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Star Trek Discovery : Review 3.05 Die Trying

Date : 16 / 11 / 2020 à 15h30
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Si on peut s’accorder tous sur une chose, qu’on aime ou qu’on déteste, c’est que la nature même des productions Star Trek de la team Kurtzman pose ses fondations sur la norme actuelle des productions télévisuelles, c’est-à-dire une histoire feuilletonnante avec une conclusion, et un éventuel cliffhanger, qui arrive dans le dernier épisode de la saison.

Autant vous dire que je m’attendais plus ou moins cette année à avoir une recherche active de Starfleet sur l’ensemble de la saison et un cliffhanger haletant dans le treizième et dernier épisode sur la nature réelle de la Fédération post burn. Raté, le Starfleet du 32ème siècle arrive dès le cinquième épisode, et c’est plutôt une bonne surprise. Il semblerait que cette année, on ne délaye pas l’histoire plus que de raison.

Pour autant, il ne faudrait pas confondre vitesse et précipitation. Autant la méfiance de Starfleet envers l’équipage du Discovery me semble totalement fondée, autant régler ce problème en un seul épisode ne me semble pas très logique.

J’attends également de voir dans le prochain épisode si la question du moteur sporique va être plus au centre de l’attention de Starfleet. Je suis assez étonné de les voir se concentrer plus sur la psychologie de l’équipage qu’au vaisseau en lui-même. Ce moteur est LA SOLUTION aux problèmes de déplacement dans la galaxie et est la réponse à la reconstitution de liens forts entre les mondes de la Fédération. Et s’il est évoqué dans l’épisode, on ne sent pas plus d’excitation que ça. Étrange...

Cette semaine, c’est aussi l’occasion de se débarrasser d’un personnage qui ne servait pas à grand chose, le Commandeur Nhan. C’est toujours dommage de voir partir un personnage qui aurait pu avoir un intérêt s’il avait été développé. Au moins, l’actrice Rachael Ancheril a eu un épisode pour pouvoir s’exprimer. Dommage que son départ se fasse avec une tirade larmoyante à la gloire de la méga super-héroïne de l’univers. Non, ce n’est pas du Burham-bashing, j’apprécie le personnage quand on fait ressortir son humanité, pas quand on le glorifie inutilement.

Et je vais terminer avec ma scène préférée de la semaine. On pouvait se demander ce que le réalisateur David Cronenberg venait faire dans un épisode de Discovery. J’ai envie de répondre ceci : illuminer cet épisode de son génie. Les 3 minutes d’interrogatoire de notre chère Impératrice a suffi pour enjoliver ma journée confinée. Hâte de voir où tout ça va nous mener.

FM

Veuillez cliquer pour aller directement à la conclusion.

Après un épisode aussi indigent que Discovery 03x04 Forget Me Not, Discovery 03x05 Die Trying ne pouvait faire mécaniquement que "moins pire". La "densité" de ce dernier opus est même assez inhabituelle pour Discovery dans la mesure où la Fédération du 32ème siècle est officiellement présentée aux protagonistes (et donc aux spectateurs).
Non pas que le "jeu de piste" galactique prenne ici fin et que la pyramide de Ponzi soit renversée, mais les objectifs initiaux se révèlent plus rapidement encore que dans la série Picard de simples MacGuffin (Senna Tal / Bruce Maddox) ou des étapes de parcours (la Terre au troisième épisode, puis la Fédération au cinquième). Le déroulé narratif va donc très vite, bien plus vite que dans la pourtant médiocre série Andromeda, mais il faut bien ça pour que la messianique Mary Sue-Burnham résolve l’énigme galactique du Burn (Brasier en VF et Brûlure en STF) et restaure la Fédération dans toute sa gloire passée au treizième épisode (et après tout, il n’en reste plus que huit).

Grâce aux coordonnées et à l’introduction fournie par Adira, l’USS Discovery est autorisé à pénétrer dans le QG secret de ce qui est devenu l’UFP-Starfleet (entités désormais quasiment fusionnées). Exposé d’abord à la défiance générale (Starfleet considérant l’USS Discovery comme criminel pour avoir voyagé dans le temps, et ne trouvant aucune trace dans les archives historiques de son spore drive, du Red Angel temporel, et du combat mené contre Control), l’équipage du 23ème siècle réussira malgré tout à gagner rapidement la confiance du chef d’état-major (l’amiral Charles Vance) en se rendant indispensable (par son moteur sporique et la démonstration de son savoir-faire en réussissant à guérir les réfugiés kilis d’un empoisonnement) à une Fédération réduite à une peau de chagrin, largement plombée par la pénurie de dilithium et le dysfonctionnement des relais subspatiaux (ne permettant plus les communications à longue distance). Désormais, l’USS Discovery n’est plus un navire fantôme, il s’est trouvé un port d’attache et un commandement.
Au programme : beaucoup de dialogues, peu d’action, quelques dilemmes éthiques, un zeste d’émerveillement, un élan de worldbuilding, et quelques nouveaux fils rouges ou multicolores en filigrane. Autant dire un véritable Star Trek en puissance… du moins en théorie. Analysons donc cela de plus près pour vérifier si cette alléchante promesse est tenue. Un miracle serait toujours possible, et chaque règle possède ses exceptions…

Renouant consécutivement deux fois de suite avec l’enregistrement d’un log d’ouverture (le journal du médecin Culber dans l’épisode précédent, le captain’s log de Saru ici), c’est derrière une baie vitrée de l’USS Discovery, où Burnham et Saru se retrouvent pour deviser, que débutera et s’achèvera l’épisode. Ce sont bien entendu les profondeurs introspectives et philosophiques de ST TNG qui pourraient être convoquées ici, mais si le ton assagi fait peut-être illusion, la teneur des dialogues n’est décidément pas du tout la même. Loin de toute considération ontologique ou existentielle, il ne sera jamais question ici que d’autocentrisme (espoirs de retrouver sa maman ou d’expliquer le Burn, pathos d’avoir retrouvé un foyer, compliments mutuels la larme à l’œil…).

Le QG unifié de Starfleet et de la Fédération se dévoile dans le vide spatial derrière un champ de distorsion, que l’USS Discovery franchit tel une membrane (non loin de la façon dont on passe en FTL). Et là, c’est le choc visuel : un environnement confiné dans une bulle de distorsion, respectant la forme mise en scène dans ST TNG 04x05 Remember Me, moyennant des bordures supraluminiques et un "vortex" stationnaire et lumineux au centre, mais dans une version contrôlée (et donc très énergivore) pour ne pas s’effondrer sur elle-même.
On peut considérer que visuellement, ce parti pris respecte plutôt bien ce que la franchise historique avait déjà mis en scène. Cependant, cela ne fait qu’ajouter de la confusion et de l’incohérence envers la place nouvellement cardinale du dilithium… dans la mesure où demeurer en permanence dans un champ de distorsion nécessite quasiment autant d’énergie – et donc de dilithium – que de voyager en FTL à distorsion.

