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Mindhunter : Review de la saison 2

Date : 22 / 08 / 2019 à 13h30
Sources :

Unification


Disponible depuis le 16 août 2019, la nouvelle saison de Mindhunter est une franche réussite, d’abord, parce qu’elle fait évoluer le show en éprouvant fortement les personnages et leur certitude.

A titre de rappel, la première saison marque la naissance de équipe créatrice d’une nouvelle méthode d’investigation bâtie sur le profilage des sociopathes et la définition de leur mode opératoire. Comme les obstacles sont vecteurs de dramaturgie, la seconde saison consiste à mettre les personnages et leur nouvelle méthode à l’épreuve des faits, ce qui offre une nouvelle dynamique au show.

En substance, la nouvelle équipe du FBI créée par Holden, Tench et le Dr Carr doit tout simplement justifier son existence et la pertinence de sa méthode en démontrant l’efficacité de celle-ci dans une enquête d’envergure. Or cet objectif se heurte inévitablement à un principe de réalité qui se révèle à deux niveaux. D’une part, dans la réalité d’une enquête, les agents composent nécessairement avec les contraintes personnelles, bureaucratiques, et politiques. D’autre part, aussi sophistiquée soit-elle, toute méthode d’investigation trouve nécessairement une limite pratique et théorique face à l’insaisissable complexité de l’esprit humain.

Lors de ce nouveau run de 9 épisodes, le ton intimiste et la froideur clinique de la première saison cèdent le pas à l’urgence fiévreuse et la tension dramatique qui habitent les shows de serial-killer. Mindhunter n’oublie pas pour autant de s’appuyer sur les qualités intrinsèques qui la singularisent.

Bien qu’en retrait cette saison, les auditions des sociopathes constituent des moments très attendus et majeurs du show. Basées sur les archives réelles d’un agent du FBI, elles sont des éléments tangibles qui connectent la réalité à la fiction. Et le souci de réalisme de la production apporte à ces entretiens une atmosphère glaçante et captivante à la fois. Paradoxalement, cette saison, ces auditions s’apparente même à des moments de pause et de respiration dans une intrigue à l’atmosphère étouffante. Ces instants de " rencontres " et de plongeon dans la psyché de personnages déviants témoignent d’ailleurs d’un show, très marqué par la sensibilité artistique et cinématographique de David Fincher.

La réussite de la création de Joe Penhall réside donc aussi dans sa capacité à capitaliser sur les caractéristiques du cinéma de David Fincher, qu’il s’agisse de l’enfermement ou de la déconstruction des figures masculines.

Dans Mindhunter, la thématique de l’enfermement est centrale qu’il s’agisse de l’univers carcéral où s’effectuent les auditions des sociopathes, le sous-sol qui sert de local à l’unité de sciences comportementale. L’idée d’enfermement se retrouve aussi dans l’ambiance obscure et ténébreuse qui règne durant la partie majeure de la saison comme le témoigne la pénombre dans laquelle travaille la " task force " du FBI. A un autre niveau, l’enfermement, se retrouve à travers les personnages prisonniers des contraintes personnelles, de la lourdeur bureaucratique d’une enquête procédurière et du besoin politique de résultats rapides. Il en découle un propos très intelligent sur la perte de contrôle et l’impuissance des autorités, des experts et de la société en générale face à des évènements inintelligibles et hors du commun dans leur monstruosité.

A l’instar de l’ensemble de la filmographie de David Fincher, la figure masculine est d’une part, plurielle et profondément imparfaite dans Mindhunter : l’aliéné mental, le père absent, le jeune loup solitaire et antipathique, l’orphelin mutique. D’autre part, elle fait souvent l’objet d’une déconstruction, qui transparaît ici dans la déliquescence de la vie privée et des liens interpersonnels, l’obsession dévorante du travail et le comportement dogmatique.

A travers l’évolution de la passion d’Holden pour les sociopathes et l’injection de faits réels dans le récit, le show a trouvé l’équilibre subtile qui lui permet d’éviter la glorification des monstres à visage humain. Il se dégage néanmoins de la série une forme de mythification des sociopathes qui leur donne une aura dangereusement fascinante.
Ce n’est pas un hasard si dans la culture populaire actuelle, ces " monstres " ont pris la place des " Dracula ", " Frankenstein " et " Monstres des marais ". La raison réside dans le fait qu’ils existent réellement dans l’espace privé et l’espace médiatique. En effet, dans la société désenchantée contemporaine, ils fascinent car ils sont l’incarnation d’un Mal, d’une abomination qui arpentent réellement les rues de chaque ville du monde. Ils représentent un danger de mort réel qui peut s’abattre à tout moment. Ils sont surtout l’engeance des maux des sociétés humaines.

Dans un sens, la saison de Mindhunter est une réussite car elle porte un regard subversif et ambivalent sur les maux de la société. Elle donne l’opportunité aux spectateurs de porter un regard critique sur la fascination que peut engendrer les sérial-killers, tout en contribuant à cette fascination. Il est à espérer que la prochaine saison enrichisse et approfondisse la réflexion avec autant de maestria que les deux saisons achevées.

ÉPISODE

- Episode : 1.01 à 1.10
- Titre : Episode 1, Episode 2, Episode 3, Episode 4, Episode 5, Episode 6, Episode 7, Episode 7, Episode 8, Episode 9, Episode 10
- Date de première diffusion : 16 août 2019 (Netflix)
- Réalisateurs : David Fincher, Carl Franklin, Andrew Dominik
- Scénaristes : Doug Jung, Joshua Donen, Courtenay Miles
- Avec : Jonathan Groff, Holt McCallany, Anna Torv

RÉSUMÉ

En 1977, à l’aube de la psychologie criminologique et du profilage criminel au sein du FBI, les agents Holden Ford et Bill Tench vont s’entretenir avec plusieurs tueurs en série.

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