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I May Destroy You : Review de la mini-série

Date : 06 / 06 / 2020 à 11h00
Sources :

Unification


I May Destroy You est une incroyable série télévisée anglaise de 12 épisodes de 30 minutes écrite, produite est interprétée par Michaela Coel.

La jeune femme s’est en partie inspirée de sa vie, et du viol qu’elle a subi, pour écrire une série parlant de cette tragédie et du consentement.

C’est dernières années, l’affaire Weinstein, qui a lancé le mouvement "Mee Too", a porté la parole des femmes sur le devant de la scène. Ces dernières prennent de plus en plus la parole pour dénoncer les agressions sexuelles et les harcèlements dont elles sont les dépositaires. Des enquêtes, puis des procès ont ainsi lieu, et des condamnations s’ensuivent.

Le viol, les procès, la recherche des criminels, font de temps en temps l’objet de films ou de séries télévisées, comme la très bon bonne Unbelievable sur Netflix. Dans les films de revanche, les femmes peuvent parfois essayer de se rendre justice elle-même. Dans les enquêtes, elles sont souvent des témoins ou des élément-clé de l’intrigue. Dans les procès, ce sont des victimes dont on efface un peu l’histoire pour se rapporter aux faits et permettre la condamnation du coupable.

Mais finalement, aucun film, ni aucune série, n’a réellement traité de la personne qu’est la femme qui a été violée. On n’aborde pas ce qu’elle était avant, et ce qu’elle devient après avoir subi cet acte. Ni la façon dont cet événement peut influer sur sa vie à venir. Ce n’est donc qu’en 2020 que l’on peut découvrir une série qui permet de prendre complètement conscience de la façon dont un viol peut détruire une vie et potentiellement la ruiner à tout jamais.

Michaela Coel s’est inspirée de ce qu’elle a subi et a réussi à le transposer magnifiquement dans une série qui prend aux tripes, fait énormément réfléchir et met longtemps à être digérée. Et pourtant, elle a réussi à trouver un équilibre entre le drame et l’humour et apporte une certaine légèreté qui n’entre jamais en conflit avec la noirceur du récit.

L’histoire suit une jeune femme insouciante, tête en l’air et fêtarde qui, suite à une reconnaissance importante d’un de ses textes sur Internet, a du mal à écrire le roman qu’un éditeur lui a commandé. À l’issue d’une soirée dans un bar, elle est droguée et violée et va devoir apprendre à se reconstruire après les événements traumatisants qui lui reviennent par flashbacks.

L’histoire est magnifiquement construite. Elle n’hésite pas à insérer parfois des épisodes se déroulant dans le passé, ou se concentrant sur un autre personnage. La temporalité est ainsi non linéaire, mais permet finalement de s’immiscer au plus près d’un personnage complexe, dont on découvre les différentes couches au fur et à mesure. Le cheminement du récit se fait à l’instar du protagoniste principal, semblant partir dans tous les sens avant de recomposer tous les morceaux. Une maîtrise impressionnante de la temporalité, des souvenirs et de la réalité, qui culmine dans un dernier épisode incroyable et remarquable.

La prestation de Michaela Coel est magnifique. La comédienne est subjuguante et la souffrance qui surgit sans prévenir, suite aux réminiscences de son viol, poignarde et gèle sur place le spectateur, à l’image du personnage principal. Elle est non seulement très à l’aise dans le rôle qu’elle s’est écrite sur mesure, mais elle réussi à utiliser merveilleusement son visage expressif pour faire passer une douleur indicible, une grande joie, un chagrin foudroyant, ou une fuite dans le néant, sans compter les nombreuses phases de déni par lesquelles elle passe.

Elle est accompagnée par un très bon casting qui l’entoure très bien. Weruche Opia est vraiment formidable en meilleure amie actrice prête à tout pour aider sa copine. Paapa Essiedu est superbe en meilleur ami gay qui n’a pas toujours une vie facile et doit faire face à ses propres démons. Harriet Webb est très intéressante en ancienne connaissance lycéenne gérant un groupe de parole de femmes ayant subi des violences sexuelles.

Si peu de scènes concernent ce groupe, elles sont parfaitement ciselées et montrent l’effet bénéfique que cela peut apporter aux femmes en souffrance. Elles sont d’ailleurs criantes de vérité, tout comme les séquences se passant au commissariat de police qui sont marquantes.