Émerveillement général de la passerelle à la découvertes des vaisseaux de Starfleet du 32ème siècle stationnant dans la vaste baie/bulle de distorsion, les officiers de Starfleet se transformant pour l’occasion en jeunes enfants en visite dans un parc d’attraction. Et les uns s’exclament devant des fibres d’alliage de neutronium supposés n’être que théoriques, et les autres s’esbaudissent devant les coques organiques ou les parois de confinement holographiques. L’enthousiasme gagne tout l’équipage qui se presse derrière les larges baies de l’USS Discovery. Même Reno qui ne s’étonne jamais de rien s’extasie à son tour. Un classe Constitution du 32ème siècle accueillerait jusqu’à 2 000 personnes ; il y a même un vaisseau qui disposerait de nacelles de distorsion séparées ; tandis qu’un USS Voyager NCC-74656-J – onzième du nom donc – suscite l’extase de Tilly et de d’Owosekun ("que d’histoires à raconter"). Un Easter egg se glisse même à l’écran avec l’USS Nog NCC-325070 (de la classe Eisenberg selon Kurtzman) en hommage au personnage (et à l’acteur) éponyme de ST DS9. Pour achever le tour de ce musée du futur, une grande soucoupe abritant un écosystème verdoyant sous un dôme torique inspire un bon mot chez l’impayable Sylvia ("Oh, une forêt pluviale volante"), ce qui provoque l’hilarité de toute la passerelle pendant 30 secondes comme dans une bonne vieille sitcom des années 80.
En réalité, la plupart des vaisseaux présentés dans ce long teaser sont visuellement assez quelconques et communs (qui se souvient de l’incroyable Enterprise J de ST ENT 03x18 Azati Prime ?). Le classe Galaxy (successeur indirect du classe Constitution) accueillait plus de 1 000 personnes dès le 24ème siècle de ST TNG. Les procédés des nacelles séparées semble d’un rendement énergétique douteux, et il serait possible d’y voir une simple extrapolation de l’USS Prometheus déjà rencontré au 24ème siècle dans ST VOY 04x13 Message In A Bottle. Le "biodisque" est visuellement assez réussi, mais c’est loin d’être le premier vaisseau-arboretum rencontré dans la franchise (ST VOY 03x23 Distant Origin, ST VOY 03x24 Displaced...). Enfin, onze générations d’USS Voyager sur 800 ans, ça semble bien peu…
Tout cela est supposé être le state of the art du 32ème siècle. Et pourtant, le 23ème alternatif de ST Beyond avec sa station-ville Yorktown infligeait une claque futuriste aux spectateurs sans commune mesure avec ce que nous propose la saison 3 de Discovery. Est-ce un hasard si ST Beyond est la seule production ST depuis 2009 à laquelle n’a pas du tout participée Alex Kurtzman ?
Bref, à défaut de surprendre le spectateur avec des avancées aussi lilliputiennes en un millénaire de pseudo-trekkisme, l’équipage en fait des caisses pour tenter d’entrainer le public dans sa ronde.
Quant à la connivence bruyante de Tilly et d’Owosekun en découvrant un USS Voyager de millésime J (au design plus anguleux que le classe Intrepid de ST VOY), cela en dit long sur la façon dont les auteurs superposent en toute occasion et avec incontinence l’internalisme et l’externalisme. Car pour mémoire, nul à bord ne peut connaître l’USS Voyager, un vaisseau qui a été mis en service en 2371 (alors que l’USS Discovery a quitté son époque d’origine en 2258). Et le vaisseau commandé par la capitaine Janeway dans VOY était bien le premier du nom (sans quoi son immatriculation aurait comporté une lettre), et ce système de numérotation existait déjà au milieu du 23ème siècle (sans quoi Tilly et Owosekun ne l’auraient pas immédiatement interprété comme une 10ème ou 11ème génération). Elles se mettent pourtant toutes deux à réagir comme des trekkies ! Pareil fan service, sans la moindre finesse, se construit sur le dos de l’in-universe. Même syndrome au fond que dans les films Kelvin où toutes les ères temporelles trekkiennes semblaient se retrouver réunies en une seule, composée des seuls représentants les plus connus de la pop culture, à la façon d’un microvers composite et atemporel de vitrine.

Tandis que la communication s’établit avec le QG et que celui-ci prend le contrôle de l’USS Discovery dans le cadre de la procédure de parcage, l’ordre est donné au capitaine Saru, au commander Burnham et Adira Tal de se tenir prêt à être téléportés. Michael en déduit alors que Starfleet dispose de scans suffisamment avancés pour détecter à distance le symbiote d’Adira, ce qui suscite l’extase, non seulement de Mary-Sue, mais également d’Adira (pourtant quant à elle du 32ème siècle et ayant guéri son amnésie).
Sauf que les téléporteurs du 24ème siècle en faisait autant (dans le cas des Trills), et cela aurait forcément été le cas de ceux du 23ème et même du 22ème siècle dans la mesure où analyser à l’atome près l’intégralité de la composition interne d’un sujet que l’on s’apprête à téléporter est un préalable à toute téléportation. Détecter un symbiote et toute autre organisme, même microscopique, est un corollaire de cette technologie. D’autant plus que tous les êtres vivants même non Trills comportent en leur sein des milliards de bactéries (comme l’avait rappelé par exemple ST ENT 02x04 Dead Stop). C’est ainsi que de telles remarques destinées à gonfler artificiellement l’enthousiasme des personnages pour masquer l’absence d’imagination et de créativité des auteurs révèle surtout leur incompréhension crasse des implications réelles d’une technologie pourtant aussi fondamentale au STU que la téléportation (c’est du niveau de George Langelaan).

Le teaser s’achève par une exacerbation grossière à la fois de la joie de l’équipage et des BO historiques de Jerry Goldsmith. Pouah. Une séquence qui confirme à quel point les auteurs n’ont décidément aucune mesure, aucune tenue, ni aucune vraisemblance dans leur façon d’exposer les émotions à l’écran, comme si les spectateurs étaient aussi primaires que les personnages.

L’intérieur des Headquarters de Starfleet est pour l’essentiel un prolongement et une généralisation des passerelles que Kelvin avait mis en scène depuis 2009. "Plus blanc que blanc" pourrait-on dire (façon Apple Store), mais en bien plus grand et spacieux, avec des écrans toujours plus translucides et plus larges (donc toujours moins pratiques), et toujours davantage de hologrammes partout. Désormais, même le mobilier, même les murs, même les planchers, même les plafonds sont holographiques, ce qui permet de remodeler l’environnement à l’envie. En somme, en un millénaire pseudo-trekkien, l’essentiel des progrès se sera concentré sur l’holographie, et le QG est en quelque sorte un gigantesque holodeck. Ce qui confirme une obsession déjà détectée depuis le pilote de Discovery qui réussissait à truffer des hologrammes partout – le prétendu "progrès" à la manière Kurtzman n’ayant pas eu la patience d’attendre le timeframe de ST TOS. Mais ironiquement, ce tout-holographique était déjà techniquement à la portée de l’UFP de ST TNG (cf. ST Insurrection), sauf que ST Bermanien s’efforçait de conserver une rentabilité énergétique (aucun gadget n’y était jamais gratuit).
On entraperçoit dans les Headquarters un hologramme de la Voie Lactée où quelques légendes se devinent (Kazon, Talax…), suggérant une connaissance et une accessibilité par Starfleet du quadrant delta (du moins avant le Burn).

Saru, Burnham, et Adira sont accueillis par l’amiral Charles Vance (possible hommage à l’écrivain de SF Jack Vance décédé en 2013). Celui-ci révèle que Kaminar a rejoint la Fédération (au plus grand bonheur de Saru), même si les contacts se sont faits bien rares (faute de relais subspatiaux fonctionnels). Vance entérine également sa relation de confiance passée avec Senna Tal, mais ne l’étend pas à Adira qu’il estime être une personne distincte.
In media res, de nombreuses affaires courantes viennent interrompre l’amiral. Notamment un rapport sur l’Emerald Chain (la nouvelle alliance mafieuse entre Syndicat d’Orion et les Andoriens) dans le système Sigma Draconis (ST TOS 03x06 Spock’s Brain), et surtout l’impuissance de l’infirmerie à soigner les réfugiés kilis, sujet à un effondrement en cascade de leur système nerveux en raison "d’un repliement erroné de protéines amenées par les prions". Comme à son habitude, ne pouvant contenir son désir de se rendre indispensable et de prodiguer des leçons à tout le monde, Mary Sue propose son aide pour déterminer l’origine de la contamination. Mais elle se fait rembarrer assez sèchement par Vance qui ne l’a pas attendue pour lancer l’analyse des journaux de bord des Kilis.
S’ensuit un débriefing dans le bureau du chef d’état-major, Saru et Burnham étant assis sur des fauteuils en suspension (ou en lévitation), probablement holographiques, tandis qu’un EMH (Eli) les ausculte de façon intrusive et horripilante (ce dernier dispose de scanneurs de diagnostic lisant des anomalies de la taille d’erreurs de codage protéique dans les neurones, faisant donc office de détecteur de mensonge).

