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Star Trek Discovery : Review 1.10 Despite Yourself

Date : 09 / 01 / 2018 à 14h00
Sources :

Unification


Après sept semaines de hiatus, un passage de témoin à Lucasfilm pour le championnat de "maltraitance" des franchises, Star Trek Discovery est enfin de retour pour reprendre le flambeau avec, à la réalisation, l’excellent Jonathan ’Riker’ Frakes.

On avait quitté le vaisseau, après de multiples sauts sporiques, dans un univers inconnu pour nos vaillants membres de Starfleet. Inconnu... Inconnu... Pas tant que cela, si vous êtes de fidèles spectateurs des séries Trek, car le fameux univers miroir nous a déjà donné de superbes épisodes par le passé. De Mirror, Mirror dans la Série originale à In A Mirror, Darkly dans Enterprise, en passant par Crossover pour DS9, c’est l’occasion à chaque fois de nous donner à voir des épisodes haut en couleur et, aux acteurs, de jouer l’exact opposé de la mentalité de leur personnage.

Alors que cette situation est potentiellement sensée être l’alpha et l’oméga de cette fin de première saison, c’est l’occasion de développer ce principe. Le bon coté de ce premier épisode miroir, c’est de donner d’abord beaucoup de choses différentes à jouer aux acteurs. Je pense notamment à Mary Wiseman qui a du particulièrement apprécier de sur-jouer la transformation de l’insécure cadette Tilly en la redoutable Capitaine Tueuse du Discovery.

J’ai également beaucoup aimé les nuances de jeu de Sonequa Martin-Green, tiraillé entre le rôle inverse qu’elle est sensé jouer et l’affect qu’il y a à retrouver vivant un camarade de l’ISS Shenzhou. Cette scène, comme d’ailleurs l’ensemble de l’épisode, est remarquablement mise en scène par Jonathan Frakes. J’attends avec impatience les retrouvailles logiques dans un prochain épisode avec Michelle Yeoh.

Cet épisode est également l’occasion de valider complètement la théorie des fans au sujet du Lieutenant Tyler. Klingon un jour, Klingon toujours, même sans bat’leth, cette race extraterrestre n’est pas bonne pour la santé des officiers de Starfllet. Comme au début de la saison, avec la mort du Commandeur Landry, on n’aura pas vu venir le décès d’un acteur principal. Fallait il vraiment que Star Trek suive les pas de la jurisprudence Game of Thrones sur la vie fragile de ses protagonistes, l’avenir le dira... Quant à Tyler, j’attends de voir si son amour réel pour Michael résistera vraiment à sa vraie nature.

Lorca, quant à lui, s’il cherche à quitter cet univers dangereux, ne me semble pas pour autant enthousiaste à retrouver le précédent. Je reste persuadé qu’il est l’instigateur volontaire de cette fuite dans un univers alternatif. Nul doute qu’il gardera quelques séquelles des tortures de l’empire terrien.

Globalement, l’épisode est un bon retour pour la série et fait partie du haut du panier de cette première saison. J’attends toujours des cinq épisodes restants de me montrer la voie vers laquelle veulent vraiment nous emmener les producteurs et scénaristes de Discovery.

Ah... Je vous demande un instant... Ok... Ok... L’officier scientifique d’Unif m’indique qu’en regardant Netflix, nous avons tous été transportés dans l’univers Miroir... Un petit coup d’œil aux actualités internationales nous en donne la preuve : Mariah Carey, en tant que Présidente de l’Union Communiste d’Amérique, oblige ses concitoyens à hurler toute l’année des chants de noël, l’Impératrice pro-européenne Marine Mélanchon a inauguré les nouveaux locaux d’accueil des réfugiées climatiques russes et... et... on m’indique, preuve ultime, que Yves a donné comme note un beau cinq à cet épisode ! Que c’est beau la réalité alternative ;-)

FM

Hélas non, Frank, il s’agissait juste d’une galante plaisanterie de l’officier scientifique d’Unif.
Nous n’avons finalement pas basculé - du moins pas encore - dans les délices barkeriens de l’univers miroir. La preuve, ma critique n’est pas davantage à 5/5 que la tienne n’est à 1/5. ;-)