Mais avec le viol, Michaela Coel pose aussi la question du consentement. Des nombreuses questions sont abordées et permettent de prendre conscience de la gravité de certains actes que la définition technique ne traiterait pas comme un viol, et sur lesquels on peut s’interroger. Ainsi, qu’en est-il de se retrouver dans un plan à trois, quand deux personnes se sont déjà mises d’accord pour entraîner la troisième dedans sans la prévenir ? Si on a un rendez-vous sexuel et qu’on ne veut pas remettre le couvert, comment doit-on prendre la façon dont son partenaire vous oblige à faire un deuxième acte ? Que penser de son compagnon qui prend des photos de vous en pleine action alors qu’on lui demande de s’arrêter ? Et si vous vous rendez compte que la personne avec qui vous faites l’amour a retiré son préservatif sans vous prévenir, quel est donc votre recours ?

De nombreux sujets sont abordés dans la série et aident à remettre en perspective des éléments auxquels on n’avait pas forcément pensé précédemment. Le consentement est au cœur de toutes les relations. Mais le récit aborde aussi la façon dans son entourage peut réagir suite à une agression sexuelle. Et la façon dont il peut vous renvoyer à la figure les fautes qu’il estime que vous avez commis, alors qu’il ne faut jamais oublier que dans un viol, c’est l’agresseur qui est le coupable et que ce n’est jamais la victime.

La réalisation de Sam Miller est vraiment très bonne et suit au plus près le personnage principal, tout en s’aventurant de temps en temps auprès de ses amis ou de ses connaissances. Elle propose des séquences marquantes et un enchaînement de différentes situations qui donnent un caché indéniable aux épisodes. Le montage est vraiment très bon et réussit à parfois créer un véritable malaise et à retransmettre visuellement les atermoiements du protagoniste. Une plongée au cœur de sa psyché parfois très déstructurée qui fait prendre une dramatique compréhension de la justesse du titre de la série, "Je peux te détruire".

La bande-son est aussi extrêmement travaillée et renforce le malaise que l’on ressent lorsque le personnage se fait happer par les souvenirs qui la dévorent de l’intérieur. Elle se marie parfaitement avec une musique variée, aussi diversifiée que les différentes facettes du protagoniste principal.

I May Destroy You est une œuvre absolument remarquable, bénéficiant d’une écriture époustouflante et d’une interprétation incroyable. On ne ressort assurément pas indemne du visionnage des épisodes. Cela permet non seulement de prendre conscience de nombreuses choses, mais d’appréhender la violence sexuelle de plein fouet. C’est une parfaite mise en images de la raison pour laquelle un tel événement ne doit pas être considéré comme négligeable et doit être rapporté, de nombreuses femmes, ainsi que des hommes, n’osant pas en parler, et en souffrant en silence durant toute leur vie.

La série non seulement explicite et passionnante à suivre, mais réussit à intégrer de l’humour et de la délicatesse, tout en faisant la démonstration magistrale que l’on peut survivre et se reconstruire et empêcher un tel drame de vous détruire de l’intérieur.

Avec une histoire d’une grande véracité et porteuse d’une vraie lumière, des comédiens très bons, une mise en scène impeccable et le traitement d’un sujet délicat fait d’une façon aussi subtile, il ne faut vraiment pas passer à côté de ce bijou qui va droit au cœur et que l’on n’est pas prêt d’oublier.

Impressionnant et indispensable.

ÉPISODE

- Episode : 1.01 à 1.12
- Titre : Eyes Eyes Eyes Eyes, Someone is Lying, Don’t Forget the Sea, That was Fun, It Just Came Up, The Alliance, Happy Animals, Line Spectrum Border, Social Media is a Great Way to Connect, The Cause The Cure, Would You Like to Know the Sex, Ego Death
- Date de première diffusion : 06 juin 2020 (OCS)
- Créateur : Michaela Coel
- Réalisateur : Sam Miller
- Scénariste : Michaela Coel
- Avec : Michaela Coel, Lewis Reeves, Harriet Webb, Ann Akin, Layo-Christina Akinlude, Weruche Opia, Paapa Essiedu, Aml Ameen, Adam James, Sarah Niles

RÉSUMÉ

Après le triomphe d’un papier sur Internet, Arabella Essiuedu – facilement distraite, insouciante et qui ne s’engage pas – se retrouve honorée comme la « voix de sa génération », avec un agent, une commande de livre et une sacrée pression. Après avoir été agressée sexuellement dans une boîte de nuit, sa vie change de manière irréversible et Arabella est obligée de tout remettre en question : sa carrière, ses amis et même sa famille. Alors qu’Arabella peine à comprendre ce qui s’est passé, elle commence une introspection.

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