De nombreuses informations s’abattent violemment sur les protagonistes : l’UFP et Starfleet ont réuni leur QG ; la Fédération était composée à son apex de 350 membres, mais ils sont désormais réduit à 38 faute de moyen de garder le contact (outre la carence en dilithium, les relais subspatiaux ne sont plus fonctionnels) ; la plus grande partie du 30ème siècle a été consacrée à se battre dans une guerre pour maintenir les Temporal Accords, un traité interdisant les voyages temporels, l’équipage de l’USS Discovery devrait donc être considéré comme criminel ; il n’existe aucune trace historique du contenu des journaux de bord de l’USS Discovery (ni spore drive, ni de Red Angel, ni de Control, ni des 100 000 ans d’archive de la Sphere sentient ; les informations relatives au Burn sont classifiées ; l’équipage de l’USS Discovery sera soumis à un interrogatoire serré, puis réaffecté ailleurs tandis que le vaisseau sera modernisé. Et quoique convaincu par Eli que les officiers de l’USS Discovery ne mentent pas, Vance demeure suspicieux envers ce vaisseau historique non corroborée par les dossiers de Starfleet et riche en surprises.
Cette scène ne manque pas en soi de qualités, notamment grâce à Oded Fehr, un habitué des productions contemporaines réalistes, et qui parvient à conférer à l’amiral Vance une pesanteur et une crédibilité inédite pour un ST de Secret Hideout. Il inflige ainsi une savoureuse leçon d’humilité à Mary-Sue, tout en raillant les "pochettes surprises" à répétition de l’USS Discovery (l’improbable spore drive et la non-moins improbable Sphere avec ses 100 000 ans de "sagesse"). De même, fort de son analyse du système lybique, l’EMH Eli moque la propension de Mary-Sue à l’exagération émotive (sans blague ?).
Malheureusement, il ne s’agit là que de "lanterns" (selon le diagnostic sans complaisance livré par le remarquable épisode SG-1 10x06 200) destiné à "accuser réception" en in-universe des nombreuses doléances exprimées par le public, pour mieux s’en exonérer et persévérer ensuite. Exactement selon le modèle très kurtzmanien de ST Into Darkness ou Baby-Kirk était renvoyé sur les bancs de Starfleet Academy le temps d’une scène (histoire de contenter à peu de frais ceux qui avaient trouvé que tout allait trop vite dans ST 2009), pour finalement que son sacre ne soit que davantage confirmé à la fin du second film.
Nous retrouvons exactement le même schéma ici, puisque Burnham réussira à convaincre – avec l’appui de Saru – qu’elle seule est capable de sauver la vie des réfugiés Kilis avec tous les "moyens magiques" de l’USS Discovery, et il n’en faudra pas davantage pour que l’amiral Vance soit convaincu à la fois de la valeur de ce vaisseau du 23ème siècle, mais également de son équipage qu’il serait bien fou de séparer et disperser, tant il est désormais devenu un organisme vivant (à l’image du mycelial network).
Et voilà d’ailleurs la pensée supposément la plus "philosophique" de l’épisode livrée en péroraison finale, réussissant surtout à ne pas se départir de l’égotisme soapesque.

En outre, les révélations de l’amiral Vance sur l’état du 32ème siècle posent une multitude de problèmes qui mettent à mal le worldbuilding dont l’épisode se prévaut pourtant :
- La fusion opérationnelle entre l’UFP et Starfleet suggère une militarisation de la société civile, en somme une énième (en réalité la première) trahison de l’utopie trekkienne trouvant ses germes dans le script crypto-orwellien de ST 2009 (du même auteur) où Starfleet et l’UFP étaient explicitement confondus par Pike. Autant assumer cette dérive idéologique à la Starship Troopers et rebaptiser Starfleet par Fedefleet.
- L’amiral Vance annonce que la Fédération était composée à son pic de 350 membres. C’est une incrémentation invraisemblablement faible pour tant de siècles d’évolution et d’exploration galactique (voire multi-galactique) sachant qu’il y avait déjà 150 membres à l’ère de First Contact, à peine plus de 200 ans après la fondation de l’UFP et l’accès à 11% de la Voie Lactée. Alors 800 ans après, avec des siècles comme le 29ème où les vaisseaux de Starfleet pouvait de projeter instantanément n’importe où, c’est assez difficile à croire. Et cela entre en outre en contradiction directe avec la série Picard dans laquelle il fut affirmé qu’en 2399, l’UFP comportait des milliers de membres ! Alex Kurtzman n’est-il même pas fichu d’être cohérent envers ses propres séries ?
- Comment se fait-il que le QG de ce Starfleet du 32ème siècle (pourtant désormais déconnecté physiquement et administrativement de la Terre) soit essentiellement composé dans son personnel d’êtres humains (à l’image du chef d’état-major et de tout son staff) ? Il faut croire que la Fédération revue et corrigée par le si inclusif Alex Kurtzman possède la même démographie et les mêmes visées impérialistes que le Terran Empire de l’univers miroir.
- Est-il cohérent que ces humains du 32ème siècle soient comportementalement, interactivement et sociologiquement si proches des étatsuniens contemporains ? Alors oui, c’est la même rengaine pour tous les scripts d’Alex Kurtzman depuis 2009. Le 24ème siècle de ST TNG était un autre monde... mais le 32ème siècle de DIS, c’est encore et toujours les USA contemporains avec simplement davantage de techno et de token.
- Pourquoi faut-il que les hologrammes médicaux super-perfectionnés du 32ème siècle aient une voix aussi artificielle et caverneuse, alors que les EMH du 24ème étaient visuellement et auditivement semblables à des humanoïdes ? Serait-ce le marqueur d’une "fierté identitaire" IA ?
- Au risque de répéter ce qui avait déjà été exposé et montré dans les critiques précédentes, le dilithium demeure un cristal favorisant le rendement de la réaction matière/antimatière. Il n’est pas causalement nécessaire à la possibilité de la distorsion, sans quoi Zephram Cochrane n’aurait pas pu réaliser son premier vol en 2063, et plus généralement, la possibilité même du FTL serait subordonné à la présence naturelle de dilithium (très rare dans l’univers) sur les planètes où la vie sentient s’est développée (ce qui remettrait en question les fondements épistémologiques de la Prime Directive). En outre, depuis le 24ème siècle, et a fortiori au 29ème siècle, des technologies alternatives de FTL ont vu le jour et sont multipliées ("soliton wave", conduits de "transwarp", wormholes artificiels, quantum slipstream drive, "spatial trajector", "displacement wave", "Tash’s catapult", portails iconiens, "transwarp beam"...), et celles-ci nécessitaient encore moins (voire pas du tout) l’usage du dilithium. Mais au mépris de tout ça, la saison 3 de Discovery s’est employée à réduire les multiples FTL possibles à la seule distorsion, et à transformer rétroactivement le dilithium en Épice gériatrique de Dune... ce qui aurait alors logiquement impliqué un polarisation technologique et culturelle de l’univers entier autour de ce minerai (ce qui ne fut pourtant pas du tout le cas dans les productions Star Trek entre 1964 et 2005). Et dans ce retcon sauvage, les derniers épisodes de DIS se sont en outre bien gardé de redéfinir la fonction exacte de ce minerai. Or si celui-ci conserve malgré tout une fonction essentiellement énergétique (comburant ou plus probablement catalyseur), il est alors totalement incohérent que la Fédération-Starfleet totalement ligotée (de son propre aveu) par la carence de dilithium s’adonne dans le même temps à une telle débauche d’énergie. Une débauche pas seulement pour la sécurité (le champ de distorsion qui revient à croiser en permanence en FTL), pas même pour le confort opérationnel ou existentiel, mais carrément pour le luxe apparent et le tape-à-l’œil... tel le show off du QG quasi-entièrement holographique (lorsqu’on sait que les holodecks étaient rationnés à bord de l’USS Voyager dans la série du même nom pour ne pas épuiser les réacteurs du vaisseau). Or c’est justement dans l’articulation de la relation à l’énergie que se dessine l’une des frontières philosophiques entre la SF et la fantasy..
- Comment expliquer que l’ensemble des relais subspatiaux (que le Starfleet terrien antérieur à la fondation de la Fédération commençait à déployer au 22ème siècle dans ST ENT) ne soient plus fonctionnels ? C’est présenté comme l’une des causes principales de l’effondrement de l’UFP si l’on en croit DIS (puisque la continuité relationnelle et opérationnelle entre les 350 membres n’est dès lors plus possible). Pourtant, les relais subspatiaux ne sont pas alimentés par des réacteurs matière/antimatière, et ils ne réclament donc pas de dilithium.
- Les Temporal Accords du 29ème au 31ème siècles (au cœur de la série prequelle ST ENT) n’ont jamais consisté à interdire tout voyage temporel (l’agent Daniels avait au contraire montré que les voyages temporels étaient monnaie courante, notamment dans le cadre des études historiques) Cela consistait uniquement à pérenniser la timeline (pour empêcher sa modification intentionnelle et prévenir toute utilisation du voyage dans le temps comme une arme stratégique). Prétendre (en réponse à la TCW) interdire et détruire toute technologie temporelle (jusqu’à criminaliser les voyageurs temporels émanant d’époques antérieures non concernés par les Temporal Accords), voilà qui tient de la plus absolue galéjade géostratégique. Cela reviendrait à combiner une prétention d’impérialisme universel (comment l’UFP peut-elle d’ailleurs imposer sa loi à toutes les civilisations de l’univers sachant que de toute façon elle ne peut toutes les connaître ?) à une inconséquence de Télétubbie en se privant délibérément de la seule technologie permettant d’assurer la continuité de son existence (en s’interdisant ainsi de contrer à armes égales un moyen dont d’autres sociétés de l’univers disposent fatalement, l’UFP s’abandonne à la perspective d’être balayée tôt ou tard de l’existence sans pouvoir rien y faire). Pour pouvoir déplacer DIS au 32ème siècle, les showrunners de la série ont donc accouché d’une véritable aporie envers l’état évolutionniste du Trekverse atteint en 2005, comme si un dispositif légal pouvait changer les lois naturelles. Or l’évolutionnisme postule à l’inverse un effet cliquet : dès lors que la technologie temporelle devient possible, il est totalement vain de la proscrire et illusoire de faire l’autruche (la tête dans le sable), car elle sera inéluctablement utilisée tôt ou tard par des tiers (i.e. d’autres civilisations de l’univers) comme outil stratégique. Et lorsqu’il est question de mécanique temporelle, un jour lointain rime potentiellement avec aujourd’hui et même hier. En outre, les showrunners ont-ils songé à toutes les anomalies spatiotemporelles naturelles qui émaillent l’univers et qui appellent elles aussi des "technologies correctives" ?
- Si toute mention du spore drive est absente des archives accessibles au chef d’état-major du Starfleet du 32ème siècle, cela implique que Spock et Pike ont bel et bien réussi à convaincre leurs contemporains d’en effacer matériellement toute trace à la fin de DIS 02x14 Such Sweet Sorrow Part 2… tandis que nul n’a redécouvert cette technologie en un millénaire. Ce qui donc revient à faire rétroactivement le cadeau le plus empoisonné au worldbuilding du 23ème siècle discoverien en faisant passer l’UFP de TOS pour un bac-à-sable immature. Toutes classifiées que devinrent ces informations par l’absurde volonté des futurs héros de Strange New World, l’Histoire a systématiquement prouvé que "nécessité fait droit". Qu’il s’agisse du voyage temporel partiellement "magique" développé par la Section 31 ou du spore drive non moins "magique" inventé par Starfleet, pour peu que surviennent des événements tragiques mettant en péril la survie collective – et il ne pourrait exister de raison plus impérieuse que le Burn – de tels recours scientifiques ne pouvaient qu’être inéluctablement exhumés des archives et déclassifiés. Idem bien entendu pour toutes les technologies dont disposait le Starfleet de l’agent Daniels au 31ème siècle, en dépit de la prétendue interdiction/destruction des technologies temporelles invoquée par Book dans DIS 03x01 That Home Is You. Et en supposant même que dans la timeline de Discovery (de facto distincte de celle des séries historiques où les officiers de la Section 31 ne s’exhibaient pas au grand jour comme des rock stars), Starfleet ait été suffisamment Bisounours pour détruire matériellement toutes les recherches relatives à la propulsion mycologique, sa non-redécouverte par la postérité n’en est pas moins invraisemblable ! Car il existe une inéluctabilité heuristique à partir d’un certain niveau de connaissance et d’interaction. Les conditions qui avaient conduit Stamets et ses collègues à découvrir le mycelial network dans un 23ème siècle qui n’en avait guère le besoin se seront fatalement réitérées à foison dans les siècles suivants à l’échelle d’une Fédération multi-civilisationnelle, a fortiori durant une ère post-Burn où la recherche de FTL alternatifs deviendrait vitale. Rien qu’une saga pourtant fort "blockbusterienne" comme Terminator réussissait à être incomparablement plus réaliste en montrant, opus après opus, que la destruction des travaux de Miles Dyson et sa propre mort (dans le second film) n’empêchaient pas en soi l’émergence de Skynet (ou de variantes nommées différemment), mais simplement la retardait. Il aurait dû en être de même pour le spore drive dans une chronologie temporelle de SF tant soit peu réaliste.

