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The Irishman : La review du film Netflix

Date : 30 / 11 / 2019 à 13h00
Sources :

Unification


« Martin Scorcese réalisera son prochain long métrage pour Netflix ». Au moment de cette annonce, beaucoup d’avis opposés s’affrontaient. D’un côté, l’espoir de voir l’un des plus grands réalisateurs américains pouvant créer son idéal artistique, de l’autre, la frustration de ne pas pouvoir assister à cette œuvre dans une salle obscure, sur grand écran, comme tout grand film le mérite. Cette frustration accentuée à l’annonce d’un casting cinq étoiles, composé essentiellement des comédiens lui ayant permis d’atteindre ce statut de taulier du cinéma, spécialiste es gangster.

Ils sont venus, ils ont tous là : Robert de Niro, Al Pacino, Harvey Kettel, Joe Pesci. Les monstres sacrés qui fleurent bon le film de voyous des deux dernières décennies du siècle dernier. Le casting autour est au diapason, fait de gueules reconnaissables parmi mille, de seconds couteaux emblématiques. Tout ce beau monde, face à l’objectif de Martin, avec sa mise en scène, son don de narrateur et une dose de technologie, pour les faire jouer des personnages plus jeunes de 40 ans (bluffant par ailleurs), The Irishman avait tout ce qu’il fallait pour susciter une attente sans commune mesure pour un film de « plateforme ».

Autant tuer tout suspense immédiatement, nous sommes devant un chef-d’œuvre. The Irishman, adapté de la biographie I Heard You Paint Houses, nous raconte l’histoire de Franck Sheeran (Robert de Niro), tueur à gage de la mafia et porte-flingue de Jimmy Hoffa (Al Pacino), tout puissant Président du syndicat des conducteurs routiers américains. La narration va s’articuler et s’entremêler entre la découverte du Milieu par Franck, au retour de la Seconde Guerre mondiale, son ascension au sein du milieu mafieux, son installation comme principal homme de main des Teamsters (le fameux syndicat) dans l’Amérique de Kennedy, sa chute et son chemin vers son crépuscule à la fin du XXe siècle.

Scénaristiquement, Scorcese prouve une nouvelle fois que son talent de conteur d’histoire n’a pas son pareil, surtout lorsqu’il s’agit de ce monde qu’il connaît si bien, autant qui semble le fasciner, de la pègre italo-américaine. Sauf qu’au contraire de Casino ou encore des Affranchis, on ne ressort pas avec ce goût de glorification du gangster de haut rang. Grâce notamment à une dernière partie d’une finesse et d’une justesse hallucinante. Pour la première fois, le réalisateur du Loup de Wall Street se permet enfin de brûler ses idoles. Les semeurs de malheur ne connaissent pas le bonheur et meurent face à eux-mêmes, leurs démons et leur incapacité à accéder à la rédemption, accentué par la relation muette que Sheeran entretient avec sa fille, jouée brillamment par Lucy Gallina puis Anna Paquin. Un dernier tiers qui prend son temps, comme si Scorcese exprimait enfin de manière limpide toute l’horreur de ces hommes de sang.

Surtout que Martin y va de ses madeleines de Proust cinématographiques. Traveling avant, voix off, chute du quatrième mur par l’un des narrateurs, musique passant d’extra à intra-diégétique, flash-back furtif, humour de répétition… Tout y est, mais sans fioriture. Ce sont des rappels à ses propres créations, des gimmicks ancrés dans l’imaginaire des cinéphiles, utilisés à des fins purement artistiques et non de fan service, maîtrisé à la perfection. Ces mises en scènes apportent souvent une respiration à l’intérieur des 3 heures et 32 minutes que dure le film.

Pour obtenir les services de ce monument, Netflix a dû laisser libre cours aux desideratas de M.S. Et la durée de ce long-métrage en est une preuve. Ces quelques 212 minutes ne sont en rien pesantes, bien au contraire. Elles servent un ensemble complet parfaitement rythmé.

Il faut arrêter cette critique ici, dans le but de vous dire une seule chose : regardez The Irishman, un véritable film-testament de Martin Scorcese, exprimant la quintessence de son cinéma. Écoutez comment il joue avec le son ; comment il vous rappelle ne pas déifier les mauvaises personnes ; comment il exprime son mépris de la quête de pouvoir ; comment il arrive à obtenir le meilleur de ses acteurs en fin de carrière ; comment il prouve qu’il est l’un des plus grands ; comment – à 77 ans – il a réalisé l’un des meilleurs films de 2019.


EPISODE

- Titre  : The Irishman
- Date de première diffusion : 27/11/2019 (Netflix)
- Réalisateur : Martine Scorcese
- Scénariste : Steven Zaillian

BANDE ANNONCE - EXTRAITS







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