540 connectés

Dark : Review de la Saison 1

Date : 07 / 12 / 2017 à 13h00
Sources :

Unification


Avec la mise en ligne de Dark, le 1er décembre 2017, Netflix continue de promouvoir et de financer les projets d’auteurs issus d’univers artistiques et de pays hétéroclites (le français Marseille et l’italien Suburra). Et comme le démontre The OA, les auteurs semblent bénéficier d’une liberté de création qui confère aux productions un charme très « indé » voire expérimental.

Durant sa promotion relativement discrète, Dark s’est vu présenter comme un Stranger things like ou une version alternative du It de Stephen King. Et force est de constater que les similitudes existent entre ces deux oeuvres. Néanmoins, Dark n’est définitivement pas Stranger things, ce que le réalisateur Baran Bo Odar et la scénariste Fantje Friese n’ont eu de cesse de répéter. Le couple allemand préfère d’ailleurs se référer à Twin Peaks de David Lynch.

Si le Stranger things des frères Duffer est une ode au cinéma Hollywoodien, griffé 80’s, de Spielberg (E.T.) et Donner (The Goonies), Dark cultive une identité très européenne, tant au niveau du fond que de la forme.

De manière synthétique, Dark est un thriller fantastique, tendance huis clos, construit comme un puzzle qui relate le déroulement d’une enquête policière au sein d’une petite ville de la campagne Allemande : Winden.

Pour nourrir l’intrigue, les auteurs font appel aux théories scientifiques comme l’effet Doppler ou le pont d’Einstein-Rosen. Ils s’approprient ou récitent également des éléments de la mythologie grecque (Thésée, Ariane et le Minotaure, Orphée). Ils s’appuient surtout sur des concepts de la philosophie Allemande (le dédoublement chez Goethe, le temps cyclique chez Nietzsche ou le déterminisme chez Schopenhauer). En reprenant une formule latine issue de la légendaire table d’émeraude d’Hermès Trismégiste, les auteurs assument même l’hermétisme de la série.

Riches des références précitées qui forment une clé de lecture pour apprécier la série, Dark est exigeante et ne se prête pas vraiment au Binge-watching. Elle demande des pauses, voire des " rembobinages ", pour mieux connecter d’une part, les pièces de ce puzzle patiemment exposés durant la saison. Elle nécessite d’autre part une attention toute particulière pour appréhender la galerie de personnage. Car Dark est une série chorale.

Superbement interprétés, les protagonistes de l’histoire ont des fonctions très marquées, presqu’à la limite de la caricature. Néanmoins, ce parti-pris des auteurs rapproche la série du jeu populaire " Werewolf " ou " Loup-garous de Thiercelieux ". En effet, tout le long de la saison, les " villageois " de Winden n’auront de cesse de se confronter pour révéler au grand jour le véritable visage de chacun, dans le but d’y débusquer les " loups ". En ce sens, Dark présente les caractéristiques d’un huis clos.

Ambitieuse, par ailleurs, Dark mène derrière l’enquête policière, une réflexion sur la condition humaine. Elle met en lumière une humanité enfermée dans une courte temporalité, qui au fil des générations, répète les mêmes erreurs, et se heurte inlassablement aux mêmes questions sur la mort, le libre-arbitre, la filiation et l’existence de Dieu. En ce sens, la série parvient à démontrer l’universalité de certains questionnements propre à l’homme, en dépit d’une forte identité allemande.

Car sans évoquer l’usage de la langue allemande, Dark embrasse fièrement ses origines. Son propos se nourrit à l’évidence du traumatisme né de la catastrophe de Tchernobyl. Il s’en dégage ainsi un monde oppressant, où sont piégées des frêles âmes angoissées. Parfois, l’atmosphère grisâtre, mélancolique et paranoïaque de la série se rapproche de la saga nordique, Enquête du département V.