Suite à cet entretien pour le moins frustrant, le premier réflexe de Mary-Sue est de désobéir aux ordres reçus, forcer les bases de données du QG, et s’emparer de l’USS Discovery pour trouver un antidote à la maladie des Kilis, histoire d’en remontrer ainsi à l’amiral Vance !
Mais quelle prétention ! Burnham continue à croire qu’elle sait mieux que tout le monde, alors qu’elle vient d’une époque supposée être le Moyen-Âge par rapport au Starfleet du 32ème siècle...
En fait, Michael a beau se prévaloir de Starfleet pour les discours, elle n’aurait été vraiment à l’aise qu’en s’autoproclamant capitaine d’un vaisseau autonome n’obéissant à aucune autorité, et dispensant sa propre justice à travers l’univers au nom d’une Fédération mythifiée.
Certes, cette fois, Saru la réfrène et lui fait la morale, soit une nouvelle "lantern" illusoirement satisfaisante.
Mais en réalité, le script tente implicitement d’imputer cette pulsion à l’année sabbatique que Burnham a passé aux côtés de Book. Pourtant la grande difficulté à obéir, l’incapacité à suivre une chaîne hiérarchique, l’impossibilité de se contraindre elle-même, le désir irrépressible de trahir les protocoles pour prouver à tous qu’elle seule a raison... c’est un comportement inscrit dans la typo même du personnage depuis le pilote de la série très inclus. Mais ce qui fausse la donne paradigmatique, en termes à la fois de trekkisme et de réalisme, c’est que cette hubris démesurée est adoubée par l’univers lui-même et est soluble dans les torrents de larmes.
Voilà en quoi consistent les "dilemmes moraux" estampillés "trekkiens" que nous vend l’épisode... Le rideau de fumée ne fait guère plus illusion.

S’ensuivent une série d’interrogatoires de l’équipage (enfin du main cast) par des hologrammes-polygraphes. Mais ceux-ci sont réduits à leur fonction comique, offrant aux acteurs une occasion (de plus) de cabotiner, et constituant en réalité des "lanterns" pour montrer au public que les auteurs sont vaguement conscients des invraisemblances qu’ils ont alignés depuis le début du show.
Ainsi, Culber joue avec coquetterie du fait qu’il a été assassiné puis ressuscité, et que désormais il est pote avec son assassin.
Tilly assure elle-même son propre interrogatoire en faisant (comme d’hab) les demandes et les réponses telles une crécelle.
Quant à Nhan, en vraie bad ass un peu bourrine, elle répète en boucle son numéro de matricule comme si elle était capturée et torturée par des forces ennemies.

Une attention plus particulière est toutefois accordée à Mirror-Georgiou, dont la Fedefleet du 32ème siècle n’ignore aucunement la provenance. Bien sûr, il serait permis de se demander comment cette information fut connue (étant donné la destruction complète des archives au 23ème siècle "grâce" à Spock et et Pike), mais on se dira que c’est via les logs de l’USS Discovery et/ou par la physiologie même de l’ex-impératrice terranne... puisque la saison 1 de DIS avait établi que les humains de l’univers miroir présentaient quelques différences, notamment une sensibilité accrue à la lumière (un retcon également).
C’est ainsi qu’entre en scène le personnage le plus énigmatique de cette troisième saison (pour ne pas dire de la série entière) : le mystérieux Kovich, interprété par David Cronenberg en personne !
Il est assisté par deux hologrammes-polygraphes qui avancent une théorie innéiste, anti-trekkienne, et incohérente envers ce qu’avait montré ST DS9, à savoir que les natifs de l’univers miroir sont "méchants" par leur essence génétique même !
À ce stade, Mirror-Philippa ne peut s’empêcher de cabotiner, en minaudant des postures cartoonesques, entre Cruella et Satanas.
C’est alors que, par un de ces nawaks dont Discovery détient le secret, l’ex-impératrice terran réussi à désactiver (voire détériorer) les deux hologrammes… simplement en clignant rapidement des yeux… "à leur rythme harmonique, ce qui aurait créé une boucle de référence qui les auraient éteint" (selon son "explication") !
Non seulement, cette prouesse impliquerait que Mirror-Georgiou, pourtant à peine débarquée au 32ème siècle, aurait déjà percé les secrets d’une des technologies de pointe 930 ans en avance sur elle. Mais cela impliquerait également qu’elle ait des super-pouvoirs, ou du moins des facultés d’Augment pour émuler à la perfection une harmonique d’IA. Il faudrait enfin que la fierté de ce 32ème siècle, à savoir l’omni-holographie, soit d’une fragilité crasse.