Nous connaissons donc désormais le point de chute du dernier "saut mycologique" – au demeurant totalement absurde – de Paul Stamets à la fin de Discovery 01x09 Into The Forest I Go.
Annoncé depuis le début de Discovery, tant dans les interviews des producteurs que par une multitude d’indices grossiers disséminés tout au long de la série, voici donc l’épisode miroir (ouvrant sur un arc du même métal). Autant dire que l’effet de surprise est ici proche du zéro absolu, et c’est paradoxalement la faiblesse des structures ultra-sérialisées dont les cliffhangers tapageurs de fin d’épisode et de mi-saison laissent aux spectateurs le temps et le loisir de conjecturer et d’anticiper avec une faible marge d’erreur ce qui va suivre…
Après un épisode de TOS, cinq épisodes de DS9, et deux épisodes d’ENT impliquant ce Mirror Universe devenu d’abord mythique puis désormais cliché (à force d’épuiser le filon), l’expérience tient presque du rituel liturgique voire de la formalité administrative. Les mêmes gestes, les mêmes situations, les mêmes configurations, les mêmes rapports de force, les mêmes symétries (à géométrie variable d’ailleurs à la discrétion des auteurs), les mêmes passages obligés, les mêmes objectifs, les mêmes trames narratives (s’échouer dans le miroir puis chercher à en sortir)…
Ainsi, le personnage le plus falot (ou le plus sous-exploité) de la série devient bien entendu le pire bad guy : dans Enterprise, c’était mirror-Hoshi qui baisait tout le monde (au propre comme au figuré) avant de s’introniser impératrice Sato ; ici c’est "logiquement" la cadette Sylvia Tilly qui devient la "Captain Killy" par le sang versé (enfoncé Baby-Kirk de la Kelvin timeline et ses turbo-promotions jeunistes) et terreur de l’Empire ("Captain Killy" ayant été joliment traduit par "capitaine Tuerie" en VF).
À l’inverse, Michael Burnham, la paria de la si peu utopique Fédération, s’avère être capitaine de l’ISS Shenzhou et personnalité de poids dans le Terran Empire, quoique déclarée morte en poursuivant le meurtrier et renégat Gabriel Lorca (tiens, voilà presque un point d’invariance entre les deux univers miroirs).
Les pieux héros, pour faire couleur locale et y survivre, n’ont d’autre choix que de rivaliser de violence et de barbarie pour se substituer à leur evil-twins sans éveiller les soupçons. Ici, ils en viendront même à maquiller leur USS Discovery en ISS Discovery (bien qu’avant cette "transformation" digne de A-Team, l’ISS Cooper n’avait même pas détecté de lui-même la différence entre l’ISS Discovery et l’USS Discovery, ce qui jure un peu dans une société aussi paranoïaque). Quant à Gabriel Lorca, il n’hésite pas à se mutiler lui-même pour se faire passer pour le prisonnier de Mirror-Burnham (bon, des solutions médicales moins gores auraient été plus logiques, mais il fallait bien faire dans la grandiloquence opératique...).
Les agony booths – et leurs victimes qui s’y tordent de douleur sans fin – émaillent les vaisseaux. L’ISS Shenzhou s’adonne même à une orgie industrielle de torture, surenchère crypto-abramsienne oblige.
Et bien sûr, dès que Michael Burnham (ayant la place de son alter ego miroir à bord de l’ISS Shenzhou) se retrouve seule avec son second, celui-ci dégaine un surin pour tenter de la trucider (pas très cohérent d’ailleurs, ce dernier ayant gagné à la faire tomber dans un guet-apens, aidé de plusieurs complices, selon le modèle de TOS 02x10 Mirror, Mirror).
Quant à feue Philippa Georgiou, son équivalente miroir serait-elle par hasard la mystérieuse impératrice dont l’identité sera probablement dévoilée dans le prochain épisode ?

