – le but étant toujours d’avoir le beurre et l’argent du beurre – et le Burnhamverse ne pouvait abandonner sa déesse prédestinée. Un appel de délivrance "miraculeux" de Stamets ayant comme par hasard achevé à ce moment-là la détermination de la "boronite timetable" (i.e. une semaine de stabilité spatiale de la DMA) permettra à Michael de se "réveiller", de sortir de cet écueil tactique (et de la prostration) en entrant en contact avec Cleveland, non par radio (faute de réponse), mais en navette (se positionnant en vis-à-vis devant la large baie vitrée de la passerelle du vaisseau-Transformer)…
Dans quel but ? Eh bien, à la faveur de ce répit inespéré, pour lui proposer ENFIN la solution évidente – évidente pour n’importe quel stratège militaire et/ou élémentaire pour n’importe quel homme politique un minimum responsable –, oui LA solution qui aurait dû être d’emblée proposée par l’élite de l’UFP au conseil de la "supra-Fédération" galactique dans Discovery 04x07 But To Connect… À savoir qu’un premier contact pacifique n’est pas antinomique mais complémentaire à une arme anti-DMA, la seconde option devant être employée en cas d’échec de la première. Et dire que cela n’avait caressé l’esprit de personne d’autre au sein de l’élite de l’UFP du 32ème siècle, dire que pas une seule des espèces de la galaxie ayant participé à la grande votation n’y a songé (et lesdites espèces étaient pourtant innombrables quoique si semblables entre elles comme à travers un kaléidoscope). Mais encore et toujours, Il fallait absolument que ce soit Michael Burnham – et elle seule – qui soit porteuse de l’euréka à l’attention des sous-doués de la galaxie, attendant tous l’énoncé des truismes salvateurs, la sébile pieusement tendue. Un procédé bien connu : rabaisser tout l’univers pour grandir le héros ou l’héroïne, car il est bien connu qu’au royaume des aveugles les borgnes sont rois. Mais lorsque les spectateurs ont systématiquement plusieurs trains d’avance sur les héros, et a fortiori sur leur société d’appartenance, il est permis de suspecter un sérieux défaut d’écriture et de développement…
Du coup, l’exposé de cette évidence plutôt que d’une énième incohérence devrait être versé à la décharge de l’épisode. Sauf qu’après deux opus complets de sophismes et de remplissages pour asseoir une société profondément idiocratique (mais vendue comme la quintessence de l’idéalisme roddenberrien), le "rattrapage" (ou la rustine) vient un peu tard, qui plus au travers d’une causalité particulièrement contreproductive. Narrativement et intellectuellement, c’est en quelque sorte une victoire à la Pyrrhus, arrachée à un prix trop élevé lorsqu’il ne reste plus rien de crédible dans le développement de la saison… À force d’écoper de 0 en série, l’élément absorbant a fini par imposer sa loi de composition interne

Conclusion

Tout au plus cette fois, il serait possible de se "consoler" par la petite ironie circulaire ou relativiste finale (tant d’affrontements stériles pour que reparaisse la DMA comme si de rien n’était...), mais aussi et surtout par la soudaine vulnérabilité et même la faillite – c’est là une première – de l’omnisciente Mary-Sue selon son propre système de référence. Ainsi, quoique aussi bancal et factice qu’à l’accoutumée, Discovery 04x09 Rubicon réussit (malgré lui ?) à être un poil moins gerbant de prétention autosatisfaite que d’habitude...
Cependant, il ne faut se faire aucune illusion. Il s’agit seulement là d’un échec d’étape (voire d’un faux échec) pour la super-héroïne. Le Burnhamshow corrigera bien vite le cap eulogique, le Burnhamverse reprendra ses droits (sur mesure) et ses lois (de fantasy) pour un triomphe cosmique sans appel de l’archange Michael en fin de quatrième saison. Qu’on se le dise.
En attendant, pour le plus grand plaisir (solitaire et onaniste) des fans de la série (il en existe encore parait-il...), Discovery 04x09 Rubicon garantit une séance complète de pornographie émotionnelle.

NOTE ÉPISODE

NOTE STAR TREK

YR

BANDE ANNONCE





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