Cependant, l’échange qui suit entre Kovich (désormais seul) et Mirror-Georgiou constitue peut-être le seul et unique dialogue depuis 2005 à pouvoir presque – et il faut bien noter le "presque" – rivaliser avec ceux du Star Trek historique :
- en qualité d’écriture : aucun mélo ni pathos, vraie psychologie avec une composante de déstabilisation, cohérence d’assumer la nature et la provenance de Mirror-Georgiou (au lieu de la réduire à un comic relief ou à une arme de destruction massive), inversion des rapports de domination (sans que cela soit perçu comme un outrage au féminisme), possible concept de SF en prise avec les univers énantiomorphes (l’univers miroir "s’éloignant" depuis 500 ans même si on ne sait pas vraiment ce que ça veut dire)...
- en qualité d’interprétation et de mise en scène : huis clos essentialiste, musique discrète, sobriété, justesse de ton et absence de surjeu, forces des silences, poids des respirations, personnages soudain vraisemblables... par exemple comme dans un épisode standard de ST DS9.
Cette scène (timecodes compris entre de 28’13 à 31’14) est assurément à marquer d’une pierre blanche, tant elle fait soudain basculer le spectateur dans un autre univers qualitatif. Celle d’une série soudain crédible, traitant avec un minimum de sérieux ses personnages et ses problématiques de SF, et qui aurait pu ne pas être une constante injure au Star Trek roddenberro-bermanien.
Allez, soyons fous : serait-il imaginable que ce grand maître du 7ème Art ait soudain pris la main sur la direction d’acteur (Michelle Yeoh), sur le rythme et les silences (dont un vrai réalisateur connait la valeur), et pourquoi pas sur l’écriture ? Cette courte scène profondément disruptive aurait-elle été co-scénarisée et co-réalisée voire entièrement prise en charge par David Cronenberg himself (sans qu’il soit crédité) ?
Malheureusement, la rémission est de très courte durée (trois minutes chrono !), et rapportée au reste de l’épisode (et de la série), elle réussit surtout à mettre davantage en relief les indigences qui constituent le naturel de Discovery. Et cela avec d’autant plus d’ironie qu’il aura fallu un David Cronenberg, alors que celui-ci n’est même pas un acteur professionnel, pour mettre minable l’ensemble du main cast et pulvériser la direction d’acteurs de la série ! La retenue, le charisme, l’économie de moyens atomisera toujours le pathos, le glissando, et toutes les incontinences...
Si l’on combine cela à la guest star Oded Fehr (acteur israélien accoutumé à interpréter des agents du Mossad) dans le rôle de l’amiral Charles Vance, offrant à la série son premier officier amiral à peu près crédible, cela ne fait ironiquement que renforcer l’amateurisme des personnages vedettes de la série Discovery, exactement comme dans la saison 2, où Anson Mount (recastant une troisième fois le capitaine Pike) était lui aussi fatal par contraste.
La suite de l’échange avec Kovich ne sera pas révélée aux spectateurs, et par la grâce d’une ellipse, on retrouvera simplement à la fin Mirror-Georgiou, sérieusement perturbée (littéralement figée) dans une coursive de l’USS Discovery. Entre l’interrogatoire spécial réservé à l’ex-impératrice terran, la fonction équivoque de Kovich (portant un badge évoquant un peu la Section 31), sa connaissance sans égale de l’univers miroir, sa lucidité déstabilisante sur les Terrans (il lisait dans Mirror-Georgiou comme dans un livre), son utilisation de ses propres armes psychologiques contre elle avec un calme désarmant, et la vague menace par lequel se conclut l’échange… il ne faut pas être grand clerc pour deviner que, exactement comme dans le "spot bonus" du dernier épisode de la saison 1, par l’entremise d’une carotte ou d’un bâton (plus probablement d’un chantage chirurgical), Mirror-Georgiou a été de nouveau "embauchée" de force par les services de renseignement ou d’action de Starfleet (que ceux-ci portent ou non la dénomination de Section 31) comme relai permanent à bord de l’USS Discovery et/ou pour conduire certaines opérations spécifiques illégales en parallèle. Ce point de départ d’un nouveau fil rouge, ou plus probablement orange – et dont résultera probablement la prochain spin-off consacré à la Section 31 – constitue donc une redite narrative, tout en infligeant au Starfleet du 32ème siècle le même discrédit qu’à celui du 23ème siècle, aussi bien version Discovery que version Kelvin, consistant à employer dans ses services, sans scrupule moral et sans le moindre sens des responsabilités, d’authentiques psychopathes génocidaires voire des "giga-Hitler" galactiques. Un discrédit potentiellement plus dirimant encore qu’avant puisque le Mirror Universe n’a visiblement aucun secret pour la Fedefleet du 32ème siècle.
Il y a d’autant moins de raison d’être optimiste que le ST Kurtzmanien n’a cessé de gâcher, ruiner, ridiculiser, trivialiser, ou frapper d’incohérence les quelques rares bonnes idées qu’il avait pu avoir (le "réfugié" Mirror-Gabriel Lorca, l’improductivité des idéaux de l’UFP face aux Klingons, la sociologie des Kelpiens sur Kaminar, la sécession de la Terre envers l’UFP…).