Ces ressorts sanglants sont d’autant moins enthousiasmants en 2018 que Game Of Thrones nous en inonde ad nauseam depuis sept saisons révolues.

Cela ne manque évidemment par d’ironie qu’une série qui s’apparentait déjà à un univers miroir de la série originale (par sa dystopique UFP, par ses procès staliniens, par son belliqueux Starfleet…) rencontre son propre univers miroir, qui paradoxalement est pour le moment le point le plus commun, littéralement la seule zone d’intersection entre le Star Trek historique et Discovery.

Malheureusement, ce vecteur de familiarité par voie mirrorée n’est pas pour autant un facteur de crédibilisation ou d’enracinement tardif de Discovery dans la continuité trekkienne.
Parce que cette intrusion dans ce qui semble être le Mirror Universe d’ENT et de TOS s’accompagne d’une somme de divergences contextuelles.
En effet, en 2267 (soit dix ans après les événements de Discovery 01x10 Despite Yourself), l’épisode TOS 02x10 Mirror, Mirror représentera la toute première intrusion chronologique de Starfleet dans l’univers miroir. Si les héros de TOS avaient été devancés par tout l’équipage du l’USS Discovery, leur comportement aurait été bien différent dans TOS 02x10 Mirror, Mirror. Là encore, comme pour la technologie des spore drives (que ne connaît même pas le Starfleet du 24ème siècle), faut-il continuer à imputer ces inconséquences historiques flagrantes à une classification systématique des événements sis dans ST Discovery ? À force, une telle mise entre parenthèse historiographique d’une série entière confine au gag.

Lorsque le diptyque ST ENT 04x18+04x19 In A Mirror, Darkly avait été développé avec toute la minutie internaliste qui caractérisait les productions de Rick Berman, un choix chirurgical avait été opéré pour respecter à la lettre la chronologie des événements mis en scène auparavant dans la franchise. Ainsi, l’USS Defiant NCC-1764 irrémédiablement disparu (équipage décédé et sans retour possible) dans ST TOS 03x09 The Tholian Web (donc après TOS 02x10 Mirror, Mirror) surgissait dans le passé de l’univers miroir (en 2155), et l’épisode ST ENT 04x18+04x19 In A Mirror, Darkly mettait exclusivement en scène des personnages miroirs, qui s’employaient finalement - par stratégie politique - à faire totalement disparaître de l’histoire connue et documentée toute trace de l’existence de cette gémellité d’univers. Expliquant ainsi qu’en 2267, personne dans le Mirror Universe, pas même l’ordinateur de bord de l’ISS Enterprise, n’avait conservé trace des événements mis en scène dans le diptyque miroir de la série Enterprise. Ainsi la cohérence des événements de TOS était pleinement préservée.
Fi ! Rien de tel dans Discovery 01x10 Despite Yourself, puisque d’emblée, toutes les forces en présence - aussi bien les rebelles Vulcains+Andoriens+Klingons que le Terran Empire lui-même (via les bases de donnée de l’ISS Shenzhou) - ont une parfaite connaissance (dans leurs archives respectives) de l’intrusion de l’USS Defiant NCC-1764 en provenance de l’univers de l’UFP, contredisant donc à la fois la fin de ST ENT 04x18+04x19 In A Mirror, Darkly et le contenu de TOS 02x10 Mirror, Mirror.

Curieusement, c’est par la signature (ou vibration) quantique distincte que les protagonistes identifieront le Mirror Universe. Ce mode de mesure, présenté dans Discovery 01x10 Despite Yourself comme parfaitement naturel, ne sera possiblement découvert que 114 ans après par Data dans ST TNG 07x10 Parallels !
Mais plus troublant, la vibration quantique est une caractéristique d’unicité attachée à la théorie quantique des multivers (ou des états relatifs) de Hugh Everett, correspondant donc uniquement à aux timelines alternatives qui naissent de l’infinité des choix possibles à n’importe quel instant de la chronologie.
Tandis que l’univers miroir trekkien (au même titre que l’univers antimatière de TOS 01x20 The Alternative Factor) s’inscrit dans la théorie des univers énantiomorphes d’Andrei Sakharov, séparés dès l’origine du monde (aucun tronc chronologique commun), mais perpétuellement reliés entre eux par une gémellité (ou symétrie).
Le Star Trek historique (1964-2005) avait toujours veillé à préserver - même implicitement - cette distinction majeure, mais ce n’est visiblement plus le cas...