Au premier abord réaliste, la série est teintée d’éléments propre à l’expressionnisme allemand qui se manifeste dès le générique et à travers une multitude d’éléments symboliques (la grotte, la cape jaune, le fil rouge, les tatouages, les portes …). Cet expressionnisme apparaît aussi à travers l’irruption du fantastique dans le récit. Dans ce cadre, la colorimétrie clair-obscur fait également la part belle aux ombres et à la lumière vacillante. De plus, la pluie acide et le ciel cendré confèrent à la série des airs de fin du monde, qui font parfois écho à Mélancholia de Lars Van Trier.

Au niveau de la réalisation, Baran Bo Odar effectue un travail de très haute volée sur l’intégralité des 10 épisodes. De son aveu, le réalisateur s’inspire du travail de Cary Fukunaga (True Detective) et du photographe Crewsdon pour composer ses plans et établir sa photographie. Dans ses mouvements de caméra peuvent transparaître aussi le style de Nicolas Winding Refn (Drive, The Neon Demon). A noter que le réalisateur rend un hommage à peine dissimulé au travail obsessionnel sur la symétrie et les lignes de Stanley Kubrick sur Shining.

Enfin, un petit mot sur la soundtrack de la série.

Enrichie de chansons très inspirées – mentions spéciales au générique – la musique de Dark est souvent intimiste. Dommage qu’elle en fasse parfois un peu trop pour accentuer les tensions émotionnelles, ce qui alourdit certaines séquences.

Au terme de la saison, Dark peut laisser un sentiment mitigé. Son côté très référencé lui confère un caractère un brin élitiste, parfois indigeste et un peu prétentieux ; surtout lorsque le propos vient servir d’appui à une intrigue qui n’atteint pas l’excellence à laquelle elle prétend. Néanmoins, il serait malhonnête de ne pas lui reconnaître des qualités, surtout formelles, qui hisse parfois la série au niveau des standards visuels de Stanley Kubrick ou récemment Nicolas Winding Refn.

En définitive, bien qu’elle puisse dérouter, Dark a le mérite d’offrir un show exigeant avec un véritable parti-pris artistique. Et sans nul doute, ses auteurs auront à cœur de concrétiser, avec ambition et générosité, les belles promesses de Dark dans le cadre d’une seconde saison.

EPISODES

-  Nombre Episodes : 10
- Titres : Secrets (Geheimnisse) - Mensonges (Lügen) - Passé et présent (Gestern und Heute) - Doubles Vies (Doppelleben) - Vérités (Wahrheiten) - Sic mundus creatus est - Carrefour (Kreuzwege) - On récolte ce que l’on sème (Was man sät, das wird man ernten) - Tout est maintenant (Alles ist jetzt) - Alpha et Oméga (Alpha und Omega)
- Date de première diffusion : 01/12/2017 (Netflix)
- Réalisateur : Baran bo Odar
- Scénaristes : Jantje Friese & Baran bo Odar (ép 1, ép 2) - Jantje Friese & Ronny Schalk (ép 3, ép 6, ép 10) - Jantje Friese & Marc O. Seng (ép 7, ép 9) - Martin Behnke & Jantje Friese (ép 4, ép 5, ép 8)

BANDE ANNONCE



Les illustrations des articles sont Copyright © de leurs ayants droits. Tous droits réservés.



 Charte des commentaires 


Runaways : Review 1.06 Metamorphosis
Shut Eye : Review de la Saison 2
The Orville : Review 1.12 Mad Idolatry
Runaways : Review 1.05 Kingdom
Dark : Review de la Saison 1
Star Wars - Les derniers Jedi : En quoi le film diffère du Réveil (...)
Jumanji - Bienvenue dans la jungle : La critique
Apple : La pomme commande une nouvelle série spatiale à Ronald D. (...)
Curiosité : Megan Fox continue de cultiver son sex-appeal pour (...)
Holly Weed : Visite du tournage
Black Lightning : Une nouvelle affiche
Bandes Annonces & Co : 17 décembre 2017
Game of Thrones : Premières infos sur la saison 8
Annihilation : La bande annonce
Wonder : La critique