Après s’être fait gentiment recadrée par Saru, il était temps pour l’omnisciente Mary-Sue de passer au plan B...
Et le plan B consiste à entreprendre l’amiral Vance – et le faire céder à l’usure – pour qu’il consente à confier à l’USS Discovery et à son équipage une action d’éclat... afin de leur prouver, à tous ces pieds tendres du 32ème siècle, ce que la "team Burnham" a dans le bide ! Non mais.
Il ne faudra finalement pas plus de dix minutes pour que la défiance initiale se métamorphose en confiance. Puis la confiance en bêtise. C’est probablement là que réside le premier super-pouvoir de l’irrésistible Mary-Sue-qui-a-toujours-raison-et-qui-arrive-toujours-à-ses-fins : désarmer les hommes. Les femmes aussi. Et même les non-binaires. L’univers entier quoi.
La bêtise en effet, car le sieur Vance s’imposera cette galanterie d’un autre âge en laissant Michael comprendre et trouver ce que lui et son staff aurait pu comprendre et trouver bien avant elle. À savoir que l’analyse des logs du vaisseau des Kilis a révélé qu’il avait fait une escale d’approvisionnement sur la planète Urna, déserté depuis des siècles, qui fut il y a mille ans un site industriel d’enrichissement des métaux instables, contre lequel l’UFP du 22ème ou du 23ème siècle avait mis en garde. Les plantes locales ont muté, et c’est ça qui a empoisonné les pauvres Kilis.
Vance poussera même l’obligeance à suggérer par sa réaction que "l’enquêtrice Burnham" a réussi à lever un lièvre qu’il n’était pas à la portée de son QG.
Et ce n’est pas tout. Tandis qu’un des EMH établit qu’il faudrait disposer des mêmes plantes non mutées pour développer un antidote qui guérirait les Kilis (autant dire mission impossible puisqu’elles ont toutes muté), Michael a immédiatement une autre idée incroyable qui la rend définitivement indispensable au futur : il existait eu 23ème siècle un "seed ship" qui collectait toutes les semences et graines récoltées dans la galaxie, l’USS Thikov (NCC-1067-M), et il possède forcément le nécessaire. Euréka : ce vaisseau existe toujours 930 ans après, mais il est un trop loin pour un Starfleet sans dilithium et sans distorsion, mais c’est là que l’USS Discovery et son équipage en synergie va pouvoir faire la différence.
Cependant, histoire de préserver les formes (on a quand même sa dignité, faudrait pas que le chef d’état-major passe pour un type facile qui se couche le jour même), il va garder Saru en otage en otage. Qu’à cela ne tienne. Et c’est même encore mieux ainsi, car Burnham pourra commander elle-même la mission et l’USS Discovery... sous l’œil inquisiteur de la Lt Willa qui fera ensuite un rapport circonstancié à l’amiral Vance.
Un coup de spore drive, puis un coup de tabac (une tempête ionique) vite surmonté, et voici la fine équipe à pied d’œuvre. L’USS Discovery tracte avec son rayon l’USS Tikhov pour l’arracher du "nuage à éclairs" (ressemblant à celui d’où était sorti Nero dans ST 2009). Comparativement à l’USS Discovery, ce vaisseau est minuscule, il s’apparente presque à une navette, il entrerait facilement dans le gigantesque hangar. Depuis 500 ans, toutes les planètes de l’UFP se relaient pour garder ce vaisseau. Une famille y est toujours postée (un petit air de Lost In Space redevenu à la mode), et en ce moment ce sont des Barzans qui sont de garde (un couple et leur deux filles), soit comme par hasard des compatriotes de l’officière de sécurité Nhan (l’espèce ayant déjà été rencontrée dans ST TNG 03x08 The Price et ils emploient des respirateurs discrets dans des atmosphères de type terrienne)...
Car oui, il apparait que comme les Kelpiens, les Barzans sont désormais membres de l’UFP. Nhan est aux anges, elle qui était la seule de son espèce dans Starfleet.
Inutile de préciser qui va composer le détachement : Burnham, Culber, et Nhan.
Mais après s’être téléporté à bord, il apparaît bien vite que l’USS Tikhov est devenu un arboretum (des semences ont filtré et se sont développées grâce à l’atmosphère féconde barzane), mais aussi un tombeau ! Il n’y a personne de vivant, du moins matériellement. Des films holographiques témoignant du bonheur familial passé sont projetés en boucle, tandis qu’à l’écart, une alcôve dévoile trois caissons cryogéniques actifs contenant les corps de la mère et des deux filles, hélas tous décédés. Il y a une présence invisible à bord, façon Predator dans la forêt équatoriale. Comme un parfum de ST ENT 01x20 Oasis ou de ST DS9 02x16 Shadowplay dans l’air.
Les journaux de bord (holo aussi) témoignent des appels à l’aide du Dr Attis à l’approche de la tempête ionique, mais restés désespérément sans réponse en ces temps sans distorsion ; et soudain, l’enregistrement holographique témoigne d’une dématérialisation non consentie et morcelée, comme si une vague invisible l’avait emporté. Nhan est convaincue qu’Attis est toujours vivant.
De son côté, Burnham se téléporte dans le seed vault ou banque de semences (curieusement inaccessible autrement) : une gigantesque salle circulaire, à la coupole rotative, traversée de quelques micro-automates volants, et dont les murs sont émaillées d’alcôves, mais curieusement distribués de manière anarchique, par clusters de formes et de nombres très divers. Une complication (de montre) difficile à expliquer...
Se heurtant à un code d’accès l’empêchant de recueillir les échantillons souhaités, elle se fait brutalement attaquer par le Dr Attis, sorti de nulle part, comme fou, et voulant s’opposer à la récupération des graines (Michael lui échappe grâce à l’art martial d’esquive vulcain, le Suus Mahna). Puis celui-ci disparaît (par dématérialisation morcelée et "trainante") aussi soudainement qu’il était apparu. Désormais, l’épisode a comme un faux air de ST ENT 04x10 Daedalus
Dès lors, Burnham ne met pas longtemps à comprendre que le Dr Attis est dans un état de "déphasage". Elle soumet l’énigme à travers les coms à l’ingénierie de l’USS Discovery (composée de Stamets, Jett Reno, et Tilly) qui rapidement comprendront que c’est une CME (éjection de masse coronale) de l’étoile la plus proche qui a frappé l’USS Tikhov au moment au Attis tentait de se téléporter, brouillant alors le bouclier magnétique et déstabilisant la polarisation du Barzan au niveau quantique. Et depuis six semaines, son corps erre entre deux états.
À cette occasion, l’observatrice Willa dénoncera le manque de professionnalisme comportemental de l’équipe d’ingénierie de l’USS Discovery – cultivant en effet les invectives stériles (en particulier Stamets et Reno). Une remarque volant les mots de la bouche des spectateurs, mais qui constitue une nouvelle "lantern" destinée à adouber encore davantage ce parti pris par le simple fait de l’avoir assumé dans les dialogues. Et en effet, devant l’efficacité de la résolution du cas du Dr Attis, Willa n’aura d’autre choix que faire l’éloge de cette "équipe de choc" dysfonctionnelle, dont la dysfonction serait en réalité sa force ! Le non-professionnalisme est ainsi institutionnalisé dans sa fonction de comic relief, histoire de rester toujours cool devant le technobabble, un peu à la façon de Jack O’Neill dans SG-1, quoiqu’ici dans un contexte le légitimant bien moins.
Pour sortir le Barzan du déphasage, l’away team désactive les caissons de cryogénisation (les occupants étant de toute façon morts), ce qui pousse aussitôt Attis à se matérialiser (comme quoi il exerce un certain contrôle sur son état par sa seule volonté, essentiellement la peur ou la colère). Et c’est alors que Tilly le téléporte pour le "déphaser"...
Le Barzan en ressort prostré, tandis que Nhan ne réussit pas à le calmer. Le temps presse car les Kilis attendent leur remède. Culber suggère à Burnham de prendre la place de Nhan pour "secouer" Attis en lui disant frontalement la vérité sur le sort de sa famille décédée, alors que Nhan s’emploie à le ménager au motif "qu’elle partagerait le même égo que lui" (?). Pour ramener la Barzan à la raison, Mary-Sue tiendra alors un discours aux paroles stoïques, élégantes mais classiques, néanmoins gorgées telle une éponge de pathos. En réalité, Nhan aurait parfaitement pu en faire autant, mais il fallait que ce soit Maru Sue, la "soignante des âmes", qui frappe le coup décisif.
Attis se lève alors, active l’interface d’accès holographique, et énonce le mot de passe – "Amma et Tolpra" – du nom des deux plus belles lunes du système de Barzan, également prénoms de feues ses filles.
Nhan sélectionne alors les semences... qui volent gentiment vers elle.
Seulement un autre problème survient : alors qu’il a été irradié par le CME, que tous ses organes internes sont endommagés et qu’il est exposé à la mort sous quelques jours en l’absence de soin immédiat, le Dr Attis refuse d’être évacué par l’USS Discovery, préférant mourir là où reposent les siens. Nhan l’avait expliqué : ses semblables sacralisent par-dessus tout la famille et n’ont pas la même conception de la mort que les humains. Seulement le Barzan endeuillé refuse que la Fédération reprenne possession de l’USS Tikhov et de son contenu ! Et lorsque Culber et Burnham invoque l’intérêt général et l’importance pour l’UFP des 1 000 ans d’Histoire biologique contenues dans ce vaisseau (quand même !), Nhan prend immédiatement la défense de son compatriote, au motif qu’il aurait exprimé son choix clairement ! (Mais quel rapport et en quoi le décès de sa famille l’autorise-t-il à s’approprier un vaisseau de l’UFP ?) Il faudra un entretien privé avec Mary-Sue (qui invoquera la tradition de Starfleet de ne jamais abandonner personne derrière) pour que, de l’indignation ("alors comme ça c’est Attis ou Starfleet ?" assene-t-elle), Nhan passe à la décision soudaine de quitter Fedefleet afin de reprendre le flambeau du gardiennage de l’USS Thikov (et surtout enterrer convenablement la famille d’Attis). Elle invoquera même la mémoire d’Airiam pour justifier son choix pour le moins inattendu (alors qu’elle l’avait fort peu connue... étant donné que Nhan était alors une fraiche transfuge de l’USS Enterprise).
S’ensuit alors les traditionnels adieux de Fontainebleau à laquelle la série Discovery est abonnée, à raison de deux minimum garantis par saisons. Donc on se déclame de grandes rhapsodie sur fond de dégueulando musical, on se noie dans des torrents de rires-larmes... et surtout on conclut tout ça par le crédo obligatoire : « je crois en Sainte Mary-Sue Burnham, l’être le plus exquis et le plus Élu de l’univers, elle est le chemin, la vérité, la vie », quoique toujours personnalisé, ce qui donne en l’occurrence : « Une des raisons pour lesquelles on s’engage dans Starfleet est pour trouver le meilleur en soi et en autrui. Et je n’ai jamais vu personne trouver le meilleur en autrui comme vous le faites, Michael. Ne cessez jamais. »
Voilà. C’est beau, et nous renouons ici assurément avec la plus haute philosophie trekkienne.

