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Hérédité : La critique

Date : 12 / 06 / 2018 à 13h45
Sources :

Unification


Hérédité est un film d’angoisse vraiment original et exigeant qui entraîne le spectateur sur des pistes déjà abordées, mais rarement de cette manière innovatrice.

Au décès de sa génitrice, une mère de famille va découvrir un étrange héritage qui va bientôt impacter la vie des siens d’une façon de plus en plus dérangeante. Ainsi, son mari et ses deux enfants vont se retrouver confrontés à des phénomènes qui vont progressivement trouver un sens dans un final marquant très longuement les esprits.

L’œuvre joue sur l’horrifique et l’angoisse et prend son temps pour installer une ambiance de plus en plus lourde. Les amateurs d’horreur plus classique et de gore seront déçus, car l’approche dramatique privilégiant une tension de plus en plus stressante et diffuse s’éloigne de l’œuvre de genre plus traditionnelle.

Savamment distillés, les éléments anxiogènes font peu sursauter, mais jouent sur une usure à long terme créant un malaise vraiment intense chez le spectateur. Et si le fantastique et les effets spéciaux s’invitent progressivement, c’est l’horreur insidieuse des séquences qui restent longuement en mémoire.

Car le long métrage a ses propres codes qui sont dévoilés à l’envie du réalisateur. D’ailleurs certains passages n’ont pas une explication limpide. La faute peut-être aux 30 scènes et pratiquement une heure de film qui ont été coupés dans le montage présenté. Toujours est-il que ce manque de clés évidentes n’en rend l’œuvre que plus perturbante et fait longtemps réfléchir au récit.

Une intrigue somme toute classique, mais revisitée avec un grand brio par le réalisateur, et scénariste, Ari Aster qui en signant son premier long métrage réussit un coup de maître. En effet, le générique de fin n’achève pas l’histoire qui continue de tourner dans la tête de celui qui vient de la voir. Et les discussions entre personnes ayant vu le film peuvent s’avérer longues et animées.

Ari Aster ne s’arrête pas simplement avec la réalisation d’une œuvre singulière, mais la met en images d’une façon magistrale. Ses longs travellings et plans-séquences impressionnants, ses passages d’un lieu à l’autre, ses gros plans fixes, ses mouvements de caméra et sa façon de filmer, participent pleinement à faire du film un monument de technicité qui offre des séquences incroyables, parfois d’une crépusculaire beauté et addictives.

Il se repose parfaitement sur la superbe photographie de Pawel Pogorzelski et sur le montage extrêmement précis de Jennifer Lame qui permettent d’être sans arrêt captivé par ce que l’ont voit.

Il faut aussi saluer le très bon travail sur les décors de Grace Yun. Cette dernière donne une véritable âme à la maison, endroit principal de l’action, et propose des lieux divers en son sein, chacun chargé d’une vraie personnalité.

Mais en dehors de la réalisation technique ciselée, deux autres points forts ressortent de l’œuvre. Tout d’abord la musique de Colin Stetson qui est formidable et constitue la colonne vertébrale du récit. Les bruitages associés, et la gestion du silence font résonner profondément le long métrage chez le spectateur et certains effets audio ne sont pas près de quitter votre mémoire.

Le dernier élément important du film est bien sûr son casting impeccable. Toni Collette est incroyable en mère se battant pour le bien-être de sa famille dysfonctionnelle. La comédienne louvoie avec aisance entre mal-être, détresse, chagrin et terreur. Gabriel Byrne et très convaincant en père aimant essayant de garder ceux qu’il aime à flots. Les deux jeunes comédiens sont incroyables. Alex Wolff fait un numéro de haute voltige, vraiment délicat à appréhender. Quant à Milly Shapiro, dont c’est le premier rôle au cinéma, elle est saisissante, et souvent glaçante, en gamine étrange, qu’un maquillage parfaitement appliqué vient encore plus singulariser.

Hérédité est un film qui se bonifie de plus en plus lorsqu’on y repense. Un long métrage différent offrant une expérience cinématographique sortant de l’ordinaire et présentant une intrigue frappant le spectateur au plus profond de lui. Certes, il faut rester attentif, savoir que les explications ne tomberont pas toutes seules, et se laisser porter par un rythme lent, mais cela en vaut clairement la peine à mes yeux. Et si l’horreur ne vous touchera pas de plein fouet, vous ne vous sortirez pas aisément cette histoire de l’esprit, au contraire de la plupart des films d’horreur présentés ces dernières années.

Avec une réalisation incroyable, un casting 5 étoiles, une musique et des effets sonores saisissants et un récit dont la fin est vraiment originale, ce serait dommage de passer à côté d’un long métrage qui sait transcender de la sorte le genre.

Captivant et intense.

Pour être encore plus impacté par le récit, évitez de regarder la bande annonce et de parcourir les images du portfolio ci-dessous.

SYNOPSIS

Lorsque Ellen, matriarche de la famille Graham, décède, sa famille découvre des secrets de plus en plus terrifiants sur sa lignée. Une hérédité sinistre à laquelle il semble impossible d’échapper.

BANDE ANNONCE


FICHE TECHNIQUE

- Durée du film : 2 h 06
- Titre original : Hereditary
- Date de sortie : 13/06/2018
- Réalisateur : Ari Aster
- Scénariste : Ari Aster
- Interprètes : Toni Collette, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Milly Shapiro, Ann Dowd, Austin R. Grant, Jarrod Phillips, Lorenzo Silva
- Photographie : Pawel Pogorzelski
- Montage : Jennifer Lame
- Musique : Colin Stetson
- Costumes : Olga Mill
- Décors : Grace Yun
- Producteur : Kevin Scott Frakes, Lars Knudsen pour PalmStar Media
- Distributeur : Metropolitan FilmExport

LIENS

- SITE OFFICIEL
- ALLOCINÉ
- IMDB

PORTFOLIO

Hérédité



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