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Westworld : Review 3.06 Decoherence

Date : 21 / 04 / 2020 à 14h30
Sources :

Unification


Une fois n’est pas coutume, Westworld écorne un brin la virtuosité de sa mise en scène et le souffle imaginatif de son propos avec un 6ème épisode qui offre le pire et le meilleur de la saga.

D’un point de vue de l’intensité et de la dynamique, Décohérence est un épisode au rythme haletant et qui ne laisse aucun répit. Dénotant ainsi de la cadence plutôt lente, posée et réfléchie habituelle, l’épisode crée la surprise en embarquant l’histoire vers une direction qui ne se présageait pas forcément durant les premières heures.

Bien que fermant la porte à plusieurs pistes intéressantes, la nouvelle direction proposée présente le mérite de déjouer certaines théories en ouvrant des approches nouvelles forcément intrigantes.

Associée à la mécanique quantique, la notion de décohérence se rapporte à l’état de Dolores, unique et multiple à la fois. Cet état de " superposition " ou " d’unicité et de multiplicité " simultanée de l’entité Dolores reste cohérente tant que les Dolores préservent leur lien entre elles et n’entrent pas en interaction avec un autre environnement pouvant influer leur état psychique.

La décohérence – la perte de cohérence – dans l’identité de Dolores se pressentait dès l’épisode Absence of Field avec l’incorporation d’une Dolores à peine " née " dans l’enveloppe de Charlotte Hale, pour créer " Chalores " comme le dénomme son actrice Tessa Thompson. Comme le démontre l’épisode 6, la décohérence s’est avérée inéluctable en raison du maintien des " sentiments " dans la programmation de Chalores, qui se manifeste notamment par un amour maternel. A noter que le maintien des « sentiments » dans les " Dolores " s’inscrit dans le prolongement du raisonnement de Robert Ford (cf. Saison 1, épisode 10) sur l’importance de l’expérience des " passions " violentes dans la construction d’une conscience unique et singulière.

La décohérence se réfère également au phénomène de désynchronisation de la courbe écliptique que forme le divin Réhoboam pour prophétiser la trajectoire de l’humanité, affichée sur la montre au poignet de Sérac. De manière symbolique, la montre renvoie à l’idée d’une horloge de l’apocalypse – Doom clock – futuriste. Portant sur lui le destin du monde, tout le souci de Sérac est de préserver l’alignement entre les évènements de la réalité et les projections de Réhoboam, quitte à éliminer ou recalibrer tous les agents humains imprédictibles vecteurs de désynchronisation ou de décohérence. En effet, tant que les évènements ne se réalisent pas les projections de Réhoboam ne sont que supputation et l’humanité est à la fois sauvée et anéantie – comme l’état du chat de Schrodinger.

A travers l’épisode 6, Westworld poursuit sa mue en poussant encore plus loin l’absence de manichéisme dans son histoire. En ce sens, chaque belligérant, à une exception près, détient un motif légitime qui le pousse à participer à la guerre en cours. Et même les pions sacrifiés sur l’autel d’une cause plus grande possèdent une raison pouvant faire basculer les destinées d’un côté à un autre. D’une certaine façon, Westworld raconte une histoire où tout le monde est " héros " et " vilains " à la fois.

Toutefois, en dépit d’un rythme haletant, l’épisode 6 fait resurgir des angles morts de l’intrigue – qui pouvait se taire au départ – devenus trop flagrant pour ne pas être mise en lumière.

Un premier angle mort se cristallise sur la trop grande facilité des " Dolores " à infiltrer le monde futuriste des humains. Dans un monde où règne l’obsession sécuritaire, la vidéosurveillance, la collecte de données sur tout un chacun, il est difficile de croire que des robots humanoïdes infiltrent les grandes entreprises et les soirées les plus secrètes et sélectives sans qu’aucun portique de sécurité, un agent de sécurité, un détecteur ne les repèrent. L’aisance de l’infiltration est difficilement crédible lorsque le monde est sous la coupe d’un Sérac doté d’un système de surveillance quasi omniscient et omniprésent.

Plus fâcheux est le traitement de Maeve qui est un personnage à part dans la saga. Son prénom indique qu’elle est à la fois une femme " Eve " symboliquement reliée au " jardin d’éden " mais aussi la préférée de son créateur Robert Ford : Ma Eve. Sa présence est donc indispensable à Westworld. Néanmoins l’absence de motivation réelle et le déficit de progression du personnage dans l’intrigue nuit énormément à l’intérêt même de sa présence dans la saison.

La position de Maeve en tant qu’antagoniste de Dolores souffre d’un sérieux déficit de fondement car sa seule motivation serait de défaire les efforts et les sacrifices qu’elle a accomplis pour préserver l’intégrité de sa fille en la cachant dans un " Jardin D’Eden " numérique, en récupérant la clé ouvrant la porte de cet abri pour le donner à un Sérac " En guerre " contre les hôtes – d’où son prénom : Enguerrand.

Pour qu’un antagoniste soit intéressant, il doit posséder une appétence similaire, voire viser le même objectif que son adversaire. Or, la motivation de Maeve, qui est – encore et toujours – de " rejoindre sa fille " ne tient pas la comparaison face à la gravité de l’enjeu et le poids des conséquences de l’affrontement de Sérac et Dolores.

Heureusement, cet épisode livre des purs moments de folies et d’importantes informations qui constituent des préparations pour les grandes révélations à venir, en particulier Caleb (Aaron Paul) qui partage un destin commun avec William et Sérac.

Nonobstant des fragilités scénaristiques décohérentes de l’exigence de Westworld – gageons que rien n’est laissé au hasard – la grande force de l’épisode est de parvenir à mettre sur orbite l’ensemble des belligérants et d’aligner les trajectoires pour qu’ils entrent en collision dans deux derniers épisodes de tous les dangers.

ÉPISODE

- Episode : 3.06
- Titre : Decoherence
- Date de première diffusion : 19 avril (HBO) - 20 avril 2020 (OCS)
- Réalisateur : Jennifer Getzinger
- Scénariste : Suzanne Wrubel & Lisa Joy

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