Alors que penser de cette épreuve du feu pour Mary-Sue, qui la lancera sans aucun doute dans le grand échiquier du 32ème siècle ?
Eh bien, c’est malheureusement une accumulation assez dense d’absurdité contextuelles et de facilités Burnham-centrées.
Ce n’est pas tant le principe du "déphasage" d’Attis qui est tiré par les cheveux (cf. ST ENT 04x10 Daedalus, ST TOS 03x09 The Tholian Web, ST TNG 06x04 Relics, ST TNG 05x24 The Next Phase, ST TNG 05x26 Time’s Arrow...) mais c’est l’aisance (les doigts dans le nez) avec laquelle toute l’affaire est résolue.
L’idée qu’une EMC ait pu altérer à un niveau quantique une téléportation est scientifiquement bien moins WTF que ce à quoi DIS nous avait habitué jusqu’à maintenant, et cela se rapproche même quelque peu de l’intelligibilité des sciences trekkiennes pré-2009 (il n’est d’ailleurs pas impossible que les auteurs se soient vaguement inspirés ici de ST TNG 06x04 Relics où Scotty avait survécu durant soixante-dix ans dans le pattern buffer en mode diagnostic de niveau 4).
Néanmoins, c’est la mise en œuvre du concept qui laisse à désirer. En indexant la "sortie de phase" (et donc la rematérialisation) du Dr Attis à sa seule bonne volonté (essentiellement lorsqu’il a peur ou est en colère), on sort du champ scientifique pour entrer dans le domaine spectral et surnaturel (notamment selon les théories théosophiques). En outre, l’incroyable célérité avec laquelle les héros de l’USS Discovery comprennent et résolvent le problème du "déphasage" (bien plus rapidement que des équipages formés un siècle après à bord de l’Enterprise D), cela s’inscrit de toute évidence dans la glorification en flux tendu des personnages de DIS, au prix d’une décrédibilisation socio-historique et d’un sentiment d’anachronisme.
Mais le plus invraisemblable, c’est bien le concept même de l’USS Tikhov... qui se veut probablement un transposé aussi anachronique qu’impropre de la SGSV (Réserve mondiale de semences du Svalbard) en Norvège. Faut-il vraiment croire à cette arche de Noé, qui n’aurait pas été renouvelée en 930 ans, isolé dans un recoin perdu de la galaxie, contenant plus de 1 000 ans de spécimens – pour beaucoup disparus donc uniques en terme de biodiversité – mais dépourvus du moindre backup ailleurs au sein de l’UFP ?! Et comment avaler que les génomes de toutes ces plantes n’aient pas été au minimum numérisées dans les bases de données de l’UFP des siècles avant le Burn, notamment afin d’être synthétisés, pas forcément comme êtres vivants (si les technologies ne le permettent pas encore forcément) mais comme principes moléculaires actifs pour des besoins pharmaceutiques ?! D’autant plus que les échantillons que recherche Mary-Sue remontent à une époque (22ème ou 23ème siècle) où l’UFP n’était pas encore ravagée. Mine de rien, en dépit de son déménagement avec pertes et fracas au 32ème siècle, la troisième saison de Discovery continue à nuire rétroactivement, épisode après épisode, comme un fait exprès, à la crédibilité du timeframe trekkien historique.
En outre, comment se fait-il qu’un vaisseau de Starfleet ne dispose pas de code d’accès prioritaires pour bypasser toutes les folies ou fantaisies de leur gardiens civils ?
Et puis, pourquoi une fois de plus, le culte narcissique du "Je" – quand bien même frappé par la cruauté de la vie – l’emporte sur les devoirs régaliens et l’intérêts de la collectivité ? Est-il logique qu’un officier de sécurité aussi carré et rationnel que Nhan bascule soudain dans le mélo en accordant le "droit" à un de ses compatriotes de s’emparer de 1 000 ans de collectes d’échantillons à travers la Voie Lactée uniquement parce qu’il est en deuil ? À ce compte-là, autant tolérer n’importe quel vandalisme au nom de l’empathie, n’importe quel attentat suicide au nom des injustices individuelles. Une telle immaturité fait franchement injure aux idéaux trekkiens, quand bien maquillées de mièvrerie.
De surcroît, quel rapport entre la décision de Nhan de prendre la relève d’Attis et l’abandon de sa carrière ? Superviser l’USS Tikhov fait aussi partie de la mission de Fedefleet, et il fallait bien qu’un officier se dévoue puisque Attis n’était plus opérationnel. Ce vaisseau est suffisamment important pour ne pas le laisser à l’abandon.
The last but not the least, n’aurait-il pas été incomparablement plus cohérent de faire entrer le si petit USS Tikhov dans le gigantesque hangar à navette de l’USS Discovery, et ainsi le rapatrier d’un coup de spore drive au QG de Fedefleet avec tout son contenu ? Quant à se préoccuper des funérailles barzanes traditionnelles, n’aurait-il pas été plus élégant de reconduire par la même voie Attis (après l’avoir guéri) et feus les siens sur Barzan II ? Pourtant, le choix adopté est de laisser errer l’USS Tikhov dans l’espace, sans dilithium, avec les cadavres de la famille d’Attis… dont il sera de toute façon séparé (contrairement à son vœu) puisque Nhan prendra sa place.
Enfin, nul ne songe qu’un officier du 23ème siècle n’est pas formé pour commander et opérer seule un vaisseau du 32ème siècle. Car en dépit de la conservation du nom, on peut supposer que ce vaisseau n’est pas matériellement le même qu’au 23ème siècle, et dans tous les cas, qu’il ne possède pas les mêmes protocoles ni les mêmes technologies embarquées.
L’ensemble des décisions prises ici n’a vraiment ni queue ni tête. Mais exactement comme le sacrifice d’Airiam n’était aucunement nécessaire dans la saison 2 (une simple téléportation l’aurait sauvée dans Discovery 02x09 Project Daedalus), c’est tout aussi artificiellement que l’on "sacrifie" le personnage de Nhan, pour débarquer l’actrice Rachael Ancheril et infliger par la même occasion aux spectateurs une interminable séance larmoyante. L’exemple même d’un mauvais showrunning lorsque les intentions externalistes l’emportent et sabotent la construction internaliste.
Et le plus ambivalent, c’est que le discours si trekkien et mature de Picard dans ST TNG (sur l’amélioration de soi) réussi à être resservi ici de telle façon qu’il n’en reste qu’un truisme bienpensant d’une platitude confondante.

Au retour triomphal de la "mission de test" sur l’USS Thikov, Burnham et Saru réussissent à joliment "baratiner" en duo l’amiral Vance pour récupérer l’USS Discovery, la première comme toujours le cœur sur la main et les larmes dans les yeux (la série n’ayant aucun scrupule à jouer de ce cliché phallocrate tout en se piquant de pinkwashing), et le second en invoquant putassièrement la Renaissance et Giotto (ayant introduit la perspective du point de fuite, donc la profondeur et le désir de lever les yeux).
Ce n’est pas tant que de voir un extraterrestre faire la leçon à un humain sur sa propre Histoire qui pose un problème (après tout, nul n’est prophète en son pays et c’est plutôt IDIC en esprit), mais c’est d’une part que les références culturelles prétendument éclairantes soient toujours humaines (comme si l’humanité était la seule espèce/société à disposer d’une richesse de culture exportable et édifiante pour tout l’univers), et c’est d’autre part que le parallèle d’une Renaissance offrant une perspective nouvelle sur le Moyen-Age représente une inversion de causalité (puisque l’USS Discovery vient d’une époque qui devrait être considérée comme le Moyen-Âge par le 32ème siècle et les 930 ans d’histoire cumulées).
Pour ce faire, on recourt à une nouvelle confusion internaliste/externaliste, lorsque Saru désigne le 23ème siècle comme une "époque vénérée" de l’avis de tous ! Mais comment peut-il affirmer ça sans en connaître la seconde moitié ni les siècles suivants ? Sauf bien sûr si l’on sort de l’in-universe pour adopter le point de vue des trekkies pour qui ST TOS est une série vénérée oui.
Et bien entendu, on exhume "l’artefact magique" du spore drive permettant d’aller instantanément n’importe où dans l’univers... en oubliant que Starfleet en faisait déjà autant au 29ème siècle et davantage encore au 31ème siècle. Et en occultant aussi que la promotion du spore drive (se traduisant au minimum par une utilisation à outrance par l’USS Discovery, au pire par une réplication industrielle de cette technologie à l’échelle de toute la flotte de Fedefleet) viendrait directement contredire la restriction d’usage décidée durant la saison 2, ce qui constituerait un viol de la Prime Directive vis-à-vis du "royaume enchanté" du mycelial network et l’engagement envers ses autochtones ("May Ahearn" et les Jahsepp) ne plus s’en servir (cf. DIS 02x05 Saints of Imperfection).
En somme, la saison 3 de Discovery est venue contredire tout ce que la franchise avait posé sur le dilithium et ignorer les avancées technologiques des 29ème et 31ème siècle... pour vendre à l’échelle cosmique sa propre technologie improbable voire magique dont elle avait même établi qu’elle n’était pas éthiquement viable au sens de Prime Directive.
Et tout ça en faisant passer le Starfleet du 23ème siècle pour des crétins niaiseux (ayant vraiment supprimé des archives toute trace de cette technologie mycélienne, la Fedefleet du 32ème siècle pour des demeurés (ayant besoin d’un équipage accusant un millénaire de retard pour comprendre son propre présent), et 930 ans d’Histoire post-Loi de Moore pour une stagnation conceptuelle et scientifique (les progrès se limitant à de l’holographie stérile et bêtement énergivore à tous les niveaux, assortie d’une incapacité de recréer – en dépit d’un impératif sociologique absolu – une technologie inventée au 23ème siècle.
Discovery, c’est vraiment un deal lose-lose en matière de worldbuilding : les sociétés de toutes les époques y perdent beaucoup et prennent très cher.
Et pourtant, impossible de ne pas détecter dans cet épisode un inhabituel effort de construction de la part des showrunners. Mais il révèle tant de carences épistémologiques, tant de simplisme sociologique, tant d’incompatibilités factuelles, et une incapacité à construire des relations de causalité solides sur le ligne du temps... tout ça pour tenter de vendre coûte que coûte et au forceps – manipulations émotionnelles à l’appui – "l’indispensabilité" de Burnham pour l’avenir de la Fédération du 32ème siècle. Un exemple où la valorisation forcenée de personnage tue le worldbuilding... qui ne sera au mieux qu’un château de carte s’effondrant à la première brise, faute de puiser ses fondations dans l’Histoire du futur trekkienne.
Cette troisième saison de DIS ne sera donc tout au plus que le futur des deux premières de DIS et de Picard. Et encore, pas un futur qui se négocie à hauteur de 800 ans ou 900 ans, mais de 100 ou 200 ans grand maximum. Non pas que Kurtzverse soit très cohérent envers lui-même, mais il est compact/pocket et il reste malgré tout bien davantage compatible avec lui-même qu’avec le Trekverse.