Pour qui a en mémoire les touchantes - et crédibles - difficultés d’adaptation de Kirk et de ses équipiers propulsés dans le cauchemar de TOS 02x10 Mirror, Mirror, comment ne pas être frappé par l’aisance immédiate avec laquelle les personnages de Discovery prennent leur marque dans l’univers miroir, pourtant avec une décennie d’avance ?
Lorca identifie immédiatement la situation, une stratégie optimale est instantanément mise en place, et très rapidement, la cadette Sylvia Tilly nous compose avec le plus grand naturel une bad ass au langage particulièrement coloré (à qui l’on doit par exemple : « Is that how you treat your long-lost captain ? If you greeted me that way I’d cut out your tongue and use it to lick my boots. »
Ah Tilly, tout un poème : tête-à-claque ambitieuse et nombriliste derrière sa fausse modestie, celle-ci en fait des caisses pour dire qu’elle ne va pas y arriver, mais bien sûr elle y arrive en un tournemain comme si elle avait fait ça toute sa vie. Le personnage semble alors disparaître dans l’actrice (et non l’inverse).
Visiblement, les acteurs s’amusent ou se moquent (mention spéciale à la façon cabotine avec laquelle Gabriel Lorca imite l’accent écossais de Scotty), à tel point que les personnages de Discovery sembleraient presque (en internaliste) des familiers de l’univers TV de Star Trek ! Et tant pis si Kirk et son équipage de TOS passent rétrospectivement en contraste pour des imbéciles ou des attardés…
Cette prétendue connivence à peine voilée - mais teintée de morgue - avec les spectateurs est supposée (?) "fun", mais que reste-t-il in fine de la suspension d’incrédulité ?
Nous tenons-là une caractéristique hautement emblématique du Star Trek de l’ère abramsienne, et la série Discovery confirme-là une fois de plus qu’elle est bien faite du même matériau que les films Kelvin. Les auteurs communs de ces deux contrefaçons de Star Trek écrivent des personnages à l’image d’eux-mêmes. Classique syndrome psychanalytique de la projection, les scénaristes projettent une partie aussi révélatrice que symptomatique de leur personnalité dans les personnages qu’ils écrivent...

Par ailleurs, il est permis de déplorer la façon quelque peu simplificatrice dont l’épisode Despite Yourself dépeint idéologiquement le Terran Empire, désormais essentiellement défini par ses seuls racisme et xénophobie. Quoique ces caractéristiques-là ne soient pas fausses, il serait sophistique de réduire l’empire à cela. Pareil anathème godwinien pourrait facilement occulter le référent romaniste antique du Terran Empire qui, dans le Star Trek historique, réussissait paradoxalement à davantage intégrer les espèces extraterrestres que l’UFP dans sa flotte stellaire…
Mais il s’agit là de nuances et de subtilités typiquement trekkiennes qui ne sont guère compatibles avec les lourdeurs exclusivement actu-transpositionnelles de Discovery

Ironiquement, le fan-service prétend désormais se substituer à la cohérence interne. Ainsi le mode d’accès à l’univers miroir dans Discovery 01x10 Despite Yourself est pesamment décalqué de TOS 02x10 Mirror, Mirror. Accident de spore drive pour accident de téléportation, et permutation simultanée dans les deux univers des personnages par leur équivalents miroirs...
Sauf que lorsque Saru déduit que l’ISS Discovery a pris la place de l’USS Discovery dans l’univers initial de la série, nul ne s’inquiète - ni même ne songe une seule seconde - aux dégâts qu’il pourrait y occasionner...