Conclusion

Avec une rouerie matoise, Discovery 03x05 Die Trying a mis à profit l’entrée en scène de personnages extérieurs (Vance, Eli, Willa) pour glisser dans les lignes de dialogues des piques adressant au main cast les principaux défauts vocalisés par la critique (l’exagération émotionnelle de Burnham, l’USS Discovery vaisseau "mystery box" voire "magic box", le manque de professionnalisme comportemental de l’équipage...). Mais il ne faut pas être dupe, il s’agit là des classiques "lanterns" suremployées par les showrunners peu scrupuleux comme autant d’alibis destinés à "transformer" les faiblesses en connivences tout en conférant à la série une touche d’autodérision (qui la rendra plus "cool"), de quoi tamponner un passeport d’immunité pour continuer de plus belle sans se remettre en question.

Contre toute attente et pour la première fois dans la série, Discovery 03x05 Die Trying bénéficie de quelques brèves fulgurances d’écriture et d’interprétation dans quelques scènes avec Oded Fehr et surtout dans une séquence-OVNI avec (et peut-être ? de) David Cronenberg... qui réussit à mettre à terre à lui tout seul le très fade et sirupeux main cast de DIS (Tig Notaro exceptée) ! De quoi prétendre peut-être à un 1,5/5 voire à un 2/5 en étant généreux (les épisodes précédents de la saison oscillant péniblement entre 0 et 1/5).
Malheureusement, lesdites scènes n’assurent qu’à condition d’être considérées séparément, hors de toute intégration contextuelle. Car elle ne parviennent aucunement à grandir l’épisode en tant que "tout" (in)cohérent, tant sa tentative (bien réelle) de worldbuilding se heurte à une incompréhension systémique, aussi bien envers la continuité originelle du Trekverse (qui s’étendait mine de rien jusqu’au 31ème siècle très inclus) qu’envers les lois de causalités des grands ensembles qui président à la construction de tout univers imaginaire cohérent.
Des nombreuses inconséquences alignées comme des trophées par l’épisode (cf. le corps de cette critique), les deux plus irréfragables sont sans nul doute :
- le chapitre du "seed ship" USS Thikov récoltant des semences dans toute la galaxie depuis 1 000 ans, le bullshit allant du principe même (mal parallélisé avec Svalbard et sans le moindre backup même numérique au sein de l’UFP) à son exploitation narrative (un prétexte grossier pour rendre un équipage du 23ème siècle indispensable au 32ème siècle et pour évacuer le personnage de Nhan) ;
- le positionnement absurde du scénario envers la Temporal Cold War de ST ENT qui était une résultante logique de la simple possibilité du voyage temporel et une boîte de Pandore impossible à refermer à l’échelle de l’univers.
Que Starfleet (ou plutôt Fedefleet puisque désormais l’UFP et Starfleet ont presque fusionné) prétende interdire tout voyage temporel, c’est la rencontre ubuesque entre le pire aveuglement idéologique et la pire naïveté inconsciente. Cela revient à vivre dans une illusion suicidaire et une impuissance aliénante envers le réel, compromettant la survie même de l’UFP sur le temps long (face à toute les civilisations de l’univers susceptibles d’utiliser des technologies temporelles à des fins stratégiques). Oser évacuer par un telle pirouette ces implications paradigmatiques du Star Trek historique est une insulte grossière aussi bien envers l’intelligence des spectateurs qu’envers la vraisemblance d’une utopie de portée galactique (quasiment à 3 sur l’échelle de Kardashev) ayant survécu un millénaire.
Le futur dépeint ici ne peut donc en aucune façon être le 32ème siècle d’ENT-TOS-TNG-DS9-VOY... mais il pourrait éventuellement prétendre être le 25ème ou le 26ème siècle de Discovery et de Picard (dans une société qui aurait investi ses efforts créatifs surtout dans l’holographie au mépris de tout le reste).
En somme, un condensé du Kurtzman-verse replié sur lui-même, à l’image de la bulle de distorsion à l’horizon courbe et bouché dans laquelle s’est désormais réfugiée l’UPF militarisée par Starfleet.

En outre, si l’épisode s’efforce virtuellement d’accorder une place accrue à de nombreux seconds rôles et guest stars (Vance, Kovich, Mirror-Georgiou, Nhan, Attis...), Mary-Sue réussit malgré tout à tirer la couverture à soi dans presque chaque pôle d’interaction (ou d’exposition), à défaut de le faire dans chaque scène. Même lorsque la voilure est réduite au point de laisser entrevoir quelques drisses de sobriété, c’est encore et toujours au pathos-power que carbure l’épisode.
Ainsi, le Dr Attis a été ramené à la raison (permettant de mettre la main sur les semences qui guériront les Kilis), mais cette action déterminante pour la place de l’USS Discovery au 32ème siècle (et l’indissolubilité de son équipage) demeure une nouvelle démonstration de l’empathie "weaponized" de Burnham.
De même, Nhan quitte la série, mais ses adieux larmoyants, supposés être "son moment" (elle en aura eu si peu) sont confisqués aussitôt au profit de la glorification éternelle de Mary-Sue.
La mission de sauvetage des Kilis que s’arroge Michael aurait parfaitement pu être accomplie sans elle quoiqu’avec le spore drive de l’USS Discovery ; mais l’amiral Vance et son staff ont été artificiellement "débilités" pour grandir artificiellement les capacités d’analyse et de déduction sans pareille d’un personnage accusant 930 ans de retard social et technologique.
Enfin, Mary-Sue, plus bravache que jamais, relève ostentatoirement le défi d’élucider avec son équipage le Burn lorsque le chef d’état-major avoue humblement à la fin de l’épisode n’avoir pas réussi à privilégier une seule hypothèse sur une infinité d’autres après 120 ans d’investigation de Fedefleet !
D’ailleurs, l’archange Michael possède déjà une piste et elle était bien entendu la seule à pouvoir percuter face à pareille omniprésence : une mélodie qui se fait entendre partout au 32ème siècle (d’Adira aux Barzans en passant par Willa), inscrite dans l’inconscient collectif de tous, telle la musique des sphères célestes dans la tête de Kara Thrace durant la seconde moitié de la saison 4 de BSG 2003.
Voilà donc le nouveau fil rouge à broder pour les épisodes suivants, conjointement avec celui (plus orangé) de Mirror-Georgiou à nouveau recrutée par la Section 31 (ou son équivalent) du 32ème siècle (décidément la série ne craint aucune redondance !) et avec celui (plus pale) de Keyla Detmer possiblement cyber-contaminée par Control ou (une autre IA).

N’est-il pas de plus en plus émétique d’entendre, épisode après épisode, les personnages principaux de DIS (en particulier Burnham et Saru) claironner en chœur et à tue-tête les louanges de la Fédération comme on entonnerait un cantique religieux... lorsque dans le même temps, le rouleau compresseur d’Alex Kurtzman ne laisse pas, année après année, de conchier ses idéaux.
Vénérer/sacraliser pour mieux profaner/violer, puis inversement, et ainsi de suite, dans un perpétuel mouvement de va-et-vient, cela pourrait déboucher sur une forme de schizophrénie SM vrillant le cerveau. De quoi vicier – à force – la relation intime à Star Trek.

Lorsque le 25ème siècle a besoin de Buck Rogers, lorsque l’an 2032 appelle le Sergent John Sparta, lorsque le futur ne peut être sauvé que par Godefroy de Montmirail et Jacquouille la Fripouille, lorsqu’Alex Kurtzman prétend réinventer la roue dans chaque saison (c’est-à-dire bousiller de toutes les façons possibles la Fédération pour que ses héros Burnham/Picard puissent la restaurer tel un running gag)... alors nous sommes bel et bien dans ST Idiocracy... ou dans ST Visiteurs.

YR

EPISODE

- Episode : 3.05
- Titres : Die Trying
- Date de première diffusion : 12/11/2020 (CBS All Access) - 13/11/2020 (Netflix)
- Réalisateur : Maja Vrvilo
- Scénariste : James Duff & Sean Cochran

BANDE ANNONCE





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