Preuve – s’il en fallait encore une – que l’univers "le plus miroir" n’est pas forcément là où Discovery le prétend, c’est bien un protagoniste de la série (et non son contrepoint miroir) qui perpétrera dans l’épisode le meurtre le plus inattendu (et odieux). En effet, Ash Tyler tordra brutalement le cou au Docteur Hugh Culber après que celui-ci a suspecté une possible personnalité implantée (façon The Manchurian Candidate).
Ainsi, l’un des personnages du main cast aura été sacrifié sur l’autel de l’effet du choc et de la surprise, selon les normes bien établies de GoT. Dommage pour l’un des personnages les plus trekkiens et sensibles d’une série qui l’est si peu, et qui matérialisait en outre de la première relation humaine gay mise en scène par la franchise.
Bah, il est à prévoir que Hugh Culber sera rapidement remplacé dans l’équipage par sa contrepartie miroir, constituant probablement un commode point d’invariance.
Mais d’ici là, il n’est pas impossible que Paul Stamets, plongé dans un état pathologique indéterminé, soit accusé du meurtre de son compagnon en lieu et place d’Ash Tyler… qui s’apprête à infliger aux spectateurs un double-jeu sorti de la piètre série Alias du même Alex Kurtzman.
L’épisode Discovery 01x10 Despite Yourself confirme donc de façon quasi-certaine l’hypothèse dark-soapy envisagée par les trekkers dès l’introduction fort artificielle du personnage d’Ash Tyler dans 01x05 Choose Your Pain (à savoir qu’il serait un agent klingon modifié et infiltré). Et cela ne fait hélas qu’accentuer la profonde incohérence (doublée de prévisibilité) de la série, avec un prisonnier hautement suspect mais que Lorca promeut directement chef de sécurité, et dont les scans, les téléportations, et les examens médicaux ne révèlent pas d’emblée la nature klingonne. Il faudra attendre le dixième épisode pour qu’un vague soupçon s’installe chez le Dr. Culber, et pas même quant à l’identité klingonne de Tyler mais seulement quant à une double personnalité implantée durant sa captivité... et encore uniquement du fait d’une consultation médicale insistante suite au stress post-traumatique (PTSD) résultant des tortures (ou des métamorphoses physiques) infligées par L’Rell.
Record d’incompétence pour un Starfleet supposé aussi high-tech, au sein d’une UFP aussi paranoïaque, et plongée dans une guerre totale avec les Klingons.
Et record d’absurdité biologique également, car si l’on prend pour référence le crane xénomorphe des Klingons 2.0 comme L’Rell, la transformation chirurgicale de Tyler en humain supposerait l’ablation de plus de la moitié de son cerveau !

La solution à ces nœuds de contradictions pourrait alors être fournie par une courte scène infographique issue des dossiers rebelles récupérés par le personnel de l’USS Discovery et figurant l’USS Defiant NCC-1764 ayant voyagé de ST TOS 03x09 The Tholian Web à ST ENT 04x18+04x19 In A Mirror, Darkly, et d’emblée identifié par les protagonistes comme un vaisseau de classe Constitution. Car, surprise, le design de ce vaisseau n’est pas celui qui fut mis en scène dans les épisodes de TOS et d’ENT ! Dès lors, cet apparent point de détail pourrait enfin fournir la "presque preuve" que la série Discovery n’appartient pas à la même timeline (ou au même univers) que le cinq séries Star Trek historiques.
De quoi rasséréner bien des trekkers, et réduire significativement la proportion d’incohérences que collectionne avec une constance infatigable la série Discovery depuis son pilote.
Sauf que… il devient de plus en plus probable qu’Alex Kurtzman & co soient simplement incapables d’assumer un quelconque design issu du Star Trek historique, même au détour d’une malheureuse scène de trois secondes, afin de ne surtout rien concéder à ce qui pourrait passer aux yeux des médias branchouilles pour un signe de ringardise ou de nostalgie. Mais cela tout en continuant bien sûr à clamer obsessionnellement à tue-tête dans leurs interviews que DIS appartient à la même timeline qu’ENT/TOS, réduisant ainsi leur position officielle à une pure virtualité désincarnée.
Ne serait-ce pas l’alliance entre une forme de lâcheté et un zeste de schizophrénie ?
Bah ! Il sera toujours possible de bricoler une explication internaliste capillotractée du genre : l’USS Defiant a été upgradé depuis 2155 par le Terran Empire mais ce design sera restauré pour l’ISS Enterprise qui accueillera Kirk en 2267 dans le Mirror Universe.

Malgré tout, concédons un trouble psychologique au reflet. Par-delà les contradictions, les invraisemblances, les facilités, et les prévisibilités à la pelle de Discovery 01x10 Despite Yourself, les épisodes miroir font toujours leur petit effet aux trekkers. Il y a fatalement un plaisir ludique à s’adonner aux vertiges des permutations. Et il y a surtout une espèce de joie mauvaise, une pulsion jouissive et exutoire à voir les héros iconiques dévoyés et viciés au sein d’une réalité dionysiaque, où le temps d’un épisode ou deux, tout devient permis.
En outre, Jonathan Frakes, l’ex Number One de TNG et metteur en scène du chef d’œuvre Star Trek : First Contact est à la réalisation de Discovery 01x10 Despite Yourself (paradoxalement après avoir réalisé l’épisode 01x05 Pria de la série "rivale" The Orville !). Eh bien, cela se sent... Car la forme de l’épisode est équilibrée et bien rythmée. Il offre même quelques compositions "positivement" malsaines selon la grammaire de HBO (notamment à la fin de l’épisode lorsque Michael et Ash s’abandonnent sans vergogne à la copulation sauvage tandis que Lorca est affreusement torturé). Certaines lignes de dialogues tiennent même la route (si si !), lorsque Michael Burnham analyse le climat de peur qui préside à l’existence au sein du Terran Empire, puis lorsque les protagonistes se jettent dans l’arène miroir pour tracer un improbable chemin vers leur univers perdu.
Discovery a bien entendu consciencieusement fait monter la mayonnaise : l’enjeu est ici à son comble, puisque la survie de la Fédération dépend directement du retour de l’USS Discovery et des informations tactiques qu’il a collectées dans l’épisode précédent sur le système d’occultation klingon (on se demande d’ailleurs pourquoi ces informations réputées vitales ne furent pas directement transmises par l’USS Discovery à Starfleet Command dès la fin de DIS 01x09 Into The Forest I Go avant que Paul Stamets n’entraîne le vaisseau dans le plus irresponsable des "sauts mycologiques").
Mais au fond, de cette "Fédération" si dystopique, quel trekker en a vraiment cure ?

Toujours est-il que rencontrer le Mirror Universe dans Discovery, c’est un peu comme rencontrer Khan dans Into Darkness !
Pour soi-disant libérer le potentiel de créativité des auteurs, la nouvelle direction de CBS-Paramount a prétendu s’affranchir des quarante années de "pesante" continuité à laquelle était si attachée Rick Berman. Mais finalement, comme dans la Kelvin timeline, les scénaristes reviennent obsessionnellement à tout ce que le Star Trek historique (1964-2005) avait déjà mis en scène, mais sans désormais en respecter la cohérence.
Tout comme le destin de Kirk serait d’affronter ad vitam æternam Khan dans toutes les timelines, la malédiction des équipages de Starfleet serait de devoir s’échouer à chaque fois dans le sempiternel univers miroir. Et qu’importe si plus personne n’y croit vraiment, tant que ça reste "cool"...
Jusqu’en 2005, Star Trek possédait à la fois la créativité et la cohérence (car l’une procède de l’autre comme l’a souvent dit et répété Nicholas Meyer).
Aujourd’hui, Star Trek ne possède plus, ni l’une, ni l’autre.

YR

EPISODE

- Episode : 1.10
- Titre  : Despite Yourself
- Date de première diffusion : 7/01/2018 (CBS All Access) - 8/01/2018 (Netflix)
- Réalisateur : Jonathan Frakes
- Scénaristes : Sean Cochran

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